Publication: Brian Tokar – « Toward Climate Justice »


Brian Tokar – Toward Climate Justice

 

Il y a quatre ans, Brian Tokar sortait Toward Climate Justice : Perspectives on the Climate Crisis and Social Change. Le contexte politico-écologique était alors à l’analyse des grands rassemblements internationaux, conférence de Copenhague en tête, avec la montée du mouvement dit de « justice climatique » dans lequel l’auteur s’est passablement impliqué. Ce livre vient y apporter son analyse, de l’intérieur et selon l’optique de l’écologie sociale.

Militant écologiste de la première heure, Brian Tokar s’était déjà précédemment fait l’auteur de The Green alternative (1987) et Earth for Sale : Reclaiming Ecology in the Age of Corporate Greenwash (1997) et de bon nombre d’articles (d’ailleurs justement à l’origine de ce nouveau livre) et a connu un long engagement au sein des militants verts américains. Il a participé aux campagnes anti-nucléaires dans les années 70 puis à la fondation du parti Vert américain – ainsi qu’à sa critique. Actuel directeur de l’Institute for Social Ecology (ISE) dans le Vermont, il traite ici du rôle actuel, et potentiel, du mouvement écologiste au sein des débats contemporains.

Il y a dans le propos de Brian Tokar tout d’abord un constat : on a beau parler largement de la crise écologique, les solutions proposées se montrent généralement d’ordre technique, visant à modifier les conséquences engendrées par notre développement industriel et économique. Mais on ne parle pas des causes, ni de changer la société en profondeur. Plaçant, comme l’avait fait Bookchin, une différence entre environnementalistes et écologistes sociaux, Tokar montre que pour les premiers, les problèmes écologiques sont de nature technique, alors que pour les seconds, ils sont de nature politique et sociale.

Avec comme conséquences la promotion par les premiers de « solutions » techniques, comme le nucléaire, les biofuels, le « geoengineering » ou encore l’utilisation des outils du marché libre pour réduire les émissions CO2 (les droits d’émissions de carbone promu par le Protocole de Kyoto). A l’opposé, Brian Tokar appelle à des aspirations « utopiques », sous-entendu à une volonté de transformation radicale. « Plutôt que de rejeter la faute de nos problèmes sociaux sur les villes ou la technologie en tant que telle, il est impératif de travailler à imaginer des éco-technologies et des éco-communautés qualitativement nouvelles qui nous aident à créer une société radicalement transformée, et plus humaine. »

Brian Tokar est néanmoins conscient que pour beaucoup, cette voie « utopique » est aujourd’hui discréditée. Narrant les origines du mouvement, il rappelle que dans les années 60 quand elle voit le jour, l’écologie est encore vue comme subversive, ainsi que la caractérisait Paul Sears. Mais de nombreux débats ont émaillé la question, notamment au sein du parti Vert américain (avec la création de factions alternatives, promouvant la décentralisation plutôt qu’un parti national centralisé, mais c’est les tenants de cette seconde voie qui finalement l’emportèrent). Mais aussi au sein du monde militant, avec la montée d’une génération désabusée, nihiliste sous bien des aspects et plus attirée par le « no futur » punk et le néo-primitivisme que par les possibilités de mettre sur pied un mouvement radical organisé. Le message de l’écologie politique radicale s’en est trouvé dilué, mis de côté.

Au final, Brian Tokar décrit dans le chapitre « L’écologie sociale et le futur des mouvements écologiques » huit aspects qui caractérisent l’écologie sociale aujourd’hui et qu’on peut résumer ainsi :

1)      Elle défie les structures de pouvoir issues du capitalisme et de l’Etat-nation (et cherche à se confronter ainsi aux causes profondes et structurelles de la crise écologique).

2)      Sa longévité offre une vue large des mouvements sociaux depuis la fin des années 50 jusqu’à maintenant (avec leurs avantages et défauts, leurs réussites et leurs échecs), apportant par la des enseignements et des leçons utiles aux débats d’aujourd’hui.

3)      Elle offre un traitement très large des origines de la domination sociale et ses liens historiques avec les abus perpétrés sur les écosystèmes.

4)      Elle présente une structure pour comprendre l’émergence de la conscience et de la raison humaine à partir d’un contexte biologique (liant la philosophie de la nature aux sciences modernes sur l’évolution).

5)      Elle offre une vue stratégique et historique sur le potentiel de la démocratie directe (au niveau du débat, de l’organisation, etc.).

6)      Son analyse des luttes passées (voir le cycle de livres de Bookchin The Third Revolution) rappelle les sources du radicalisme occidental dans les luttes rurales et agrariennes. Plutôt que de rester dans un passé idéaliser, les mouvements paysans modernes offrent une voie pratique pour une vie meilleure.

7)      Elle offre une politique alternative cohérente face au réductionnisme économique, aux politiques identitaires et aux autres courants qui dominent la gauche progressive.

8)      Elle associe l’activité politique d’opposition à la reconstruction d’un futur écologique.

Un livre riche d’enseignements, notamment sur l’histoire passée de l’écologie sociale et sur comment celle-ci s’insère dans des débats très actuels.

Cette nouvelle édition apporte quelques changements par rapport à la première parution. Outre une nouvelle préface de l’auteur, l’ensemble des informations ont été mises à jour en lien avec les récents développements sur la science et la politique environnementale. C’est aussi, et surtout, la division et la composition des chapitres qui a été revue, avec notamment le chapitre « The UN Climate Justice and Beyond », qui a été renommé et déplacé plus tôt dans la présentation. Au final, presque 50 pages de plus pour cet ouvrage qui trouve là une nouvelle cohérence (moins un agencement d’articles et plus un livre avec une ligne claire), sans altérer son propos.

Brian Tokar, Toward Social Justice, éd. New Compass, 2ème édition, 2014, 182 PP.

http://new-compass.net/publications/toward-climate-justice-2nd-edition 

 

Table des matières :

 

Foreword, par Eirik Eiglad, de New Compass

Préface à l’édition révisée

1. Global Warming and the Struggle for Justice

2. The UN Climate Negotiations and Beyond

3. Toward a Movement for Climate Justice

4. Carbon Trading and Other False Solutions

5. On Utopian Aspirations in the Climate Movement

6. Social Ecology and the Future of Ecological Movements

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