Ecosocialisme, social-écologie, et écologie sociale

Ecosocialisme, social-écologie et écologie sociale : tenter d’y voir claire

L’idée de l’écologie au sociale est un principe qui est apparu en même temps que l’émergence de la pensée écologique et qui a amené beaucoup de courants divers. Le terme même d' »écologie sociale », très parlant, a ainsi souvent été utilisé – Bookchin lui-même ne l’a pas inventé mais repris de E.A. Gutkind dans son livre Community and Environment: A Discourse on Social Ecology de 1954.

Récemment, plusieurs mouvements ont émergé autour de cette terminologie:

Il y a eu tout d’abord l’ouvrage Social Ecology (1995) de l’écologiste indien Ramachandra Guha. Bien que n’ayant pas eu l’occasion de lire ce livre, on sait qu’il n’est pas directement inspiré de Bookchin. Ce dernier l’a néanmoins contacté pour le féliciter pour ses prises de positions critiques face à la deep ecology (prenant le point de vue des pays en voie de développement).

Plus récemment, le mouvement écosocialiste est apparu en 2001, initié par un certain nombre de penseurs de la gauche radicale, en particulier le Français Michael Löwy et l’Américain Joel Kovel. Ensemble, ils rédigent Le manifeste Ecosocialiste. Evoluant dans le même courant de la gauche radicale, l’écosocialisme est d’influence un peu plus marxiste que l’écologie sociale. Mais  l’écosocialisme cherche surtout à sortir des étiquettes et lier les différentes composantes de la Gauche (radicale), en perte de vitesse suite à la chute du communisme, dans une idéologie concrète. Son approche promeut un esprit d’ouverture selon le principe que les clivages entre communiste et anarchisme n’ont aujourd’hui plus lieu d’être.

Pour plus de détails, Laure Devleeshouwer a récemment publié un article cherchant à pointer les similitudes et différences entre écosocialisme et écologie sociale.

Enfin, dernier-né sur la scène, Laurent Eloi a publié cette année le livre Social-Ecologie (éd. Flammarion, 2011). Présenté comme une nouvelle approche politique liant l’écologie et le sociale, on comprend vite que les descriptions du 4ème de couverture et le bandeau du livre sont très vendeurs mais assez éloignés de la réalité du contenu. La social-écologie de Laurent Eloi, si elle s’inspire de Bookchin et le cite dans le texte, est à prendre comme une version « soft » de cette dernière, pour reprendre la formule d’un commentateur, ou plus clairement une version social-démocrate de l’écologie sociale. La composante anarchiste tout comme le projet utopique de changement en profondeur de la société y est soustrait, de même encore que la composante de réenchantement de l’être humain. Sans ces aspirations anarchistes, l’auteur cherche à résoudre la crise écologique dans le cadre actuel, mais pas la crise sociale (dont il ne parle pas, ou du moins pas en des termes non économiques) et toute la question sociale de domination qui est à la source des problèmes écologiques pour Bookchin. Le Français s’arrête au lien entre écologie et social, sans suivre l’analyse première de Bookchin.

Si Laurent Eloi porte un constat des origines du problème écologique assez pertinent, on reste au final à la surface du problème par rapport à un Bookchin qui s’est évertué à chercher les causes profondes de la crise écologique et sociale. Mettre fin au problème écologique demande selon Eloi de réduire les inégalités sociales et une prise de conscience que les pauvres sont les premiers touchés par la crise écologique. Un appel à une politique de justice environnementale pour remettre nos sociétés dans le droit chemin. Sa défense de la démocratie (dans sa version actuelle, donc représentative) comme système le mieux disposé à apporter une solution ne convainc pas. L’écologie sociale a pour une grande part de son projet la remise du pouvoir — soumis aux lobbys et aux investisseurs , donc incapable de prendre des décisions objectives et de défendre le bien commun — dans les mains du peuple, pour amener les citoyens à se gouverner eux-mêmes. Réduire les questions écologiques et sociales à celles des inégalités économiques, c’est se borner à un seul côté d’un problème à multiples facettes. Surtout, si Laurent Eloi analyse bien le pourquoi, il manque à son analyse toute la question du « comment changer ? », « quoi proposer ? » qui iraient au delà des propositions de nouvelles règles, de  nouveaux facteurs d’analyse et une organisation mondiale de l’environnement à l’image de l’OMC. Du concret pour un livre qui reste très théorique.

Un des points positifs à retirer de la lecture de ce livre reste la promotion de la justice comme moyen d’amener les gens, notamment les plus pauvres, à agir. Si on ne partage pas ses vues sur la prédominance de ce principe sur d’autres (dont, dans la liste d’Eloi, la peur, l’empathie, l’amour de la nature, etc.), le principe paraît plus concret, plus faciie à se représenter, que le développement de Bookchin sur une éthique objective et le naturalisme dialectique. Car même si l’idée de justice ne peut prétendre à une parfaite objectivité, elle est  (peut-être) une valeur suffisamment forte pour beaucoup de gens, pour les amener à s’indigner et agir dans le sens du ce qui devrait être de Bookchin.

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