Publication: Dan Chodorkoff – « The Anthropology of Utopie »

L’écologie sociale appliquée

C’est un livre qu’on attendait depuis longtemps. Proche collaborateur de Murray Bookchin, co-fondateur avec lui de l’Institute for Social Ecology (ISE) dans le Vermont et longtemps son directeur, Dan Chodorkoff a été fortement impliqué au sein du mouvement d’écologie sociale dès les années 70 et jusqu’à aujourd’hui. Mais ses écrits étaient restés largement peu diffusés et devenus introuvables. Les éditions New Compass ont donc fait un travail utile et original, en s’intéressant à lui et en rééditant huit de ses articles (datant des années 80 et jusqu’à 2012 pour le plus récent).

Un travail utile pour plusieurs raisons. Anthropologue de formation, Dan Chodorkoff traite l’écologie sociale a travers ce point de vue, l’enrichissant d’outils propre à cette discipline – un peu comme l’avait fait Chaia Heller avec la psychologie dans Désir, nature et société (Ecosociété). Un travail bénéfique car il enrichit cette pensée et lui permet d’évoluer, et  qui rappelle aussi, s’il le fallait, que cette pensée ne se limitait pas seulement à Murray Bookchin,   et qu’elle n’est pas morte avec lui.

On notera cependant que s’il apporte la vue anthropologique au sein du corpus de l’écologie sociale, Dan Chodorkoff fait aussi, et sans doute surtout, l’inverse : amener l’écologie sociale au sein de l’anthropologie. L’article « Toward a reconstructive Anthropology » (1982, et inédit jusque-là) en particulier va dans ce sens, en questionnant, au travers de son propre parcours, le rôle de l’anthropologie aujourd’hui. Il y décrit comment lui, et plusieurs, ont abandonné l’étude des sociétés pré-littéraires pour replacer le champ d’étude au sein du monde moderne, et notamment la ville, avec une implication plus directe de l’anthropologue.

Cela nous amène au deuxième grand apport de ce livre, le plus important à notre sens : la présentation de réalisations concrètes de la pensée de l’écologie sociale. La plupart des ouvrages publiés jusque-là (à quelques exceptions près, notamment le livre de Marcel Sévigny sur son expérience de conseiller municipal à Montréal) au sein de ce courant de pensée sont surtout des ouvrages théoriques, prenant surtout appuis sur des exemples historiques. Dan Chodorkoff vient donc combler un manque important en décrivant l’exemple de Loisaida, quartier portoricain pauvre de New York ou de quelques réalisations de l’ISE. Dans « Alternative Technology and Urban Reconstruction », il explique comment le quartier de Loisaida a commencé à se revitaliser et réutilisant des bâtiments délaissés, abandonnés et en les rendant fonctionnels dans le sens d’une aide à la communauté. Construction de panneaux solaire et de moulins à vent sur les toits, mise en place d’aquaculture, d’un centre de recyclage des déchets, etc. : l’endroit, alors abandonné à lui-même par les pouvoirs publics, a ainsi pu améliorer sa qualité de vie par l’action de ses habitants et d’associations de soutien locales. Dan Chodorkoff raconte notamment le combat des habitants contre la « gentrification » (l’arrivée d’habitants plus aisés, changeant l’ambiance et petit à petit faisant monter les loyers et quitter les moins pourvus). Un combat malheureusement perdu et qui mit finalement fin à l’expérience. Mais l’expérience est un bon exemple des possibilités que peu représenter les principes de l’écologie sociale en milieu urbain, avec ce rôle d’éducation populaire et de mise en place d’une démocratie directe locale fonctionnelle.

On le comprend, beaucoup des exemples concrets décrits dans ces articles sont issus de la propre expérience de Dan Chodorkoff. On sent ce vécu au travers des lignes et cela ne fait que renforcer la pertinence des propos et la confiance qui leur est accordée. « J’offre ces essais dans un esprit d’humilité. Ce ne sont pas des essais universitaires, ce sont des réflexions et des analyses personnelles » nous dit l’auteur dans son introduction, et on ne peut que lui donner raison d’avoir fait ce choix.

Dans ces autres essais, critiquant la vision moderne du développement (« Redefining Development »), l’éducation scolaire (« Education for Social Change ») ou son commentaire sur le mouvement Occupy (« Occupy your Neighborhood »), Dan Chodorkoff replace l’écologie sur les questions de communautés, qualité de vie et de vie de tous les jours. Une écologie, sociale évidemment, mais très terre à terre, qui parle aux gens un langage qui est le leur et celui de leur aspiration (utopique, comme l’auteur s’en revendique, mais dans le bon sens du terme).

On finira par citer l’article « Social Ecology : An Ecological Humanism », bon résumé de cette pensée et qu’on espère voir traduire en français dans les mois à venir…

Dan Chodorkoff, The Anthropology of Utopia: on social ecology and community development, éd. New Compass, 2014, 190 PP.

http://new-compass.net/publications/anthropology-utopia-0

 

Table des matières :

 

Introduction

Social Ecology and Community Development

Redefining Development

Toward a Recontructive Anthropology

Alternative Technology and Urban Reconstruction

The Utopian Impulse

Social Ecology: An Ecological Humanism

Education for Social Change

Occupy Your Neighborhood

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