Ocalan, « Le Confédéralisme démocratique »

La guerre (ou plutôt les guerres, multiples et continues) a changé durablement le visage géopolitique de la région syrienne du Kurdistan. On a beaucoup entendu parler dans les médias des combats militaires à Kobané, de la progression de l’Etat islamique, mais peu du changement politique opéré dans la région du Rojava par les Kurdes du PYD. Une région qui a opté pour une confédération démocratique de communes, inspiré dans cette voie par les écrits du leader kurde Abdullah Öcalan.

Son livre, Confédéralisme démocratique, résume sa pensée sur le sujet. Un livre synthétique, qui revient sur la « mue » du PKK, sortant d’une volonté de création d’un Etat-nation kurde, en faveur d’une confédération multi-ethnique.

Plusieurs éléments sont intéressants dans cette publication. A commencer d’ailleurs par son titre : si Bookchin a longtemps louvoyer pour donner un nom à sa pensée politique, optant d’abord « Municipalisme libertaire », puis brièvement « Confédéralisme municipal », avant de finalement se décider pour « Communalisme ». Un terme néanmoins vague, voulant appuyer l’ancrage régional et désireux de s’inscrire dans la tradition de la Commune de Paris, mais qui au final n’a jamais pris en français et se montre trop proche de « communisme », amenant par là une confusion. Öcalan touche certainement plus juste en utilisant les deux facettes importantes du programme : le confédéralisme et la démocratie directe. Pour le public français, le nom sonne claire, s’inscrit dans un double héritage plus évident, et indique bien de quoi il s’agit. Adopté !

Sur le fond maintenant, plus important sans doute. Öcalan vise juste en plaçant l’Etat-nation et le capitalisme comme devant être combattu conjointement, de par leur même logique de domination et d’exploitation. Pour ce peuple sans nation, à cheval sur quatre Etats, dans une zone aux multiples cultures et souvent en conflit, le leader kurde emprisonné considère que l’homogénéisation créées par les Etats-nations est un des fondements du problème. Et qu’il pourrait être résolu par la mise en place d’une confédération de communes, permettant à l’ensemble des minorités de s’exprimer et d’être prises en compte. Un moyen d’apporter la paix dans la région. Un vœu pieux peut-être, mais pas dénué de bon sens.

« Contrastant avec l’interprétation centraliste et bureaucratique de l’administration et de l’exercice du pouvoir, le confédéralisme propose un type d’auto-administration politique dans lequel tous les groupes de la société, ainsi que toutes les identités culturelles, ont la possibilité de s’exprimer par le biais de réunions locales, de conventions générales et de conseils. Cette vision de la démocratie ouvre ainsi l’espace politique à toutes les couches de la société et permet la formation de groupes politiques divers et variés, ce qui constitue de ce fait un progrès dans l’intégration politique de l’ensemble de la société. La politique y fait alors partie de la vie quotidienne. » (p.26)

Le but est bien d’aller au-delà d’une expérience politique régionale. C’est aussi une révolution culturelle, touchant le politique mais aussi la culture, la religion, les questions d’égalité des genres, etc. Toucher à l’un, le transformer, c’est transformer tout le reste. Ou pour détourner un slogan écologiste : changer le système, pas le gouvernement. Et Öcalan ne cache pas, à l’instar de Bookchin, que le système pourrait fonctionner ailleurs et même mondialement. A ce titre, l’expérience kurde sera à surveiller de près. En tant qu’écologistes sociaux, on aimerait bien sûr qu’elle puisse servir d’exemple et inspirer d’autres expériences, ailleurs, et montrer que le modèle est viable, réaliste et très concret.

L’ouvrage est assez court, alors plutôt qu’un long commentaire, on ne peut que vous inciter à prendre connaissance du texte original. Il est librement téléchargeable sur le lien suivant, en compagnie d’autres écrits sur la question kurde :

http://www.freedom-for-ocalan.com/francais/Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique.pdf

Abdullah Ocalan, Confédéralisme démocratique, International Initiative Edition, 2011.

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