Histoire et développement de l’écologie sociale francophone

L’écologie sociale s’est encore peu développée en francophonie. Peu de recherches ont encore été faites pour voir quand et comment ses idées se sont développées, comment elles ont été accueillies et quels ont été leur influence. Voilà le résultat de quelques recherches pour déterminer par quels biais les écrits de Bookchin ont traversé les frontières des USA pour s’installer en francophonie.

D’entrée, il faut dissocier deux cas de figure : le milieu québécois et le milieu européen (Belge, France et Suisse).

Dans le cas québécois, la diffusion des écrits de Bookchin et de ses idées a clairement été facilitée par la proximité  géographique de l’Etat du Vermont et de l’Institute for Social Ecology. A Montréal notamment, l’éditeur Black Rose Books, qui a publié Bookchin en anglais, y est pour beaucoup. Dimitrios Roussopoulos, membre fondateur de Black Rose Books, a ensuite participé à  la diffusion de traductions, via les éditions Ecosociété, proches de l’écologie sociale. Il semble, bien qu’il soit difficile de juger, que c’est beaucoup via Montréal et le lien entre Roussopoulos et Bookchin et les éditions Ecosociété que la diffusion de ces idées à pu se faire au Québec. La ville bilingue est de fait un des « laboratoires » du municipalisme libertaire et des principes de l’écologie sociale.

En Europe, la situation est bien différente et l’écologie sociale est venue plus tardivement transmettre ses développements au sein de la gauche radicale. Si on en retrace la chronologie, on voit qu’un des premiers écrits de Bookchin s’est répandu à travers l’action du CIRA de Lausanne (et ce dès le début des années 70) avec la publication de « Ecoute Camarade! » en 1972 dans la revue Anarchisme et Non violence. Une revue de Post-Scarcity Anarchism était également parue dans le bulletin du CIRA N°24.

Par la suite, Helen Arnold et Daniel Blanchard (qui ont connu Bookchin aux USA, Helen Arnold ayant notamment publié dans la revue Anarchos à laquelle Bookchin participait) ont fait publier plusieurs tradutions. « Vers une technologie libératrice » en 1972 (éd. Parallèles) tout d’abord, mais surtout en 1976 Pour une société écologique paru chez l’important éditeur parisien Christian Bourgois. Traduit par Helen Arnold et Daniel Blanchard, le recueil reprenait plusieurs articles majeurs publiés par Bookchin dans Post-Scarcity : Anarchism et Toward an Ecological Society. Par la suite, leur tentative auprès des éditeurs parisiens de faire traduire The Ecology of Freedom n’ont pas abouti (avec des justifications telles que « l’écologie, c’est terminé »…).

Moins connu, il faut noter l’important travail de traduction en français opéré par le professeur Ronald Creagh qui s’est beaucoup investi pour la diffusion des idées de l’écologie sociale. Il a cherché à faire connaître Bookchin en France et en Italie, dès la fin des années 70, après sa rencontre avec John Clark. Des conférences ont ensuite été organisées en France et en Italie. De l’action de Creagh est ressortie beaucoup de traductions, d’articles ainsi que l’organisation de différents colloques. Par la suite, il faudra attendre les publications en français menées par l’Atelier de Création Libertaire de Lyon, surtout représenté dans ce domaine et dans la presse par Mimmo Pucciarelli.

En 1975, on trouve aussi des traces des écrits de Bookchin à Genève, au travers de la revue Informations et Contact (N°15), où le début de « Vers une technologie libératrice » est proposé en traduction. Une initiative sans doute proposée par le militant Ivar Petterson, qui avait rencontré Bookchin aux USA.

Ce qu’il faut retenir de ce tour d’horizon, c’est qu’il a fallu attendre 1976 pour voir un ouvrage conséquent des écrits de Bookchin diffusé dans des canaux importants et qu’il faudra attendre la toute fin des années 70 et surtout les années 80 pour voir les écrits devenir plus systématiquement traduits et se répandre. Si « Ecoute Camarade! » paraît quelques 3 ans seulement après sa publication initiale, il n’en est pas de même des textes fondateurs « Ecologie et pensée révolutionnaire » et « Vers une technologie libératrice », paru près de 10 ans après leur rédaction, perdant une partie de leur innovation, voir de leur adéquation avec la réalité dans le cas du second. Entre temps, dans les pays francophones, d’autres théoriciens ont déjà parlé de l’écologie avec des implications politiques. La place de précurseur de Bookchin n’est donc plus à prendre.

Enfin, contrairement à bon nombre d’autres pays européens, The Ecology of Freedom n’a jamais connu de traduction autre que partielle. L’ouvrage qui représente la somme de la pensée de Bookchin dans les années 80 est ainsi resté largement méconnu, du moins sur le continent européen où il était difficile de se le procurer.

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