Tous les articles par admin

Nous n’avons pas peur des ruines

Nous n’avons pas peur des ruines

Les situationnistes et notre temps

Le mouvement situationniste semble parfois avoir disparu (ou être oublié) de notre présent et de leurs consciences. Paradoxalement, il est peut-être un de ceux qui pèse encore le plus dans les consciences. En 2003, près de 30 ans après l’auto-dissolution de l’Internationale Situationniste (IS), Sergio Ghirardi, compagnon de route de cette aventure, publie Nous n’avons pas peur des ruines. Un livre qui revient sur l’histoire, les principes et l’actualité de ce mouvement. Sous forme de vue rétrospective, il aborde les principes fondateurs du mouvement : critique de la société de consommation, de l’art, théorisation de la « société du spectacle » (celle qui fait de nous des spectateurs passifs du monde au lieu d’acteur ayant prise sur ce qui nous concerne), le dépassement du marxisme, la volonté de révolution de la vie quotidienne, etc. L’auteur replace l’IS dans une tradition révolutionnaire qui va de la Commune de Paris à l’Espagne révolutionnaire de 1936-37 jusqu’au « joli mois de mai 1968 », où les idées situationnistes éclosent au grand jour, sans oublier la révolte néo-zapatiste du Chiapas.

Un livre dense et profond dans l’envergure de ce qu’il touche, écrit avec le phrasé et la poétique propre aux situationnistes. Il touche, comme Bookchin le faisait, à ce contraste entre « ce qui est » (et qui nous assèche en tant qu’être humains) et « ce qui pourrait être » (et nous permettrait de nous réaliser pleinement, dans tous nos désirs et nos besoins, matériels autant qu’affectifs et émotionnels). Ce livre nous rappelle que l’idée de création d’une société plus belle, plus humaine et naturelle, n’avait aucune raison de s’arrêter avec l’échec partiel de Mai 68.

Si la chronique de cet ouvrage a son sens dans un site consacré à l’écologie sociale, c’est pour souligner les liens profonds – et pourtant avortés – qui existent entre les deux mouvements. A lire Ghirardi aujourd’hui (ou Vaneigem d’ailleurs, qui signe ici la préface), on a le sentiment de relire Au-delà de la rareté de Bookchin. C’est bien sûr l’esprit libertaire de 1968 qui souffle sur ces lignes, mais pas seulement : par leur mise en avant du plaisir et de la force pulsionnelle et créative de la vie, du contraste entre le désir et le besoin, du rôle réel du don sans contrepartie, la critique du marxisme, de la technologie et la volonté de créer une autre société plus libre, on comprend que les deux mouvements contemporains l’un de l’autre allaient alors dans le même sens. On y retrouve l’élan et l’engagement de l’époque, qui avait malheureusement disparu des écrits de l’écologie sociale dans les dernières années de la vie de Murray Bookchin.

Il est intéressant de savoir qu’une mise en relation des situationnistes et des écologistes sociaux a été tentée à l’époque, mais a échoué pour des raisons de malentendus et de purisme idéologique (et d’ego) exacerbés et que Ghirardi ne cherche nullement à cacher. Le récit, raconté par Janet Biehl dans Ecology or Catastrophe, de la venue à New York de Raoul Vaneigem et de sa rencontre avec Bookchin, qui finit par une forme de mise à ban de ce dernier, est véridique mais laisse un goût d’acte manqué.

Mais si on n’a pas réussi alors à rapprocher les personnes, leurs idées, elles, ont fait leur chemin et ont fini par s’enrichir mutuellement. C’est un processus qu’il faudrait poursuite et ce livre peut y contribuer. Alors que les ouvrages qui sortent désormais sont très sombres et laissent peu d’espoir, renouer avec les utopies concrètes et les envies pulsionnelles qui nous animent fait réellement le plus grand bien.

Sergio Ghirardi, Nous n’avons pas peur des ruines, les Situationnistes et notre temps, éd. L’Insomniaque, 192 PP.

http://www.insomniaqueediteur.org/publications/nous-navons-pas-peur-des-ruines

Du même auteur :

Lettres ouvertes aux survivants, de l’économie de la catastrophe à la société du don, Les éditions libertaires.
Occuper la vie, éd. Chant libre.

MORCEAUX CHOISIS :

« Le conflit est mondial entre l’économie et les hommes. Après l’avoir inventée comme artifice censé réguler le bien-vivre, l’humanité en subit désormais la toute-puissance aveugle et pourtant n’arrête pas de la soutenir. »

« L’objectif explicite des situationnistes  fut celui d’amorcer concrètement une nouvelle civilisation capable de restituer au vivant et à l’humain la place centrale qui leur convient. »

« Pour tous ceux qui ont simplement décidé, hier comme aujourd’hui, de faire passer la vie avant tout, là se trouve l’héritage le plus intéressant de l’IS. »

« Jadis, il fallait des travailleurs parce qu’il y avait du travail, aujourd’hui, il faut du travail parce qu’il y a des travailleurs qui doivent payer leur consommation de marchandises tout en restant soumis à l’ordre du monde. »

« Formulée avant le joli mois de mai par les situationnistes, l’hypothèse d’une autogestion généralisée de la vie se voulait le dépassement achevé de toute forme de toute forme séparée d’organisation politique autogestionnaire. Elle ne visait pas l’autogestion du monde existant par les masses, mais sa transformation interrompue par des individus sociaux. Elle ne revendiquait pas le pouvoir mais son abolition. »

« Ce qui par contre a progressivement changé, c’est l’intensité de la domination et finalement la visibilité des chaînes : moins elles sont matérielles, plus la servitude se fait intime, plus elle devient volontaire. »

« […] derrière le citoyen actuel se cache un consommateur empoissonné, déprimé et réduit à faire les poubelles de ses désirs artificiels. »

« Les luttes des communautés réelles n’ont jamais eu besoin de la rhétorique guerrière ou de la foi aveuglante dont les ont accablées la politique et la religion dans un but évident de récupération. Elles ont, par contre, toujours véhiculé un sens orgastique de l’histoire, même au plus profond de leur défaite, de leur tragédie. Elles nous rappellent que nous pouvons vivre libres et mieux, dans la jouissance de l’intelligence sensible, dans le jeu, la gratuité et dans l’insatiabilité des plaisirs. »

« L’opposition de plus en plus radicale des désirs humains biologiques et de la valorisation économique que toute idéologie colporte ou justifie nous rapproche du moment où il n’y aura plus de place sur la planète pour le capitalisme et pour l’homme, pour l’économie et pour le vivant, tout au moins dans sa forme humaine. »

« Une pratique lucide de la volonté de vivre provoquerait une profonde inversion de tendance, la réorganisation du monde, la redistribution des vraies richesses et l’abolition des poubelles dangereuses vendues sur le marché.
Le bouleversement de la société industrielle et son remplacement par une société naturelle qui utiliserait l’énergie autant que la technique avec sensibilité et douceur, passe par la redécouverte d’un lien social orgastique fondé sur la gratuité, le don et la solidarité. »

« Vivre sans temps morts et jouir sans entraves est, aujourd’hui encore, un premier critère clair pour définir la ligne de démarcation entre deux projets opposés. D’un côté tous ceux qui agissent pour le jeu et la jouissance et de l’autre ceux qui opèrent en cautionnant une fatigue de vivre qui implique toujours le sacrifice. »

« De la dégradation de l’être en avoir, produite par la première phase de la domination de l’économie sur la vie sociale, nous sommes passés à la dépossession définitive de l’avoir en paraître. »

« Avoir eu 20 ans en mai 1968 a été une chance et un éclair de joie de vivre même pour ceux qui ceux qui n’osaient pas se laisser aller à l’ivresse de liberté qui contaminait la planète. Nous n’étions pourtant pas prêts à changer le monde, parce que nous découvrions nos envies en étant nous-mêmes surpris par leur audace et leur simplicité imprévue. Nous étions les fils du monde que nous voulions abolir et, sous le poids de milliers d’années d’humiliation du corps et de l’esprit, nous avons-nous-mêmes laissé filer la chance que nous avions évoquées. Il n’y a pas de faute à ça. La prochaine fois nous repartirons d’où nous nous sommes arrêtés, c’est-à-dire tout près du bonheur. »

« Aucun patriotisme nationaliste ou régionaliste ne pourra jamais plus combler de façon durable le manque absolu d’humanité qui accable les hommes. »

« Dans le meilleures des cas, le travailleurs travaille, l’électeur vote, le consommateur consomme et l’être humain s’ennuie. »

Invitation au colloque annuel de l’Institut d’écologie sociale

L’institut d’écologie sociale (ISE) du Vermont ouvre les inscriptions pour son traditionnel colloque annuel. L’occasion de voir converger bon nombre de militants, de chercheurs et de simples curieux de l’écologie sociale pour trois de rencontres, de fêtes et de discussions.

Le lieu du colloque a changé, il se tiendra dans une auberge de Marshfield, le Pie-in-the-sky Bed & Breakfast, tenu par d’anciens de l’ISE. Les prix d’inscription vont de 70 à 200 dollars.

Toutes les informations, en anglais, sur le site :
http://social-ecology.org/wp/2017/05/ise-2017-annual-gathering-august-19-21-marshfield-vt/

A noter que plusieurs francophones, notamment du Québec voisin, y prennent généralement part, mais l’ensemble des discussions sont en anglais.

 

Sortie de « Notre environnement synthétique »

Une nouvelle traduction de Murray Bookchin vient de paraître aux éditions ACL. Ils publient « Notre environnement synthétique », le premier livre publié par l’auteur en 1962. Nous reproduisons ici l’annonce de l’éditeur.

Murray Bookchin – 280 pages
 
L’année 1962 est une date clef dans l’histoire de l’écologie politique. Deux ouvrages très importants paraissent en effet à cette date aux États-Unis d’Amérique qui vont se révéler décisifs pour l’entrée de la pensée écologiste sur la scène politique.
 
Le premier est mondialement connu. C’est celui de Rachel Carson, Un printemps silencieux, dénonçant les conséquences de l’usage des pesticides agricoles, principalement le DDT, sur les milieux naturels. Son succès fut immédiat et mondial.
 
Le second n’eut pas cette reconnaissance. Il ne figura pas parmi les best-sellers américains bien qu’il fut défendu par de grands scientifiques. Publié six mois avant le livre de Rachel Carson par Murray Bookchin (1921-2006) – sous le nom de plume de Lewis Herber –, il s’intitulait Our Synthetic Environment et passait en revue les causes de la très rapide détérioration de l’environnement naturel outre-Atlantique, conséquence de l’accélération du développement du capitalisme après la Seconde Guerre mondiale qui bouleversait de nombreux aspects de la vie quotidienne des personnes qui en avaient été jusque là relativement préservées.
 
Ce livre important n’avait jamais été traduit en français. Il nous a semblé important de combler cette lacune. Notre environnement synthétique est en effet un texte fondamental pour l’écologie politique, d’une remarquable lucidité sur les désastres écologiques qui s’annonçaient tout en s’efforçant de présenter une voie pour éviter le pire. Il était donc grand temps de rendre hommage au travail et à l’esprit visionnaire de Murray Bookchin.

 

Appel à participation pour les rencontres de Bilbao

Nous transmettons cet appel pour la préparation des 2èmes Rencontres internationales de l’écologie sociale qui auront lieu à Bilbao. Ces rencontres de préparation sont ouvertes à toutes et à tous. Nous pouvons relayer vos demandes et vos questions les concernants. Ecrivez-nous à info[at]ecologiesociale.ch

 

Journée préparatoire pour la seconde Rencontre internationale

« Ecologie Sociale et Municipalisme libertaire »

 « Pour sortir du Capitalisme »

 

Euskal-Herria (Pays Basque)  en automne  2017.

 Etant donné le succès inespéré quant à la participation et la qualité des débats au cours de la première rencontre, au mois de mai 2016 à Lyon, nous avons décidé d’organiser une seconde rencontre, au Pays Basque.

Il n’y a désormais plus de doute que le capitalisme est en train d’anéantir la société qu’il a forgée à sa mesure tout autant que la nature qui l’abrite. Pas besoin d’être un expert pour prévoir dans les années à venir, un effondrement généralisé et sans précédents de ce même capitalisme, de par sa propre logique productiviste qui le pousse vers une croissante incapacité quant à la valorisation de la valeur – et ce, malgré le fait que les désastres écologiques qu’il provoque, génère à son tour un marché vert en pleine expansion – et par le progressif épuisement de l’énergie et des matières premières. Par conséquent l’Etat moderne, comme catégorie première du capital pour ouvrir de nouveaux marchés et désamorcer les guerres de classes subjacentes qu’il génère, se trouvera dans l’incapacité de se maintenir comme “Etat-providence”. Pour faire perdurer l’ordre capitaliste, il n’aura pas d’autre choix que d’augmenter la violence de sa force répressive.

Il y a longtemps que Bookchin avait prévenu : si nous ne faisons pas l’impossible il nous faudra affronter l’inconcevable.

S’il est une évidence que les diverses droites tenteront de maintenir le statu quo, que peut-on attendre des partis de gauche, même lorsqu’ils s’autoproclament anticapitalistes, municipalistes, éco-socialistes, les trois en même temps ou bien de ces personnes qui nous proposent une stratégie duelle?

Il ne s’agit pas de fustiger les personnes qui participent avec bonne foi à ces processus collaborationnistes, mais plutôt de les inviter à réfléchir, partant d’une radicalité bien comprise, soit tout le contraire d’un extrémisme (comme celui de l’exclusivité sans limite du capitalisme ou ses avatars fanatiques religieux ou politiques). Il s’agit pour cette radicalité  de partir de la racine du problème pour l’extirper et ne plus le reproduire.  En fin de compte comme le signale le sociologue Barrington Moore, « Il faut le dire, la modération a engendré autant d’atrocités que la révolution, et sans doute beaucoup plus. »  En tout cas, nous sommes en mesure d’affirmer objectivement que toute frustration de changement ne fait que décourager et reculer la possibilité d’une indispensable révolution tout en engraissant les rouages de la machinerie capitaliste. Il nous faut donc  cette radicalité autant pour l’analyse et le démontage que pour élaborer des stratégies pour construire un mouvement de mouvements audacieux et capables d’entamer une dynamique sociale et politique en mesure de développer une société décentralisée, autonome, et autogérée, autosuffisante et s’insérant dans les écosystèmes, voire contribuant â les enrichir, à la recherche du bonheur, de la réalisation de toutes et chacune de nos personnes.

Partant de cette constatation et de ces possibilités réelles, nous vous invitons à participer à l’organisation de la seconde rencontre internationale de l’Ecologie Sociale pour réfléchir et agir pour la création de stratégies unificatrices, dans le respect des diversités, d’alternatives concrètes et porteuses d’espoir. Afin de nous aider dans cette tâche collective, nous inviterons entre-autres, des militants zapatistes et du Rojava kurde.

 La prochaine réunion a été fixée pour :

 le 20 Avril à Bilbao au local de Zirika Calle Ronda numéro 12 à 18h 30

Organisation de la rencontre:

Qu’attend-on de cette rencontre?

Avec quelles forces pouvons-nous compter?

Avec quels moyens ?

Dates, lieu, traductrices, sales, cuisine, logement…

Stratégies d’information au niveau régional et internationalement.

Etablissement des points à traiter pendant la rencontre.

Sortie du livre « Un autre futur pour le Kurdistan ? »

On nous annonce la sortie d’un ouvrage très prometteur. Pierre Bance est un des premiers francophones à présenter la situation politique au Rojava en détails. Une vue d’ensemble on ne peut plus nécessaire pour comprendre le phénomène du confédéralisme démocratique porté par les Kurdes sur place, et pour combler nos lacunes sur l’évolution de la cause kurde depuis ces dernières décennies.


UN AUTRE FUTUR POUR LE KURDISTAN ?
Municipalisme libertaire et confédéralisme démocratique
Pierre Bance

 

Dans la presse, chez les militants de gauche ou les politologues, on parle beaucoup des exploits des combattants et combattantes kurdes. Pourquoi réussissent-ils, là où les autres échouent ? Parce qu’au-delà de la défense de leur identité, une idée nouvelle leur fait espérer un autre futur : le confédéralisme démocratique. Et de cela, on ne parle pas.

Au début des années 2000, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) abandonne le marxisme-léninisme et son ambition de construire un État-nation kurde. Il adopte alors l’idée et la stratégie du confédéralisme démocratique pensé par son leader, Abdullah Öcalan, lui-même fortement influencé par le municipalisme libertaire du philosophe américain Murray Bookchin qui place l’écologie sociale comme moteur de la révolution. Les organisations de la société civile (associations, syndicats, coopératives, communautés ethniques et religieuses, partis…) se mettent en réseau sans que leur stratégie exclut la conquête de municipalités et l’élection de parlementaires. Le but est de marginaliser l’État et finir par le rendre inutile, tout comme le capitalisme. Le confédéralisme démocratique ne se limite pas au Kurdistan, il a une vocation universelle.

En Turquie, le PKK souhaitait abandonner la lutte armée pour se consacrer à la fédération, déjà bien engagée, des communautés kurdes dans le cadre d’une nouvelle constitution turque. Le processus de paix ayant été rompu en 2015 par le gouvernement turc, une lutte acharnée se poursuit sur les terrains militaire, social et politique.

Au Nord de la Syrie, le Rojava, sous contrôle du Parti de l’union démocratique (PYD), s’organise selon l’autonomie démocratique, phase préalable au confédéralisme démocratique. Un « gouvernement » appelé auto-administration démocratique assure la
gestion de la région. Ce pouvoir se dissoudra-t-il dans la société civile confédérée ou maintiendra-t-il un État ? Dit autrement, le fédéralisme libertaire sera-t-il assez fort pour vaincre le fédéralisme politique mis en place et justifié par la conduite d’une guerre incertaine ?

Tout n’est pas parfait au Rojava, l’État n’a pas disparu, la démocratie directe est loin d’être générale, et le fédéralisme libertaire des communes auto-administrées balbutie. Cependant, trouve-t-on ailleurs une telle volonté radicale de changement dans un contexte politique, culturel et militaire si peu propice ? La révolution ne se fait pas en un jour, alors pourquoi douter que les Kurdes parviennent à construire un autre futur d’émancipation ? Leur expérience est un exemple, non un modèle, pour sortir de l’impasse dans laquelle se trouve le mouvement social.

L’auteur
Pierre Bance, docteur d’État en droit, a été directeur des Éditions Droit et Société de 1985 à 2008. Anarchiste et syndicaliste, ses derniers travaux sont publiés sur le site Autre futur.net (http://www.autrefutur.net/).

Noir et Rouge – 75, avenue de Flandre, 75019 Paris
https://editionsnoiretrouge.com
Février 2017 – 400 pages – 20 € – ISBN 979-10-93784-12-0

Les idéaux de Bookchin fleurissent au Rojava

Il y a quelques années encore, presque personne n’aurait pu situer le Rojava sur une carte. Les questions géopolitiques du Moyen-Orient transmises par les médias occidentaux se concentraient pour l’ensemble au conflit israélo-palestinien et ses dérivées. Mais depuis l’invasion de l’Irak par les États-Unis et leurs alliés en 2003, puis les Printemps arabes dès fin 2010, la région est secouée par de nombreux tremblements. Dans la foulée des révolutions en Tunisie et en Égypte, la Syrie s’est embrasée. Et elle brûle toujours. L’écroulement d’un pays, la guerre avec ses milliers de morts et ses millions de déporté-e-s, ne sont pas des événements dont on peut se réjouir. Mais de tels bouleversements comportent aussi en eux les possibilités d’une reconstruction sur d’autres bases, que l’on espère meilleurs. Et c’est à ce titre que l’on a commencé à s’intéresser à la province syrienne kurde du Rojava.

En 2012, alors que la guerre civile faisait rage en Syrie, les autorités syriennes officielles se sont retirées de cette province du nord du pays. Le gouvernement, mis en difficulté par les rebelles syriens, a fait le choix de ne pas se créer un ennemi supplémentaire et, placé devant un ultimatum, a laissé champ libre aux Kurdes (ou plus précisément au PYD, le Parti de l’union démocratique kurde, qui demeure le groupe le plus influent sur place). Il y a convergence d’intérêts : les Kurdes – qui représentent 10 à 14 % de la population syrienne – revendiquent l’autodétermination. Ils protègent leur territoire et n’ont guère de raison de se rallier à des rebelles qui ne défendent pas leur cause. Leur but est ailleurs : la réalisation d’un gouvernement libre et autonome. A ce titre, les Kurdes créent de nouvelles autorités locales officielles dans la province du Rojava, posant les premières pierres de la construction d’une forme de société.

Le confédéralisme démocratique

Au-delà de la revendication d’autonomie, la particularité du projet politique kurde est de n’avoir pas cherché à créer un État-nation kurde, ce qui avait été la revendication du PKK (le Parti des travailleurs du Kurdistan, et proche parent turc du PYD) durant ses premières décennies d’existence. Le nouveau paradigme politique dont ils se revendiquent se nomme « confédéralisme démocratique » :

« Le Confédéralisme Démocratique n’est pas un État mais un système démocratique populaire dans lequel chaque partie de la population, à commencer par les femmes et les jeunes, possède au niveau local sa propre organisation démocratique qui lui permet de participer directement à la vie politique des assemblées en tant que citoyens libres et égaux de la Confédération. Par conséquent, prenant essence dans le peuple, sa réussite repose sur l’autogestion et autosuffisance, y compris d’un point de vue économique. »1

Le confédéralisme démocratique élaboré par les Kurdes consiste en la création de conseils et d’assemblées démocratiques locales, fédérées entre elles, fonctionnant en démocratie directe et à différents niveaux : d’un côté des conseils thématiques (sur l’écologie, les femmes, l’économie, la loi, la langue kurde, etc.), avec des réunions hebdomadaires2, et de l’autre, des assemblées liées au lieu de vie, comme les conseils de rues, de quartiers, de communes, de cantons. A travers eux, on vise à « libérer et à démocratiser »3 la société entière et non à créer une nouvelle administration publique chargée de la gestion des affaires politiques.

Le système, décentralisé, ne se fonde pas non plus sur une identité culturelle kurde, mais se veut ouvert à toutes les populations et minorités (religieuses, ethniques, etc.) présentes dans la région. De fait, sur le papier, sa vocation non homogène en fait sans doute un des rares modèles politiques capables de les rassembler de manière non conflictuelle, en donnant une juste place et une liberté d’expression à tout-un-chacun.

Une révolution sociale

Concrètement, des communes ont été créées progressivement un peu partout sur le territoire kurde de Syrie, comme unité de base de la nouvelle politique. Leur rôle consiste à « [diriger] leurs travaux avec la participation directe des villages et des quartiers. [La commune] est le lieu où le citoyen s’organise, crée sa propre volonté, innove une politique efficace. Elles laissent la porte ouverte pour discuter toutes les questions et d’en trouver des solutions. »4

Si on manque de recul et d’accès aux informations sur place pour comprendre dans le détail le fonctionnement de ces institutions (avec, outre le conflit armé, tout le problème de la barrière de la langue)5, on se rend bien compte qu’on se trouve en face d’une révolution politique et sociale très progressiste. Les confédéralisme démocratique s’oppose à l’État-nation aussi bien qu’au capitalisme et au patriarcat. La lutte contre le sexisme se retrouve au premier plan du projet de libération de la société, où les femmes sont à juste titre vues comme une autre forme de nation à libérer de l’exploitation6. Par l’instauration de quotas, la présence généralisée d’une co-direction (homme/femme) des conseils et comités, la création de conseils de médiation pour traiter les cas de violences domestiques, les femmes trouvent une place prépondérante et le patriarcat se voit confronté frontalement. Premières cibles de l’État islamique (EI), elles formeront également des milices entièrement féminines, les YPJ, les Unités de protection de la femme, pour se défendre et défendre leurs terres et leurs familles – au même titre que leurs comparses masculins des brigades YPG, les Unités de protection du peuple.

Le modèle de démocratie directe et directement liée à la vie quotidienne développée par les Kurdes du Rojava rappelle quelques exemples historiques connus, notamment celui des sections parisiennes de 1793 et de la Commune de Paris. Mais si ce modèle politique ressurgit au Kurdistan aujourd’hui, c’est qu’il fut théorisé en détails et promu dès les années 70 mais surtout au début des années 90 par un anarchiste-écologiste américain du nom de Murray Bookchin (1921-2006), comme modèle politique de son écologie sociale. Son « municipalisme libertaire », comme il l’appelle, faisait de la réalisation d’une confédération de communes libres et autonomes politiquement une politique alternative réellement démocratique, plaçant le pouvoir de décision au sein d’assemblées citoyennes locales, rendant aux citoyens le rôle d’acteurs majeurs de la vie politique, dans son sens le plus noble. Mais ses idées, peu suivies et largement tombées dans l’oubli, n’avaient guère trouvé d’expériences concrètes pour s’exprimer.

De Bookchin à Öcalan en passant par Biehl

Comment les idées de Bookchin ont-elles pu ressurgir subitement au Moyen-Orient ? Et comment un tel changement politique et social a-t-il pu se faire dans cette région en si peu de temps ? Tout le monde s’est posé ces questions. Pour y répondre, il faut prendre du recul, car le changement a en réalité débuté bien avant la révolution syrienne. Il a commencé par se répandre petit à petit au sein du Parti des travailleurs du Kurdistan sur une dizaine d’années. Abdullah Öcalan, le leader historique du PKK, est considéré comme l’investigateur de ce tournant. Condamné à l’emprisonnement à vie par le gouvernement turc en 1999, puis placé en réclusion sur l’île-prison d’Imrali, Öcalan a lu dans sa cellule les thèses de Murray Bookchin, notamment ses livres The Ecology of Freedom (1982) et Urbanization without Cities (1987/1992). Le revirement idéologique commence concrètement en 2001, quand le PKK abandonne la lutte armée, puis se dissout officiellement pour former le KADEK (aujourd’hui « Kongra-GEL », le Congrès du peuple du Kurdistan). Il adopte alors formellement en 2005 le confédéralisme démocratique, version kurde du municipalisme libertaire de Bookchin7.

Janet Biehl, compagne et compagnon de route de Murray Bookchin durant les 15 dernières années de sa vie, récente auteure de sa biographie8, a raconté dans une série d’articles en 2011 comment elle a découvert que les idées de Bookchin avaient trouvé un large écho au sein des militant-e-s kurdes9. En 2004, une correspondance avait d’ailleurs eu lieu entre Murray Bookchin, Janet Biehl et Abdullah Öcalan, par l’intermédiaire de ses avocats. Bookchin et Biehl apprennent alors que « Öcalan a fait passer le mot par ses avocats que les Kurdes devaient lire Bookchin. A la suite de cela, un nombre croissant de Kurdes l’ont fait et ont adopté son écologie sociale à un degré très élevé. »10

La pensée de l’écologie sociale, restée en marge du monde militant durant des décennies aurait trouvé écho au Moyen-Orient, auprès d’un groupe de marxistes repentis. La nouvelle avait de quoi étonner ! Mais Bookchin, lui-même ancien marxiste-léniniste reconverti dans l’anarchisme, ne pouvait qu’acquiescer.

Cependant, les contacts ne vont guère plus loin. Bookchin, alors âgé de 83 et en mauvaise santé, ne peut guère conseiller Öcalan. « S’il vous plaît, transmettez à M. Öcalan mes meilleurs vœux, conclut-il dans sa réponse, du 9 mai 2004. Mon souhait est que les Kurdes puissent un jour être capables d’établir une société libre et rationnelle qui permette à leur éclat de briller à nouveau. »11

Le décès de l’écologiste américain en 2006 met un terme au contact entre le Vermont de Bookchin et la Turquie d’Öcalan. Entre temps, Janet Biehl prend elle-même quelques distances avec son engagement en faveur de l’écologie sociale et de ses idéaux politiques.12 On en reste là, avec pour l’écologie sociale une phase de marasme certain. Suite à la perte de son mentor, le mouvement vit une crise identitaire – une de plus après une longue succession de débats acerbes qui l’ont effleuré tout au long des années 1990. Et beaucoup enterrent le projet politique du municipalisme libertaire en même temps que Bookchin.

L’évolution politique au Kurdistan

Quand Janet Biehl reprend contact avec des groupes turcs en 2011, les choses ont passablement évolué. Sous l’impulsion d’Öcalan, la démocratisation des communautés kurdes a commencé. On ne parle alors pas encore du Rojava syrien, mais bien de la Turquie voisine. Des conseils s’instaurent dans les communautés kurdes de Turquie à partir de 2005-2006, suite notamment à la publication de la Déclaration du Confédéralisme Démocratique rédigée par Öcalan13. Le DTK (Demokratik Toplum Kongresi), le Congrès pour une société démocratique, est fondé en 2005 à Dyarbakir, en Turquie. Il a pour vocation de réunir les différents mouvements politiques et associations œuvrant pour la mise sur pied dans ce pays d’un confédéralisme démocratique, adopté alors officiellement comme nouveau paradigme politique du mouvement kurde. Fort de 501 membres, avec une co-direction (toujours un homme et une femme), le DTK forme une sorte de parlement confédéral auquel participe l’ensemble des structures locales. Chacune y envoie des représentants (révocables et dont le rôle consiste à relayer la position de l’assemblée locale, donc sans prise de position personnelle). Il se réunit tous les trois mois en assemblée générale et tous les deux ans en congrès.14

En juillet 2011, le congrès du DTK a rassemblé plus de 8’000 personnes avec à la clé un appel à l’autonomie démocratique en Turquie – appel renouvelé en 2015 et sévèrement condamné par la Turquie. La démocratisation de la société commence, mais les institutions sont obligées de se créer en marge des représentants officiels, instaurant un pouvoir de fait, mais anticonstitutionnel, pour ne pas dire clandestin. D’autres organes sont encore institués en 2005, comme le KKK, qui devient en 2007 le KCK, le réseau des communautés du Kurdistan, qui réunit les villes, villages et régions d’Iran, d’Irak, de Syrie et de Turquie ayant mis en place des institutions confédérales démocratiques (officiellement ou en parallèle au pouvoir existant). Proposé et chapeauté par le PKK/Kongra-GEL, il est le pont international entre lui et les groupes alliés en Syrie (le PYD, le Parti de l’union démocratique kurde, à l’origine de la révolution au Rojava), mais aussi ceux existants en Irak (le PÇDK) et en Iran (le PJAK), bien que de moindre importance.15

Car la question kurde est bien internationale. En Syrie, et toujours en 2005, le PYD publie un « ‘Projet d’auto-gouvernance démocratique dans le Kurdistan occidental’ et commence à s’organiser clandestinement dans ce sens ».16 On fonde le TEV-DEM, le « mouvement pour une société démocratique », qui à l’instar du DTK rassemble les membres de la société civile, des partis politiques et des groupes religieux, sous la forme d’un parlement confédéral. Il fait le lien entre le local et le régional.17

En Syrie, le mouvement pour l’instauration du confédéralisme démocratique prendra de l’ampleur avec le début du conflit militaire. Trois cantons du Rojava syrien (Cizîrê, Kobanê et Afrin) organisent la démocratisation de la société et proclament officiellement leur autonomie en 2014, en s’appuyant sur un « contrat social », une véritable constitution, bien qu’officiellement encore « provisoire »18. Elle se montre en partie progressiste, affirmant notamment que toutes les régions « ont le droit d’être représentées par leur propre drapeau, emblème et hymne », que « toute personne a le droit d’exprimer son identité ethnique, culturelle, linguistique ainsi que les droits dus à l’égalité des sexes », que « les ressources naturelles, situées au-dessus et en dessous du sol, sont la richesse publique de la société » et que « l’Assemblée législative doit être composée d’au moins quarante pour cent (40%) de chaque sexe selon les lois électorales ».

En revanche, sur le fonctionnement des institutions, elle va moins loin que les idéaux du confédéralisme démocratique. La co-présidence visiblement ne s’applique pas, de même que la révocabilité des élus. J’en ignore la raison officielle. Cela s’explique peut-être par le fait que le texte est le résultat d’un compromis opéré avec le KNC, le conseil national kurde, branche minoritaire du mouvement kurde en Syrie et liée au gouvernement kurde irakien de Massoud Barzani, historiquement opposé au PKK et défavorable au confédéralisme démocratique19.

Sans pour autant rompre avec la Syrie, dont l’attachement est écrit noir sur blanc, cette constitution montre une certaine avancée et affirmation du mouvement. On ne cherche plus à se cacher derrière le masque du gouvernement officiel : le drapeau kurde peut flotter au grand jour et ses projets politiques et sociaux également. Le vaste projet d’apprentissage et d’organisation s’intensifie et se concrétise, en parallèle d’ailleurs au besoin de protection armée du territoire. La défense de sa vie et de sa région passe ainsi autant par les armes que par cette révolution politique et sociale.

Un renouveau pour l’écologie sociale

Quand les premiers articles de Janet Biehl sur le Kurdistan sont publiés, la transition au Rojava ne fait que débuter. Les informations à son sujet seront alimentées et précisées, par elle et par de nombreuses autres voix, au fil des visites sur place de délégations de militant-e-s et des traductions. On commence alors vraiment à entendre parler de révolution sociale au Rojava. Mais l’accueil faite à cette annonce se montre tout d’abord sceptique : le retournement idéologique du PKK peine à convaincre. Le récit de la conversion d’Öcalan aux idées de Bookchin, relayé par celle qui fut son plus fidèle lieutenant, fleure bon la récupération pour servir la cause d’une pensée sur le déclin. En fait, l’histoire d’une nouvelle révolution sociale, tant attendue par la gauche radicale et presque inconnue depuis la Guerre civile espagnole de 1936 et le soulèvement de 1994 au Chiapas (avec lesquels on pourrait dresser beaucoup de comparaisons), qui se tiendrait aux portes de l’Europe paraît en somme trop belle pour être vraie.

Même si on ne peut que la déplorer, cette réaction était somme toute assez logique. Désintéressés de cette partie du monde depuis près de 20 ans, les évolutions politiques qui s’y sont déroulées étaient complètement inconnues ici. Que savions-nous du PKK ou de la cause kurde depuis le tournant du millénaire ? A peu près rien. Peut-être quelques vagues énoncés des journaux d’informations radiophoniques ou télévisuels. Pire: pour les plus ancien-ne-s, il évoquait les derniers reliquats d’une organisation considérée comme terroriste, connue comme étant de tendance marxiste-léniniste pure et dure (« staliniste » dans les termes, sous-entendu : autoritaire, centralisée, etc.). Rien de très engageant au premier abord, même quand on y reconnaît un discours filtré par les médias occidentaux. De plus, les désillusions des derniers mouvements révolutionnaires, notamment communistes, ou d’élans démocratiques plus proches de nous, d’Occupy à Syriza, tendait plus à « attendre de voir » que de se lancer corps et âme dans le soutien du premier soubresaut révolutionnaire annoncé.

Le chat échaudé craint l’eau froide, au point d’ailleurs d’agacer certains partisans de la première heure, comme l’anthropologue anarchiste David Graeber : « C’est une véritable révolution. Mais d’une manière qui est précisément le problème. Les grandes puissances se sont engagées elles-mêmes dans une idéologie qui dit que les véritables révolutions ne peuvent plus arriver. Pendant ce temps, beaucoup de gens à gauche, même dans la gauche radicale, semblent avoir tacitement adopté une politique très semblable, même s’ils font encore croire superficiellement mais bruyamment qu’ils sont encore révolutionnaires. »20

J’avoue avoir fait partie de sceptiques. Non tant par rapport à la sincérité et la véracité de la révolution sur place, mais plus pour le lien avec Murray Bookchin. Le doute s’est néanmoins dissipé assez vite. Mes recherches sur l’écologie sociale m’avaient bien fait découvrir qu’il existait un véritable nid militant en Turquie. En 2014, une connaissance anarchiste qui avait passé du temps à Istanbul me confirmait également que « tout le monde connaît Bookchin là-bas ». On voit d’ailleurs le livre The Ecology of Freedom présenté parmi d’autres par une combattante kurde dans le film de Mylène Sauloy.21 Oui, il y a bien une révolution sociale et une application des idées de Bookchin (et d’autres sources également, bien entendu) au Rojava et dans l’ensemble du Kurdistan. Un Bookchin d’ailleurs adapté, avec plus de place faite aux conseils thématiques plutôt qu’à une agora municipale plus généraliste, et avec un accent plus important mis sur la place des femmes (on peut y voir une inversion avec celui mis sur l’écologie par Bookchin – moins développée à première vue par Öcalan, mais ici encore, la barrière de la langue rend ce point difficile à juger objectivement).

L’avenir du Rojava

Si cette résurgence de la pensée politique de Bookchin est importante, elle est aussi à double tranchant. En le mettant en pratique pour la première fois ou presque dans l’histoire contemporaine, il est possible de prouver la fiabilité de son modèle confédéral de démocratie directe. Clairement, l’expérience kurde peut montrer que l’exercice du pouvoir en démocratie directe décentralisée sous la forme d’une confédération est viable et fonctionnelle, sans professionnels et sans administration centralisée. Cela pourrait répondre à l’objection majeure qui a toujours été faite par les détracteurs de la démocratie réelle : que le peuple n’est pas capable de gouverner. Le véritable enjeu est là, plus que tout autre débat. La question est de savoir si le peuple kurde, de pair avec l’ensemble des minorités sur place, qu’elles soient arméniennes, yézidis, alévis, juifs ou chrétiennes, peut réussir à faire vivre une politique réellement démocratique, et à la maintenir sur une longue période de temps et à grande échelle. Car sans exemple concret et fonctionnel, l’idéologie communaliste confédérale pourrait bien rester une utopie de papier. Et cela explique pourquoi les écologistes sociaux, Janet Biehl, les membres des éditions New Compass et plusieurs autres ont été dès les premières heures en soutien aux Kurdes22. A contrario, un échec de cette tentative, que ce soit une récupération étatiste et nationaliste, une incapacité à fonctionner en temps réel, le repli vers un système représentatif commun ou des luttes de factions pour le pouvoir, serait un rude coup porté à ces idéaux.

Ce ne sont pourtant pas les scénarios d’échec les plus probables. Le point crucial est sans doute à chercher à l’extérieur, dans la politique étrangère. Les aléas de la guerre et les convergences d’intérêts stratégiques ont permis aux Kurdes du Rojava de développer leur modèle, sans être tué dans l’œuf par les forces syriennes pro-gouvernementales23, sans avoir eu de bâtons dans les roues de la part de la communauté internationale (à l’exception notable de la Turquie, qui craint comme la peste une propagation des poussées autonomistes kurdes sur son propre territoire). Mais que se passera-t-il quand le conflit cessera, à l’heure des négociations de paix ou de reddition ? Est-ce qu’on laissera aux Kurdes du Rojava développer leur confédéralisme démocratique, ou se feront-ils écraser, mis de côté, voire trahis par leurs anciens partenaires de combats une fois l’État islamique démantelé et la Syrie recomposée ? Les USA notamment, partenaires sur le terrain avec leurs frappes aériennes, ont déjà affirmé, par la voix du premier ministre Joe Biden de passage en Turquie, qu’ils ne soutiendraient pas la formation d’une zone homogène kurde le long de la frontière turc. On peut donc légitimement douter que la communauté internationale, qui les a tolérés mais guère soutenus jusque-là, plaidera en leur faveur.

Pour l’instant, le temps joue en faveur des Kurdes. L’enlisement du conflit, s’il est une tragédie humaine indéniable, leur permet jour après jour de développer des bases démocratiques qui pourront leur être utiles dans la gestion de l’après-guerre. A ce moment-là, le scepticisme occidental ne devra plus être de mise, les Kurdes auront besoin de tout notre soutien, où que nous soyons, pour la reconnaissance de leurs droits. Nous leur souhaitons bonne chance, le monde les regarde.

Vincent Gerber, septembre 2016

1 Abdullah Öcalan, Déclaration du Confédéralisme Démocratique, 20 mars 2015, mis en ligne par l’Agence presse associative, www.apa.online.free.fr.

2 TATORT Kurdistan, Democratic Autonomy in North Kurdistan, New Compass Press, 2013, p.210 ; Zaher Baher, « L’expérience au Rojava », Anarkistan, 21 octobre 2014.

3 Abdullah Öcalan, Le confédéralisme démocratique, International Initiative Édition, p.9.

4 Charte du Tev-Dem au Rojava, chapitre 6, article 17, comme approuvée le 11-12 novembre 2013. Source : www.kedistan.net

5 La description des institutions mise en place en Turquie et en Syrie, avec ses multiples niveaux imbriqués, et demanderait de fait un article dédié et un accès à plus de sources. Signalons néanmoins pour le lecteur francophone les textes suivants : Abdullah Öcalan, Le confédéralisme démocratique, op.cit. ; Janet Biehl, « Théorie et pratique démocratique : De Bookchin à Öcalan à Rojava », conférence Montpellier, mai 2016 ; Sarah Caunes et Anouk Colombani, « Kurdes : L’autonomie démocratique au Rojava et au Bakur », Association Autogestion, novembre 2015, Zaher Baher, op. cit.. Tous sont disponibles en ligne.

6 Abdullah Öcalan, Le confédéralisme démocratique, op.cit., p.18.

7 TATORT Kurdistan, op cit. pp. 209, 2011 ; Wikipedia ; Déclaration finale de la 3ème assemblée du Kongra-Gel, le 6 juin 2005, disponible sur http://apa.online.free.fr/article.php3?id_article=677.

8 Janet Biehl, Ecology or Catastrophe : the life of Murray Bookchin, éd. Oxford Universtity Press, 2015.

9 Voir notamment Janet Biehl, « Hasankeyf: A Story of Resistance », « Report from The Mesopotamian Social Forum » et « Kurdish Communalism ». Ces articles ont été écrits à son retour du forum social mésopotamien (20-25 septembre 2011) et relayés par le site www.new-compass.net.

10 Janet Biehl, « Report from the Mesopotamian Social Forum », op. cit. Elle fait ici référence à la lettre du 12 octobre 2004. Les lettres sont accessibles online sur www.documentcloud.org.

11 Murray Bookchin, lettre du 9 mai 2004, op. cit.

12 Janet Biehl, « Biehl Breaks with social ecology », 14 avril 2011, à retrouver sur le blog de l’Institut d’écologie sociale, www.social-ecology.org.

13 Abdullah Öcallan, « Déclaration du Confédéralisme Démocratique », op. cit.

14 Sarah Caunes et Anouk Colombani, « Kurdes : L’autonomie démocratique au Rojava et au Bakur », op. cit.

15 Félix Boggio Éwanjé-Épée et Stella Magliani-Belkacem, « Turquie : panorama et perspectives. Entretien avec Emre Öngün », 9 février 2016, tiré du site www.contretemps.eu.

16 Janet Biehl, « Théorie et pratique démocratique : De Bookchin à Öcalan à Rojava », op. cit.

17 Voir Charte du Tev-Dem au Rojava, op. cit.

18 Disponible en français, traduit par Azita M, sur le blog de Maxime Azadi : https://blogs.mediapart.fr/maxime-azadi/blog/091114/le-contrat-social-de-rojava

19 Zaher Beher, op. cit.

20 David Graeber et Pinar Pinar Öğünç, « Non, c’est une véritable révolution », décembre 2014, traduit par l’OCL, site : http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1623.

21 On ne peut que recommander la vision du film de Mylène Sauvoy, La Guerre des filles, Magnéto Presse & Arte France, 2016.

22 On notera chez New Compass la publication des ouvrages Tator, Democratic Autonomy in North Kurdistan et Abdullah Öcalan, Manifesto for a Democratic Civilization. Moi-même avec des compagnons de route avons lancé un site réunissant les articles parus en français sur la situation au Kurdistan : www.ecologiesociale.ch/international/index.php/Kurdistan

23 On assiste cependant peut-être en ce moment même à un revirement de cette politique. A l’instant où j’écris ces lignes, les forces pro-Assad et les Kurdes se battent dans la ville de Hassaké. Il s’agit de leur première opposition frontale de grande ampleur. Les forces gouvernementales ont déclenché le 17 août une offensive dans cette ville appartenant à la zone autonome kurde (source : dépêches ATS/AFP du 22 et 23 août). Mais dès le départ, les Kurdes n’étaient pas maître de l’ensemble de la ville, une partie de l’armée était restée stationnée dans la région, au moins jusqu’en 2014 (source : Zaher Baher, op. cit). Probablement que l’avancée des Kurdes, leur revendication d’autonomie, de même que le regain de force de l’armée pro-gouvernementale depuis l’intervention russe commence à changer la donne, en défaveur des Kurdes.

Au-delà de la rareté : rencontre avec Sergio Ghirardi

Au-delà de la rareté

Rencontre à Genève avec Sergio Ghirardi, philosophe situationniste, sur le thème du municipalisme libertaire.

« Relire le Bookchin des années soixante un demi siècle après, en ce moment historique où le délire ridicule des élus va de pair de façon désagréable avec la tragique démence des électeurs, est une véritable bouffée d’oxygène.

Tout en évitant soigneusement d’en faire un gourou de plus, il faut reconnaitre que Bookchin nous a anticipés sur beaucoup de points cruciaux :

« Ou bien la révolution débouchera sur une societé écologique, avec ses enrichissements et son écotechnologie, ou bien l’humanité et le monde naturel que nous connaissons aujourd’hui périront ». Au-delà de la rareté s’achève par quelques pages encourageant à réévaluer le Désir face au Besoin et je remercie particulièrement pour cela le partisan d’une révolution sociale communaliste ancrée dans le local, mais avec vue sur le planétaire. J’ai moi-même affronté le thème crucial du Désir et du Besoin avant la lecture de Murray Bookchin et de Chaia Heller qui apportent une belle clarification à la question. En écrire et en parler ensemble me semble une belle manière de s’approcher à ce qui est le plus important : un renversement de perspective social concret qui est devenu aussi urgent que nécessaire.

Quand le pire s’approche, seul le mieux est possible et souhaitable. Tel est notre pari et peut-être bien qu’on le gagnera car la force du vivant et de sa poésie créatrice est inouïe face au gaspillage d’un productivisme qui avance tristement, sans perspectives, dans une dynamique de mort. »

Programme :
18h30 Soupe, pain et fromage
19h00 Présentation et discussion
prix libre

Communes et fédéralisme : les outils de l’écologie sociale

Dans le cadre de Novembre libertaire à Lyon, un atelier est proposé en lien avec l’écologie sociale et qui propose de continuer le débat initié à Lyon :

 

Basée en partie sur les écrits de Murray Bookchin, anarchiste et écologiste étasunien, l’écologie sociale propose des analyses et donne des perspectives pour une sortie du capitalisme ancrée dans des territoires locaux.

Proche de nous, la volonté de faire commune qui se manifeste à Notre-Dame-des-Landes et les multiples appels populaires à une démocratie directe, à redevenir acteurs de nos vies, montrent que ces désirs éclosent en de multiples lieux. La nécessité de se fédérer, les initiatives d’organisation locale soucieuses de la participation de touTEs ainsi que de la relation à l’environnement émergent alors comme une possibilité souhaitable face à la répression capitaliste portée par l’État et l’économie.

Suite aux rencontres internationales de l’écologie sociale qui ont eu lieu à Lyon en mai dernier, nous proposons de poursuivre les discussions autour de ces questions. Au lieu d’une théorie qui serait applicable telle quelle, l’écologie sociale se présente plutôt comme un ensemble d’outils appropriables pour élaborer collectivement des perspectives d’émancipation concrète.

Rendez-vous à 19h au CEDRATS, 27 montée St-Sébastien.

Pour une nouvelle conception de la nature et du désir

Extrait de l’avant-propos de l’ouvrage Désir, nature et société, de Chaia Heller (éd. Ecosociété & ACL), paru dans le numéro 57 de la revue No Pasaran!.

Lien direct ici.


L’écologie a pris une dimension romantique. Il y a chez les privilégiés des pays capitalistes industrialisés une tendance à désirer une nature « pure » ou «  innocente », antérieure à la société ou existant en dehors d’elle. Dans ce contexte, le débat écologique peut aller du désir de protéger une « Mère Nature » idéale à l’aspiration au retour à un âge d’or qui n’a peut-être jamais existé. La popularité croissante des voyages de découverte d’espaces désertiques est le reflet d’un authentique désir d’établir un lien signifiant avec le reste de la nature. Pourtant, ces tentatives renvoient aussi au mythe du héros romantique quittant bravement la société des hommes pour trouver refuge dans les « contrées sauvages  ».

Dans le débat écologique, la question du désir prend de plus en plus le pas sur celle du besoin. Préservés des effets directs des catastrophes écologiques (auxquels ils restent souvent insensibles), les privilégiés disposent toujours d’assez de ressources naturelles pour survivre. Mais tout le monde n’est pas à l’abri des crises écologiques. Les effets du capitalisme, du racisme, du sexisme et du pouvoir étatique contraignent beaucoup d’habitants de la planète à poser des priorités écologiques bien différentes. Tout en partageant le désir d’une meilleure qualité de vie, la plupart des êtres humains sont forcés, lorsqu’ils revendiquent une justice écologique, de mettre l’accent sur les questions de besoin et de survie.

Il existe dans le monde une « division écologique du travail  » en vertu de laquelle les pauvres de l’hémisphère Sud travaillent pour leur survie et rencontrent des problèmes d’accès à la nourriture, à l’eau et à la terre, tandis qu’au Nord, beaucoup peuvent se permettre de travailler pour s’assurer une qualité de vie, de réfléchir à ce qu’ils veulent manger, à la qualité de l’eau qu’ils boivent, et aussi à leurs choix spirituels ou culturels. Encore une fois, tout le monde souhaite une meilleure qualité de vie, mais la question de savoir qui est libre de satisfaire ce désir dépend en grande partie de la répartition des pouvoirs et des privilèges au niveau mondial.

Cette disparité des privilèges ne se réduit certes pas à une division géographique. La mondialisation du capitalisme avancé fait qu’il y a un peu de Nord au Sud, et un peu de Sud au Nord. De fait, tandis que la classe défavorisée devient toujours plus nombreuse aux États-Unis et en Europe, une élite privilégiée continue de croître sur les continents du Sud. Cependant, malgré ces complications, la division géographique garde tout son sens, et nous permet de rendre compte de l’existence généralisée, sous le capitalisme mondial, de conditions d’inégalité des deux côtés de l’équateur.

En réponse à cette division mondiale du travail écologique, beaucoup de militants, pensant bien faire, nous proposent d’éliminer de nos préoccupations les questions qualitatives « superflues » pour nous concentrer uniquement sur celles de la survie. Dans leur souci de définir un « minimum écologique », ils réduisent l’écologie à des considérations démographiques quantitatives, calculant le nombre d’êtres humains qui peuvent survivre dans un écosystème sans en dépasser la « capacité ». Souvent aussi, les militants des pays privilégiés ont une vision romantique de la situation des populations indigènes, réduisant leur combat à des questions de besoin et de subsistance et perpétuant le mythe du « primitif démuni », tributaire de l’aide bienveillante de l’homme blanc.

En ne mettant l’accent que sur des questions de nécessité écologique et de survie, ces militants ne voient pas que les peuples pauvres aussi partagent notre désir qualitatif d’une vie agréable qui ait un sens. Ce faisant, ils ignorent le fait que la plupart des pauvres n’ont pas accès aux choses qu’ils pourraient désirer.Aux États-Unis, un grand nombre de gens ne peuvent pas se permettre d’acheter des produits biologiques de qualité comme le font les classes moyennes et supérieures, et ils n’ont ni le temps, ni l’argent, ni l’équipement, ni les moyens de transport pour aller passer des vacances dans les parcs nationaux et jouir du spectacle de la « nature » – quelque désir qu’ils aient de le faire.

Toute communauté, qu’elle soit riche ou pauvre, mène son propre combat pour accéder à une certaine qualité de vie. Les militants de Harlem se battent pour que leurs enfants aient droit à un beau parc dans leur quartier, mais ils font aussi campagne contre la pollution de l’air. À l’inverse, il y a dans les luttes indigènes pour un développement écologiquement durable une tentative de préserver des pratiques culturelles essentielles, menacées elles aussi par la pauvreté et par les dégâts écologiques qu’entraîne le capitalisme.

En réduisant les priorités écologiques des autres à des questions de besoin, les militants écologistes manquent une occasion de réorienter dans une direction plus radicale leur propre désir d’une qualité écologique de la vie. De fait, le désir d’une qualité de vie écologique pour tous les peuples, riches ou pauvres, porte en soi l’exigence nouvelle d’une société écologique, revendication potentiellement révolutionnaire. Car, dès lors que l’on commence à traduire collectivement ce désir en termes politiques, il devient possible de contester un système mondial qui plonge dans la misère la plus grande partie des habitants de la planète, les forçant à renoncer à leurs désirs et ramenant leurs attentes écologiques au niveau de la simple survie. Du point de vue du mouvement écologiste, continuer à s’intéresser au désir, c’est garder vivante notre revendication du plaisir, du sens et de la vie, c’est renforcer notre capacité à imaginer une société désirable tant socialement que du point de vue écologique. Plus encore, nous concentrer exclusivement sur les besoins, c’est détourner notre attention des dimensions qualitatives de la vie quotidienne, si essentielles pour l’écologie. Il n’est pas nécessaire que les militants écologistes répètent les erreurs commises par la gauche traditionnelle, qui a mis au premier plan les besoins quantitatifs aux dépens de la question du désir de qualité. Marx pensait que tous les conflits et les injustices sociales provenaient de la généralisation de la misère matérielle. En conséquence, il a affirmé qu’une fois l’injustice matérielle abolie par le processus révolutionnaire, les relations sociales changeraient automatiquement, restaurant la qualité de la vie y compris dans les domaines extérieurs au travail. Marx ne pouvait pas imaginer jusqu’à quel point, après la Deuxième Guerre mondiale, le capitalisme envahirait et éroderait le domaine du privé et du quotidien. Encore une fois, pour lui, c’était d’abord la sphère du travail qui était empoisonnée par l’aliénation, et c’est donc là qu’il a situé le point central de sa théorie.

Les années 1960 ont apporté à la théorie marxiste la contestation dont elle avait besoin. Des groupes comme les situationnistes en France ou certains courants de la Nouvelle Gauche aux États-Unis se sont mis à analyser l’emprise du capitalisme sur la vie quotidienne. En mettant l’accent sur des domaines qualitatifs comme la sensualité, l’art, la nature, la Nouvelle Gauche a apporté, plusieurs dizaines d’années après, une sorte de réponse à l’avertissement aux marxistes attribué à Emma Goldman : « Si on ne peut pas danser dans votre révolution, je ne viens pas. » Ces mouvements ont montré que, pour ne pas perdre de vue la dimension qualitative de la vie, il fallait s’intéresser au désir. Sans cela, comment comprendre l’influence croissante de la marchandisation sur nos relations mutuelles et avec la nature, les parents étant réduits au rôle de « pourvoyeurs  » vis-à-vis des enfants, les malades à celui de « consommateurs de soins médicaux », et la nature à celui de « matériel génétique » brevetable ? Mettre l’accent sur le désir nous permet de réagir à ce vide en désirant un monde qualitativement nouveau que nous inventerions nous-mêmes.

Enfin, mettre le besoin et la survie au centre de nos préoccupations, c’est faire apparaître comme naturelles les situations de rareté et de destruction écologiques. En perdant de vue les dimensions qualitatives de l’existence, nous perdons notre capacité à faire la différence entre le monde tel qu’il est et le monde tel qu’il devrait être. Nous ne savons plus voir ni nommer les institutions qui empêchent la société de devenir, comme il le faudrait, une création désirable. Paradoxalement, ce n’est qu’en s’intéressant au désir que l’on peut démonter les mécanismes sociaux qui produisent les conditions de la rareté. C’est alors qu’apparaît la vraie solution à la division écologique du travail : nous opposer aux institutions politiques et économiques qui contraignent la plus grande partie du monde à lutter pour satisfaire les besoins écologiques et sociaux les plus élémentaires. Il est clair qu’un pareil défi suppose une écologie politisée, qui s’attacherait aussi bien à redéfinir la notion de besoin et de désir qu’à transformer le pouvoir économique et politique. Non seulement nous serions obligés de repenser la nature de nos besoins et de nos désirs, mais il nous faudrait découvrir de nouveaux moyens de les satisfaire dans le cadre d’institutions sociales et politiques nouvelles.

« Désir, nature et société »,
Chaïa Heller, Atelier de création libertaire

Emission radio de Floreal Romero

Présentation radio de l’écologie sociale par Floréal Romero pour le site « Sortir du capitalisme »:

« Une présentation (critique) des thèses de Murray Bookchin en faveur d’une écologie « sociale » libertaire, anti-capitaliste, anti-réactionnaire, avec une analyse critique de l’altercapitalisme écolo-citoyenniste (Podemos, écolo-démocratisme, décroissance) – avec Floréal Romero, auteur de Murray Bookchin, pour une écologie sociale et radicale (Le passager clandestin, 2014). »

Lien ici.