« Le choix de l’écologie sociale », Boursier & Chailan

« Le choix de l’écologie sociale : programme pour une transformation écologiste, égalitariste et libertaire » de Philippe Boursier et Philippe Chailan

Issu des Verts français, le groupe Ecologie Sociale (1997-2005) avait cherché à introduire une pensée écologique et libertaire pragmatique au sein du giron politique de l’Hexagone. Leur livre « Le choix de l’écologie sociale », paru en 2001, retrace en détail leurs idées et leur programme – ancré dans le contexte de l’époque, celui de la gauche plurielle française et du gouvernement Jospin (législature 1997-2002, sous la présidence de Chirac). Un contexte particulier où une leader des Verts, Emmanuelle Voynet, se retrouvait à participer au gouvernement dans le cadre de l’ouverture du PS aux divers courants de gauche. Une expérience jugée comme un échec politique et tactique. Le livre procède à une analyse critique générale, ministère par ministère, en pointant les problèmes existants et les possibilités de réformes envisagées (généralement à caractère radicales, « pouvant produire de l’irréversible dans la redistribution des capitaux ») .

On le remarque vite, un des points forts de cet ouvrage, qui compte quelques 200 pages bien fournies, c’est de se montrer très concret. Le parti pris des auteurs est celui d’un radicalisme pragmatique, ancré dans la réalité du terrain politique français. S’il s’inspire largement de beaucoup d’arguments avancés par Bookchin (Le municipalisme libertaire de Janet Biehl fait partie des références et un chapitre est consacré à ce thème, tandis que l’annexe finale se penche sur « Les apports et limites des conceptions de Murray Bookchin »), il cherche moins l’utopisme abstrait et les grandes promesses d’un monde meilleur. On est moins dans l’idéologie (l’anarchisme orthodoxe) que dans la volonté d’avancées concrètes et d’une vision très proche du terrain. Le projet se veut radical, mais réaliste. En cela, et par son approche programmatique très pratique (sans être du tout didactique en revanche, on n’est pas dans des marches à suivre mais bien dans une approche propositionnelle qui cherche un équilibre entre projet politique théorique et réalité du terrain), cet ouvrage représente une originalité bienvenue dans la littérature existante sur l’écologie sociale (et même libertaire de façon générale), qui perd en poétique ce qu’elle gagne en crédibilité. Les auteurs pensent en cela que l’utopie et les objectifs impossibles discréditent au final le projet anticapitaliste et, finalement, découragent (p.206).

Si Bookchin est cité comme référence, il en va de même de Bourdieu dont les auteurs reprennent l’analyse des différentes formes de capital. La société d’écologie sociale qui est présentée est bien une société où tous les capitaux (donc non seulement économiques, mais aussi culturels, sociaux, etc.) sont redistribués pour une meilleure égalité au sein de la société. Egalité définie comme une opposition à la centralisation des différentes formes de capital justement.

A travers ce « radicalisme pragmatique » se retrouve plusieurs concepts. Le groupe d’Ecologie Sociale affiche une volonté de dépasser « l’anti-étatisme mal pensé » des libertaires qui prive souvent la réflexion de « la redéfinition de l’espace public ». Dit autrement : ne pas être contre le pouvoir, mais penser le pouvoir contre la domination. (p. 6 et 8) et ne pas se croire hors du champ politique, tout en ayant bien conscience de sa position dominée au sein du système.
Quant à la notion de révolution, elle est également jugée peu adapté aux enjeux sociaux actuels (p.20) On est dans une « stratégie libertaire non-violente » qui cherche à déconstruire l’Etat, par une appropriation collective et la démocratisation radicale des secteurs publics (p.22). Une vision également fédéraliste, donc non unitaire autant que contre la fusion et l’indifférenciation.

Voici quelques exemples des (nombreuses) mesures proposées, touchant la sphère la plus globale :

–    Instauration de mandats plutôt que la délégation pour les élus politiques
–    Jouer au jeu institutionnel (pour la visibilité offerte) de façon critique, même en tant que minoritaires, (la recherche de postes est à considérer comme une recherche de la reconnaissance du nombre et des mandats plutôt que de la délégation – p.63) et sans tomber dans les stratégies institutionnelles. Et d’une manière générale, plus chercher la forme d’un mouvement que d’un parti.
–    Suppression de l’échelon des départements en faveur de l’agglomération et de la région (voire du pays).
–    Envisager un dirigisme contre « les capitaux » sans redistribution (p.111)
–    Réduction du temps de travail à 32 h en 4 jours (au niveau européen), accompagné d’une taxe des grandes entreprises pour soutenir les PME pour qui cela peut poser problème et d’une limitation stricte du nombre d’heures supplémentaires annuelles (donc moins de flexibilité autour de ces 32 h).
–    Réduire la TVA à 0 sur les produits de première nécessite et augmenter les taxes sociales (impôts sur le revenu, sur le patrimoine, intégrer les biens professionnels à l’impôts, etc.), taxe écologique (sur les engrais, les emballages, etc.) et introduction de la taxe Tobin
–    Plus de transparence et une démocratisation accrue dans les administrations d’Etat, par la transmission des dossiers entre les commissions, des bilans de mi-mandats (ou plus régulièrement). Transparence et démocratisation aussi pour casser « la corruption locale » dans l’attribution des marchés publics (copinage) et des subventions (p.150-151) en obligeant au choix collectif.

Ces mesures, on le comprend, sont autant de mesures à court terme allant dans la sens de buts de transformation plus profonde de la société à plus long terme. Le but n’est pas de s’arrêter là, mais bien de répondre de façon concrète à ces questions perpétuelles : Que faire ? Que proposer? Le livre, paru en 2001, est aujourd’hui un peu daté en ce qui concerne son contexte, mais ses propositions restent d’actualité.

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