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Sortie d’ « Au-delà de la rareté »

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En 1971, Murray Bookchin publiait un livre au titre un brin étonnant : Post-Scarcity Anarchism (« Au-delà de la rareté, l’anarchisme »). Le livre, qui rassemblait ses principaux écrits des années 60, touchant autant les théories révolutionnaires que l’écologie, la décentralisation, les technologies alternatives ou la critique (libertaire) du marxisme. Le livre, détonnant à plusieurs titres, le propulse comme l’homme du moment dans la contre-culture new-yorkaise de l’époque et un des penseurs modernes de l’anarchisme et de l’écologie. L’ouvrage sera progressivement traduit dans plusieurs langues, dont une partie en français dans le livre Pour une société écologique (1976), qui reprenait le meilleur de ce livre et de Toward an Ecological Society.

Mais voilà, le livre était épuisé depuis des années et l’éditeur, Christian Bourgois, ne comptait visiblement pas le réédité. Ecologie Sociale.ch a fait le travail de retrouvé les traductions existantes et éparpillées, les remettre à jour, les corriger et traduire les articles inédits en français. Le manuscrit a été proposé aux éditions Ecosociété, qui avaient déjà publié Bookchin à plusieurs reprises. Le résultat est ce travail, avec une version conforme à l’édition de 1971 (seul l’article « A discussion on ‘Listen Marxist !' » n’a pas été retenu), une préface signée Vincent Gerber ainsi qu’une postface de Bookchin (il s’agit en fait de morceaux choisis de sa seconde introduction à cette ouvrage, lors de sa réédition chez Black Rose Books).

Le rééditer était important. Les textes recueillis ici sont sans conteste parmi les plus inspirants de Bookchin. On y retrouve un élan, une verve rare et qu’on ne retrouvera plus autant par la suite d’ailleurs.

L’ouvrage est sorti en janvier au Canada, chez Ecosociété, et arrive en mars en Europe.

Cours d’introduction à l’écologie sociale par correspondance

Traduit du blog de l’ISE.


 

L’ISE (Institut d’écologie sociale du Vermont) initie un nouveau cours de 8 semaines (en anglais) par correspondance, sur le thème « Ecologie, démocratie, utopie: une introduction à l’écologie sociale ». Fonctionnant par internet, le cours (qui se déroulera du 5 avril au 24 mai 2016) proposera aux étudiants une introduction à l’écologie sociale – un corpus interdisciplinaire d’idées qui examine les problèmes sociaux et écologiques depuis une perspective transformatrice et holistique. Les étudiants étudieront les fondements de l’écologie sociale et les mettront en pratique dans une variété de questions politiques et écologiques contemporaines, aiguisant leur compréhension du monde tout en développant des idées visionnaires pour le changer. Le cours explore un grand nombre de thèmes interconnectés, dont :Image

  • Qu’est-ce que l’écologie sociale ?
  • L’émergence et la dissolution de la hiérarchie
  • Comprendre la nature
  • Capitalisme, critique, alternatives
  • Technologie, agriculture et société
  • La politique au-delà de l’Etat: la démocratie directe et les assemblées populaires
  • D’ici à là-bas : Les mouvements sociaux et le « community organizing »
  • Une vision reconstructive: revendiquer l’utopie

Fonctionnement: Ce cours de 8 semaines sera enseigné par des membres du comité de l’ISE, combinant des semaines de lectures en ligne et des discussions en temps réel, avec un apprentissage flexible via un forum et des échanges personnels.

Coûts : 50 $

Pour s’inscrire: contactez social-ecology[at]mail.mayfirst.org

Lien direct : http://social-ecology.org/wp/2016/02/new-online-course-starting-in-april-ecology-democracy-utopia/

Janet Biehl: Ecology or Catastrophe, The life of Murray Bookchin

 

 

L’auteur nord-américaine Janet Biehl a rédigé un imposant essai retraçant la vie de Murray Bookchin. Un ouvrage très attendu : très peu d’écrits abordaient avec précision le parcours, assez hors du commun, de ce libertaire, écologiste radical avant l’heure.

 

En 2006, peu avant sa mort, Murray Bookchin a demandé à celle qui partageait ses jours ce qu’elle allait faire une fois qu’il ne serait plus là. En effet, et comme Janet Biehl l’avoue elle-même, Murray Bookchin représentait une grande part de sa vie : elle était sa compagne, sa secrétaire, sa relectrice, et bien plus encore. « Je vais écrire ta biographie » lui répond-t-elle. Mais sans doute à ce moment-là ne s’imaginait-elle pas l’ampleur de la tâche.

Il aura fallu à peine moins d’une décennie à l’auteur pour réaliser sa promesse. Et il suffit en effet d’un regard aux notes de fin de chapitre pour comprendre toute l’étendue du travail qui a été fourni : relecture de l’ensemble (ou peu s’en faut) de ses textes, interviews de plusieurs dizaines de ses anciens compagnons de route, recherche dans les archives de Bookchin, de l’État, du FBI et des établissements où l’homme avait enseigné, tout cela pour retrouver des documents permettant d’établir une chronologie claire de la vie de cet infatigable militant. Un projet vertigineux, entrepris avec beaucoup de sérieux et qui en fait toute sa valeur.

Ecology or Catastophe, the life of Murray Bookchin constitue donc la véritable première biographie précise consacrée à l’auteur et à ce titre fera référence longtemps. [Je pourrais pourrais bien sûr signaler mon propre ouvrage sur le sujet, mais j’étais loin d’avoir accès à autant de sources que Biehl. Si ces deux ouvrages se ressemblent sous bien des aspects, c’est bien parce que bon nombre des informations biographiques recueillies me venaient d’articles rédigés par ses soins et des informations complémentaires qu’elle a pu m’apporter. NdA]

Le livre, plaisant à lire, peut être découpé en plusieurs parties. La première, de l’arrivée des parents de Murray Bookchin à New York en 1913 à 1940, retrace son histoire familiale, les problèmes relationnels avec sa mère notamment et l’adhésion à différents groupes communistes comme famille de remplacement. On apprend les raisons qui l’ont d’une part conduit à adhérer à l’YCL, la Young Communist League, puis dans quelles circonstances il l’a quittée. On découvre aussi le contexte d’extrême pauvreté de sa famille qui a très vite poussé Bookchin à se débrouiller et faire ses débuts dans le monde du travail. En réalité, sa formation, Bookchin l’a principalement faite dans la rue, au contact des groupes militants. Dans ce monde d’adultes, le jeune homme, passablement laissé à lui-même après le décès de sa grand-mère, à dû grandir et apprendre vite. Et il se démarquera très vite par son grand talent oratoire, qui restera sa marque de fabrique et sera loué par tous ceux qui l’ont côtoyé.

Cette partie est sans nul doute celle où le travail de Biehl est le plus remarquable, vu l’éloignement des faits et la difficile reconstitution de ceux-ci. Par moments d’ailleurs, l’auteur est obligée d’utiliser la conjecture ou d’opérer des reconstructions pour illustrer son propos (« Murray a probablement dit ceci, pensé cela », « untel pourrait lui avoir dit », etc.). Une démarche qui montre d’ailleurs le caractère subjectif affiché de cette vie reconstituée, que Biehl ne cherche jamais à cacher. Il en ressort, avec la contextualisation des faits, un côté romancé peu académique mais qui étoffe le propos et rend la lecture plus vivante. Le livre dans son entier d’ailleurs joue sur cet équilibre entre le sérieux de l’essai, raconté d’une façon très personnelle, très intime même par moment. Si Janet Biehl rend public le lien affectif fort qui la liait à Murray Bookchin, elle n’en cherche pas moins une certain objectivité dans ce qu’elle avance, en prouvant autant que possible ses propos par des documents ou des témoignages.

Les années 50-70 marquent ensuite une période plus connue avec les premiers écrits de Bookchin, là encore contextualisés : ses influences, ce qui a motivé leur écriture, leur impact notoire, les tournées de conférences, etc. Le lien tumultueux entre le jeune homme et l’ancien trotskiste Josef Weber est ici particulièrement détaillé, tout comme celui plus tard avec le jeune Alan Hoffmann, deux hommes à qui Bookchin a dédié son Post-Scarcity Anarchism mais dont le lien avec Bookchin n’avait jamais réellement été explicité.

Le récit s’élargit alors et s’intéresse aux proches de Bookchin, à leurs projets, comment ils se sont développés, avec quels succès et quels échecs. On suit ainsi le développement de différents groupes et expériences, que ce soit le développement du mouvement SDS, le lancement de l’Institut d’écologie sociale au Vermont, l’arrivée en politique du parti progressiste MCM à Montréal ou le développement alternatif d’une banlieue pauvre de New York, orchestrée par le groupe CHIARAS. Le livre se veut ainsi plus qu’une simple biographie de Bookchin, il marque l’histoire d’une frange radicale, écologiste et/ou libertaire, du militantisme de l’époque, dans ses espoirs comme dans ses amères désillusions.

Dans la dernière partie enfin, des années 80 jusqu’à la fin, le ton change. On découvre ici plus les difficultés du militant vieillissant, ses problèmes de santé, mais surtout sa déprime, alimentée par une désillusion croissante sur ses croyances en une possible révolution. Surtout, Janet Biehl ayant rencontré Bookchin au milieu des années 80, elle peut à partir de là plus parler en son nom, offrir un récit plus personnel. Elle y raconte sa rencontre avec Bookchin, alors sexagénaire, et le début de leur relation. On sent bien alors à travers les mots de l’auteure et ceux des différents témoignages recueillis tout le charisme du personnage. De même que ce but inlassable de vouloir répandre ses idées et créer un mouvement écologiste radical.

Pris globalement, Ecology or Catastrophe se lit vraiment comme le parcours d’un homme qui a constamment œuvré pour la révolution : écrivant sans répit, faisant de nombreux voyages (en Europe notamment) pour rencontrer les groupes radicaux, s’en inspirer, créer des liens, des réseaux, des groupes locaux. Avec des anecdotes fortes, comme l’université Ramapo qui hésite à engager comme professeur cet homme, sorti des usines et sans autres diplômes qu’un équivalent du BAC obtenu en cours du soir… et qui finalement en sortira professeur émérite. Le principal reproche qui sera certainement fait à ce récit, c’est peut-être justement de renvoyer à une vision générale très (trop diront certains) positive de la vie de Murray Bookchin. Il est vrai qu’il faut attendre la moitié du livre pour voir les premières critiques apportées à sa personne, ce qui donne par moment un sentiment de « trop beau pour être vrai ». Beaucoup de clairvoyance et de découvertes lui sont attribuées – dont à ma surprise l’invention du terme « écoféminisme », p.195, pour le monde anglo-saxon. Mais, comme cela a été dit, les allégations sont presque toujours prouvées, ce n’est donc pas la crédibilité des faits exposés qui est mise en cause.

Ce ressenti s’explique plutôt autrement : une large partie des sources (dont le choix n’est on le sait jamais neutre), notamment sur son passé, proviennent de Bookchin lui-même : ses écrits, des interviews de lui, les commentaires de ses œuvres, etc. D’où un regard et des choix largement positifs. On voit que les gens interviewés sont majoritairement des proches de celui-ci, et non des critiques. Plusieurs noms d’anciens proches ne seront ainsi que peu cités. L’auteur explique en début d’ouvrage les raisons de l’absence d’interview de la famille de Bookchin, son ex-femme et ses enfants en particulier. On pourrait en rajouter d’autres. Reste que si tel partisan ou tel détracteur, par exemple Takis Fotopoulos ou John Clark [NdA : le lecteur francophone trouvera sa propre version de sa rupture avec Bookchin dans l’ouvrage L’Anarchisme en personne, éd. ACL, 2006] est absent, cela s’explique aussi pour des raisons personnelles évidentes et propres à l’auteur ou à Bookchin lui-même.

Reste que s’il y a des blancs et des silences, l’auteur a eu largement l’honnêteté de chercher à corriger en partie ces manques par des documents à sa disposition, comme les correspondances échangées ou d’autres sources indirectes. Janet Biehl nous livre ainsi en définitive sa vision de Bookchin, encore une fois forcément subjective de par le lien affectif qui les unissait. Un autre regard aurait mis en valeur d’autres événements, d’autres anecdotes et le récit aurait été différent.

Les critiques, si elles auraient pu être plus appuyées, peuvent néanmoins se déduire de la lecture des faits exposés. Un exemple parmi d’autres : il est ainsi intéressant de comparer la description de Josef Weber (qui fut un temps le mentor de Bookchin, comme un père de substitution) – décrit comme un homme très sûr de lui, charismatique, entouré de jeunes militants dévoués, mais qui finit par réfuter toute critique de sa pensée et refuser de se remettre en question – avec celle qui caractérisa Bookchin dans les dernières décennies de sa vie. Une période aussi marquée par la rupture avec les anciens camarades, une perte de prestige, une forme d’inflexibilité sur le contenu de sa pensée, etc. Même si la comparaison a ses limites, il y a sans doute pour tout théoricien une réflexion à avoir sur ces questions. La volonté de rester radical et fidèle à ses idées est louable, mais elle tourne trop facilement vers une forme d’intransigeance qui finalement nous coupe du monde – et donc de leur potentiel réalisation.

On ne peut s’empêcher de voir ce grand contraste entre les années 60 et les années 90. Il se reflète d’ailleurs dans les titres de chapitre (qui intelligemment caractérisent le personnage vis-à-vis d’une période) que, dans les années 60, Bookchin était « Man of the moment », l’homme qui « prenait la colère des gens et lui donnait une expression intellectuelle » (p.182). Mais il sera dans les années 90 « Historian », l’homme qui étudie les révolutions du passé tant il ne croit plus à leur éclosion contemporaine (avec raison sans doute). Comme un homme devenu en rupture avec le présent et qui peine à retrouver les mots qui lui permettaient de dialoguer de façon pertinente avec son temps.

Si Biehl montre que le tournant dans la renommée de Bookchin, placé en 1987, est largement dû à sa forte critique de la Deep Ecology, je pense qu’il faut y voir bien plus que cet unique événement. Si les lettres et les invitations à donner des conférences diminuent à partir de là, c’est sans doute, au-delà des polémiques dans lesquels l’homme se lançait, que ses écrits répondaient moins aux attentes d’une époque. Les anarchistes avaient alors déjà accueilli avec scepticisme le municipalisme libertaire quelques années auparavant. Et pour amorcer un changement, il fallait bien trouver un moyen de convaincre autour de soi. Là, les talents oratoires n’ont pas suffit et, comme le fait remarquer Biehl, en citant Roussopoulos notamment, ils ont par un manque de retenue dans le débat, parfois retourné les partisans contre lui (223-224).

Ce livre est révélateur de beaucoup de choses et il y aurait en réalité encore beaucoup à en dire. La force de Biehl est d’avoir fait de cette somme d’informations éparses récoltées un récit cohérent, précis et surtout plaisant à lire, avec une véritable volonté d’expliquer l’homme et sa pensée de façon très large, dans son développement comme dans ses concrétisations. Son pari de se placer sur une frontière, peu habituelle il est vrai, entre l’académisme et l’intime rend aussi le livre plus chaleureux qu’une simple suite d’événements quelques peu austères. Pour tous ceux qui s’intéressent à la pensée de Bookchin, on ne peut que se réjouir que quelqu’un ait accompli cet important travail.

Vincent Gerber

Janet Biehl, Ecology or Catastrophe, The Life of Murray Bookchin, éd. Oxford University Press, 2016, 340 PP.

Conférence « L’écologie sociale et radicale » au CAD

Le 19 novembre 2015, le CAD, Centre Ascaso Durutti à Montpellier, organisait une conférence dédiée à l’écologie sociale, de Bookchin, mais aussi de Reclus. Deux heures de débat, avec Ronald Creagh, un des premiers traducteurs et diffuseurs de Bookchin en France, et Jocelyn Malloin, d’Alternative Libertaire, qui livre un aperçu global très juste et très clair de la pensée de l’Américain.

 

 

Lien direct (et autres archives des conférences du centre) ici.

Compte-rendu de la rencontre sur l’écologie sociale du dimanche 13 décembre 2015

Nous transmettons le compte-rendu de la rencontre de Paris du 13 décembre :

 
La rencontre autour de l’écologie sociale du dimanche 13 décembre, qui a rassemblé une bonne quinzaine de participants dans les locaux d’Artisans du Monde 20ème à Paris, s’est révélée opportune et fructueuse.
L’intervention de Dimitri Roussopoulos, en introduction, a été appréciée par les participants. Il a dressé un bilan de la COP 21 et des évènements parallèles et exposé les perspectives d’avenir telles qu’il les envisageait, du point de vue de l’écologie sociale : plus de démocratie comme condition d’un changement radical ; le droit à la ville comme outil pour cela et pour le changement de société. Il a évoqué la création du TRISE (Institut Transnational de l’écologie sociale), réseau d’activistes/intellectuels européen dont l’objectif est de développer la pratique et la connaissance de l’écologie sociale, et a souligné le fait qu’il y manquait encore de membres français.
La discussion qui a suivi, intéressante de par la qualité d’écoute et la répartition du temps de parole, a vu les participants se retrouver sur l’intérêt de développer et de faire connaître l’écologie sociale en France. Chacun a pu exposer son point de vue et faire part aux autres des projets et actions auxquels il participait. Il est apparu qu’une convergence réelle existait entre ces différents engagements. L’idée a été évoquée d’organiser en France des États généraux de l’écologie sociale.
Parmi les points évoqués, les décisions prises ou les questions soulevées lors de cette discussion :
– le manque, en France, alors que des initiatives d’avenir se multiplient (AMAP, agriculture urbaine, mouvement des villes en transition, coopératives intégrales, circuits courts, la foison d’initiatives à l’échelle municipale ou de quartier,…) d’un mouvement à l’échelle nationale (origine, moyens d’action, buts) qui serait le fruit du rassemblement de ces différentes initiatives, et qui permettrait aux différentes initiatives de se coordonner pour agir à plus grande échelle.
– la grande proximité du mouvement décroissance d’avec l’écologie sociale.
– le succès des évènements Alternatiba organisés dans toute la France
– la création de la coopérative politique (transpartidaire) Écologie sociale
– la venue éventuelle de participants à la prochaine rencontre/conférence du TRISE qui aura lieu début septembre 2017 à Thessalonique en Grèce dans le cadre du festival annuel de la démocratie directe de Thessalonique
Enfin, nombre de participants ont convenu non seulement de relayer l’appel international rencontrespost-capitalisme et la rencontre de Lyon « Ecologie sociale et décroissants » (qui a également pour dates Bruxelles, Barcelone et Montpellier) du printemps 2016, mais également de participer à l’organisation d’une conférence à Paris sur le thème au printemps 2016 également.

Les « Town meetings » du Vermont: une tradition vivante

Nous relayons ici un article de Brian Tokar, militant et directeur de l’Institute of Social Ecology du Vermont et traduit par le site Populaction.

 

Ceux qui sont familiers avec les origines de la stratégie politique du municipalisme libertaire de Murray Bookchin sont conscients du rôle central qu’a joué la tradition des Town Meetings du Vermont rural dans la naissance de cette approche, assez unique, de la politique locale qui est celle de Bookchin. Les Town Meetings du Vermont comptent parmi les institutions de démocratie directe les plus anciennes et les plus prospères au monde aujourd’hui. Dans l’ère qui précéda la Révolution Américaine, ils étaient au cœur d’une tradition de démocratie directe vivante, mais historiquement problématique, à travers toutes les colonies du Nord-Est des États-Unis, et ils furent parmi les premiers à abolir les critères de participation excluant traditionnels comme la religion, le genre ou la condition de propriété. Comme l’a décrit Bookchin dans le premier volume de The Third Revolution, ce phénomène s’étendit, pendant la période pré-révolutionnaire, aux autres colonies, qui à leur tour décidèrent d’ouvrir les portes de leurs assemblées d’habitants à tout citoyen ou citoyenne, quelque soit sa religion, son métier ou sa richesse.

 

Article complet à lire ici.

Emission radio : Interview de Daniel Blanchard et Helen Arnold

Repris du site Paris-Luttes.info :

 

Vive la sociale : émission spéciale Murray Bookchin, promoteur du municipalisme libertaire

Publié le 12 décembre 2014 | Maj le 18 décembre 2014

Interview dans l’émission de radio FPP de Helen Arnold et Daniel Blanchard, qui ont traduit certains des livres de cet auteur libertaire et qui l’ont bien connu.

Murray Bookchin, militant libertaire américain mort en 2006, fondateur de l’écologie sociale et auteur de plusieurs ouvrages, semble redevenir d’actualité. Bien des luttes d’aujourd’hui pourraient en effet se réclamer de cette « écologie sociale » et se nourrir de sa pensée.

Mais en tant que promoteur du « municipalisme libertaire », Bookchin a aussi contribué à l’évolution de la pensée d’Ocalan, et à travers lui à l’évolution vers des positions autogestionnaires du parti kurde PKK. Helen Arnold et Daniel Blanchard, qui ont traduit certains de ses livres et qui l’ont bien connu, nous retracent son parcours de militant et de penseur.

 

 

Emission Vive la Sociale spéciale Murray Bookchin
Interview dans l’émission de radio FPP de Helen Arnold et Daniel Blanchard, qui ont traduit certains des livres de cet auteur libertaire et qui l’ont bien connu.

 

Le Rojava : pauvre en moyens mais riche en esprit

Janet Biehl a grandi à Cincinnati, dans l’Ohio, et elle a suivi les cours de l’université Wesleyan (promotion de 1974) et au Centre Graduate de l’Université de la Ville de New York (1987). Elle fut une collaboratrice du théoricien libertaire Murray Bookchin et sa compagne de 1987 à sa mort en 2006.

Janet Biehl, également peintre, imprimeuse et artiste graphique, gagne sa vie en tant que correctrice indépendante. Elle vit à Burlington, dans le Vermont. Cette interview est reprise de son blog personnel.

Après ma visite au Rojava au début de décembre 2014, j’ai publié un article avec mes impressions (disponible en français sur le site de l’OCL). Le journaliste Cesur Milusoy m’a interviewée le 23 décembre. Cet entretien a été publié en allemand. La version anglaise contient quelques amplifications par rapport à la version allemande.

Janet, vous revenez juste d’un voyage au Rojava qui a duré plus d’une semaine. Comment vous et le groupe êtes-vous entrés au Rojava ? La frontière turque est fermée et l’État islamique contrôle beaucoup de territoire en Irak.

Nous avons démarré d’Erbiln en Irak, et nous avons traversé la frontière à Semalka. Les organisateurs avaient arrangé le passage à l’avance. Une fois que nous étions arrivé•e•s, nous avons dû attendre quelques heures jusqu’à ce que quelqu’un passe un appel téléphonique. Alors nous avons traversé le Tigre et sommes entré•e•s au Djezîrê [1].

Le Djezîrê est un petit canton au Kurdistan syrien, qui est en guerre et qui en même temps est en train d’oser construire quelque chose de nouveau. Pour poser une question banale, quelles furent vos impressions ?

Le Rojava semblait pour moi être pauvre en moyens mais riche en esprit. Les gens sont braves, éduqués et dévoués à la défense de leur révolution et de leur société. Leur révolution est basiste et démocratique, pour l’égalité des genres et coopérative. Je n’avais jamais fait l’expérience de quelque chose comme cela. Les gens du Rojava sont en train de montrer au monde ce dont l’humanité est capable.

Vous êtes allée au Rojava pour voir si l’autogouvernement fonctionne suivant des principes libertaires. Qu’avez-vous trouvé ? Dans quelles mesures les principes de Murray Bookchin sont-ils présents ?

Le système du Rojava est similaire aux idées de Bookchin de la façon la plus cruciale ; le pouvoir monte du bas vers le haut. La base du système de Bookchin est l’assemblée des citoyen•ne•s. La base du Rojava est la commune. L’une de mes questions avant d’arriver était de savoir si les communes du Rojava étaient des assemblées de tou•te•s les citoyen•ne•s ou plutôt des rencontres de leurs délégué•e•s ou représentant•e•s dans un conseil. Mais j’ai découvert que les communes sont constituées de familles d’un quartier et que tout le monde provenant de ces ménages peut assister et participer aux rencontres. C’est une assemblée.

Une autre similarité est que dans les deux systèmes le pouvoir monte de manière ascendante à travers plusieurs niveaux. Les assemblées de citoyen•ne•s ne peuvent exister dans l’isolement — elles doivent avoir un mécanisme par lequel elles s’interconnectent avec leurs pairs, et un qui reste néanmoins démocratique. La solution du Rojava est le système des conseils populaires s’élevant à travers plusieurs tiers : le quartier, le district, la ville et le canton. Bookchin, par contraste, parlait de villes et de quartiers se confédérant. Murray appelait les niveaux plus larges « conseils confédéraux », là où au Rojava ils sont appelés conseils populaires à tous les niveaux, ou même « maison du peuple ». Dans les deux cas ils sont constitués de délégué•e•s mandaté•e•s, pas de représentant•e•s comme dans une législature. Les délégué•e•s du Rojava — appelé•e•s coprésident•e•s — convoient les souhaits du peuple au niveau suivant — ils et elles n’agissent pas de leur propre initiative. Donc c’est une autre similarité. Au Rojava, les conseils populaires ne sont pas constitués seulement de coprésident•e•s des niveaux inférieurs ; ils comprennent également des gens élus pour entrer à ce niveau. Les conseils semblent être très grands. Je pense que c’est une bonne idée.

En plus du système des conseils, le Rojava a également un gouvernement de transition, un double pouvoir intégré. Le système des conseils est séparé de celui-ci mais porte également les souhaits du peuple en son sein, à travers plusieurs mécanismes.

Vous avez également parlé du processus révolutionnaire là-bas.

Bookchin a énormément écrit à propos du processus révolutionnaire, dans ses histoires des mouvements révolutionnaires. Vous ne pouvez pas faire une révolution n’importe quel jour, faisait-il remarquer ; l’histoire doit être de votre côté, c’est seulement à son heure qu’une « situation révolutionnaire » se développe, quand il est possible de changer le système. Il regrettait que bien trop souvent, quand une situation révolutionnaire survenait, les révolutionnaires n’étaient pas prêt•e•s à celle-ci. Ils et elles avaient hâte d’avoir une opportunité pour réaliser le changement, mais ne s’organisaient pas en avance, et donc quand la situation révolutionnaire se développait, ils et elles manquaient leur chance.

Les habitant•e•s du Rojava n’ont pas fait l’erreur commune. Ils et elles se sont préparé•e•s durant des décennies avant que la situation révolutionnaire n’arrive, construisant des contre-institutions, créant un contre-pouvoir structuré. Le massacre de Qamislo en 2004 [2] leur apprit qu’ils n’étaient pas suffisamment préparé•e•s, alors ils intensifièrent leurs préparations. Donc quand la situation révolutionnaire vint en 2012, ils étaient prêts. Quand le régime s’est effondré, laissant un vide du pouvoir, les contre-institutions étaient en place pour prendre le pouvoir, et elles le firent.

Les habitant•e•s du Rojava comprennent quelque chose dont Murray témoignait également, à propos du pouvoir. La question n’est pas d’abolir le pouvoir — cela ne peut être fait. La question est plutôt de définir qui a le pouvoir ; est ce que ce sera un régime ou est-ce que ce sera le peuple ? Les habitant•e•s du Rojava comprirent quand le moment arriva qu’ils et elles pouvaient prendre le pouvoir, et ils et elles le prirent. Il aurait chaleureusement applaudi.

Et, finalement, je pense qu’il aurait fait l’éloge du travail du Tev-Dem, un mouvement d’organisations de la société civile établi afin de créer le système des conseils — les communes et les autres institutions d’auto-administration démocratique. Je pense qu’il aurait fait l’éloge de l’imagination des habitant•e•s du Rojava dans l’invention d’un mouvement dont l’objectif est de créer un autogouvernement démocratique.

Vous parlez d’une créativité dont Bookchin aurait fait l’éloge mais la créativité c’est essentiellement celle d’Abdullah Öcalan, chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK en kurde), qui fut inspiré par certains écrits de votre partenaire, comme l’a été la branche syrienne du PKK, le PYD. Le PKK se basait à l’origine sur une idéologie marxiste-léniniste. Avez-vous observé des signes de cela au Rojava ?

Dans les décennies passées, Öcalan et le PKK ont renoncé au marxisme-léninisme. Leur but est maintenant de créer une société démocratique à la base, écologique, coopérative et égalitaire entre les genres. Je n’ai pas vu de goulags là-bas, même fermés. J’ai vu un endroit qui semblait authentiquement engagé dans la création de cette société, même si c’est encore un travail en cours.

L’égalité entre hommes et femmes est une question importante pour vous. Au Moyen-Orient les femmes ont un rôle difficile. Est-ce que cela a changé au Rojava ?

La misogynie est profondément enracinée au Moyen-Orient. Les femmes ont moins de droits là-bas que presque partout ailleurs dans le monde. Leur intelligence et leur valeur sont dénigrées. Elles peuvent être mariées alors que ce sont encore des jeunes filles. Leurs maris peuvent les battre impunément et les maris peuvent avoir plusieurs femmes. Et quand une femme est sexuellement abusée, les membres mâles de sa famille la blâment et peuvent commettre un crime d’honneur ou même la contraindre à commettre un suicide d’honneur. Elle est souvent exclue de l’éducation et du travail en dehors de la maison et elle est certainement interdite de participation à la vie publique.

Au Rojava, cette condition sinistre est défaite car la société entière est engagée dans la création de l’égalité entre les sexes. Les filles sont éduquées aux côtés des garçons. Elles peuvent choisir toutes les professions. La violence contre les femmes est interdite. Une femme qui subit une violence domestique peut amener le problème à une rencontre publique, où le cas est discuté et soumis à enquête. Par-dessus tout elles peuvent participer à la vie publique. Dans l’autogouvernement démocratique du Rojava, une rencontre doit comporter quarante pour cent de femmes. Les institutions n’ont pas de dirigeant•e individuel•le — elles doivent toujours avoir deux coprésident•e•s, un homme et une femme. Une série élaborée de conseils de femmes existe aux côtés des conseils généraux. Les conseils de femmes ont un pouvoir de veto sur les décisions qui affectent les femmes. Les forces de défense du Rojava consistent en des unités pour les hommes et des unités pour les femmes [3].

Les femmes jouent-elles un rôle plus important dans la révolution, sans lequel ces structures n’auraient pas été possibles ?

Oui. Dans de nombreux endroits on nous a dit que la révolution du Rojava est une révolution des femmes ; qu’une révolution qui n’altère pas le statut des femmes n’est vraiment pas du tout une révolution ; que transformer le statut des femmes transforme la société entière ; que la liberté pour les femmes est inséparable de la liberté de la société, et même que les femmes sont « les principales actrices dans l’économie, la société et l’histoire ». De telles idées sont enseignées pas seulement dans les académies de femmes et à l’Académie de Mésopotamie [4] mais également, par exemple, dans les académies qui entraînent les forces de défense et de sécurité. À l’académie des Asayis [5] à Rimelan, on nous a dit que la moitié du temps de formation est dédiée à l’égalité entre les sexes.

Une des causes de conflit au Moyen-Orient est l’oppression des groupes ethniques. Au Rojava beaucoup de cultures et de religions existent aux côtés les unes des autres. Quelle liberté pensez-vous que les minorités ont dans l’autogouvernement ? Avez-vous eu une opportunité de parler à l’un ou l’une des chrétien•ne•s qui restent ?

Il me semble que les Kurdes du Rojava comprennent très bien l’importance de cette question, puisqu’ils et elles connaissent très bien l’expérience d’être une minorité opprimée. Aujourd’hui, en tant que majorité au Rojava, ils et elles savent qu’il serait inacceptable pour eux d’imposer à d’autres les formes d’exclusion dont ils ont fait l’expérience en Syrie et dont ils font encore l’expérience ailleurs.

Qui plus est, ils considèrent la diversité comme un bien positif. Le contrat social du Rojava [6] affirme l’inclusion de toutes les minorités, en les nommant. Lorsque nous avons rencontré Nilüfer Koc, coprésidente du KNK [7], elle a défini l’autonomie démocratique non en terme de démocratie mais expressément comme « unité dans la diversité ».

Un aspect de la diversité du Rojava est la communauté chrétienne syriaque. Quelle est leur situation à Qamislo ?

Nous avons rencontré un groupe de Syriaques à Qamislo, qui nous expliquaient que le régime baassiste avait seulement reconnu les Arabes comme l’unique ethnicité en Syrie. Comme les Kurdes, les Syriaques n’avaient pas de droits culturels et étaient empêché•e•s d’organiser un parti politique. Mais à l’été 2012, la révolution a fondé l’autogouvernement et depuis lors les Syriaques ont fait l’expérience de ces deux améliorations de leur condition. La révolution a établi trois langues officielles : le kurde, l’arabe et le suryāyā (la langue des assyrien•ne•s). Les Syriaques ont même leur propre unité de défense, les Sutoro.

Bien sûr, notre délégation ne pouvait examiner la société entière sous un microscope. Mais nous avons demandé au groupe syriaque quelles étaient les difficultés dont ils faisaient l’expérience avec l’autogouvernement. Ils ont répondu qu’ils n’avaient pas de difficultés. Ils participent aux conseils populaires à tous les niveaux. Nous avons appris que dans le gouvernement de transition chaque minorité doit avoir dix pour cent des sièges au Parlement, même quand elles ne forment pas dix pour cent de la population. C’est de la discrimination positive.

Plus important, les femmes assyriennes se sont elles-mêmes organisées. Elles croient que les femmes sont essentielles à la démocratie et que la démocratie est essentielle aux femmes. « L’autogouvernement signifie, disait une femme assyrienne, que les femmes sont plus efficaces et qu’elles peuvent participer et peuvent apprendre à devenir leaders… Nous avons en commun avec les femmes kurdes le souhait de défendre la société. … Nous avons des relations avec les femmes kurdes et arabes… L’Organisation des femmes assyriennes inclut également des femmes arabes. Nous voulons améliorer la condition de toutes les femmes dans cette région, pas seulement celle des femmes assyriennes. »

C’est un autre splendide aspect de cette « révolution des femmes » : les femmes de toutes les ethnicités partagent les mêmes problèmes venant de la société traditionnelle. Au Rojava, l’égalité des sexes lie les femmes ensemble par-dessus les lignes ethniques, amenant tout le monde à être plus proches ensemble.

À quoi ressemble la vie quotidienne ? Est-ce que les écoles, les soins, l’électricité et l’eau sont fournis de manière gratuite ?

Le Rojava a mené une longue et épuisante guerre d’autodéfense contre l’État islamique et, à cette fin, l’autogouvernement maintient les forces de défense (YPG, YPJ) et les forces de sécurité (les Asayis). Armer ces hommes et ces femmes, leur fournir de la nourriture et des uniformes, et satisfaire d’autres besoins militaires consomme soixante-dix pour cent du budget. Les trente pour cent restants vont aux services publics. Le Rojava considère la santé et l’éducation comme des besoins humains de base et sur ce mince budget, il finance le système public pour les deux.

La principale activité économique au Djezîrê est l’agriculture. Avec son sol fertile et ces bonnes conditions de pousse, le canton est riche en blé et en orge. Avant la révolution c’était le grenier à pain de la Syrie. Notablement, le régime baassiste refusait de construire des installations de transformation, même des moulins à farine. L’autogouvernement en a construit un seulement récemment, à Tirbespiye, et il fournit maintenant de la farine pour tout le canton. Le pain reste la base de la vie — chaque foyer a trois pains par jour, que l’autogouvernement fournit à quarante pour cent en dessous du prix.

Pour les deux dernières années, l’autogouvernement a fourni des graines aux fermiers et du diesel pour leurs machines, donc ils peuvent continuer à cultiver leurs terres. L’autogouvernement a également créé des compagnies locales pour développer l’infrastructure et construire des routes. Et il finance les camps de réfugié•e•s dans les régions kurdes. Les institutions humanitaires sont également présentes là-bas, mais seulement symboliquement — elles ne financent pas l’électricité, l’eau ou l’éducation parce que le Rojava n’est pas internationalement reconnu ; les agences doivent travailler à travers le gouvernement régional du Kurdistan [8] et Damas, qui ne l’autorise pas. Donc le Rojava doit les fournir pour elles. Le résultat est une économie de survie. L’électricité et l’eau potable sont fournies de manière limitée.

Comment les gens sont payés ?

Certain•e•s habitant•e•s du Rojava touchent des salaires mais beaucoup travaillent sur une base volontaire, tandis que d’autres tirent leur subsistance, disons, d’une vache. « Nous consommons le pain ensemble, disait Hemo, et s’il n’y a pas de pain, on n’a pas de pain. »

Cependant, en haut de l’agenda du développement économique, il y a la création de coopératives, au sein de l’« économie communautaire » du Rojava. « Notre projet politique et notre projet économique sont les mêmes », disait Abdurrahman Hemo, un conseiller pour le développement économique dans le canton du Djezîrê. Pendant deux ans le Djezîrê a promu le coopérativisme à travers les académies, des séminaires et des discussions communautaires et il les construit dans différents secteurs. La plupart des coopératives sont agricoles, mais d’autres germent dans le commerce et la construction.

Quels sont les revenus du Rojava ? Est-ce que les gens payent des taxes ?

Le Rojava ne collecte pas de taxes auprès de ses gens et il reçoit un petit revenu du passage de frontière à Semalka. Mais la plupart des revenus du Rojava proviennent de loin du pétrole du Djezîrê. Le canton a des milliers de champs pétroliers, mais en ce moment, il n’y en a que deux cents actifs. Une nouvelle fois, le régime baassiste exploitait les matières premières du Djezîrê mais refusait de construire des usines de transformation. Donc alors que le Djezîrê a du pétrole, il n’a pas de raffineries. Ce n’est que depuis la révolution que l’autogouvernement a improvisé une grande raffinerie pour produire du diesel et de l’essence qui sont vendus à bas prix dans l’économie locale. Le diesel est maintenant moins cher que l’eau — il va remplir les petits groupes électrogènes qui produisent l’électricité dans la plupart du Djezîrê. Mais le canton exploite le pétrole seulement pour son propre usage.

Pourquoi est-ce que le Rojava ne vend pas son pétrole à l’étranger et ne tire pas des revenus des exportations ?

La raison est l’embargo. Le Rojava partage une longue frontière avec la Turquie et plusieurs passages sur la frontière existent. Mais ils sont maintenant officiellement fermés, depuis que la Turquie met le Rojava sous embargo à la fois politiquement et économiquement. Le GRK respecte l’embargo de la Turquie, bien qu’il l’ait relâché ces derniers mois en autorisant le commerce à travers le point de passage de Semalka. Mais à cause de l’embargo virtuellement complet, le Rojava doit tout construire lui-même, à partir de matériaux locaux. Il n’a pas d’investissements provenant de l’extérieur — toute la production et toute la consommation sont domestiques. L’autosuffisance n’est pas une idéologie — c’est une réalité économique.

L’autogouvernement est-il soutenable ? Peut-il survivre ? Ou dépend-il de l’extérieur, c’est-à-dire du jeu des pouvoirs politiques de Turquie, des États-Unis, etc. ? Ou y a-t-il une opportunité qu’on peut qualifier d’historique ?

Les principes de l’autonomie démocratique sont anticapitalistes, mais le Rojava n’a en aucun cas des surplus économiques qui peuvent être utilisés pour développer l’économie. Le conseiller au développement économique, Hemo, est en train de rechercher des investissements extérieurs. « Nous voulons être autosuffisants, nous a-t-il dit, mais pour développer la qualité de la vie, nous avons besoin d’une sorte d’industrie. » Le Rojava a besoin d’une centrale électrique et d’une usine d’engrais. Mais l’économie coopérative ne peut financer l’industrie à ce niveau, nous a-t-il dit. « Nous avons besoin d’aide de l’extérieur, privée ou publique, ainsi nous pouvons construire notre économie sociale ensemble. »

Dans ce qui est appelé « l’économie ouverte », les investissements extérieurs sont les bienvenus aussi longtemps qu’ils se conforment à la nature sociale de « l’économie communautaire » du Rojava. Sans investissements extérieurs, croit Hemo, le Rojava peut seulement survivre une autre année ou deux. Mais bien que le Rojava doive s’industrialiser, il ne doit pas créer une économie d’État, ou une économie centralisée. Même avec des investissements extérieurs, elle doit rester organisée localement : « Nous avons besoin d’une économie commune, et les usines devraient être collectivement possédées. »

Mais les investissements extérieurs manquent, parce que l’existence du Rojava n’est pas reconnue internationalement. Les investisseurs potentiels n’ont pas d’accès légal — ils doivent passer à travers le GRK et Damas. Et ils n’ont pas d’accès physique — absence de points de passage avec la Turquie. Pour survivre, le Rojava a besoin d’ouvertures vers le monde extérieur. Il semble clair que la Turquie doit ouvrir ses frontières et permettre à ce noble et généreux projet de continuer.

Traduit par le Collectif anarchiste de traduction
et scannérisation
de Caen (et d’ailleurs) en avril 2015.

Notes

[1La frontière entre l’Irak et la Syrie suit sur une courte distance, au nord de ces deux pays, le cours du Tigre. Djezîrê est le nom donné à l’un des trois cantons autonomes du Kurdistan syrien, le plus grand, situé au Nord-Est syrien.

[2Des affrontements ont opposé supporters de foot kurdes et arabes à Qamislo en 2004, entraînant une intervention des forces de sécurité qui ont ouvert le feu sur les Kurdes. Cette répression, qui s’inscrivait dans un vieux contexte de discriminations contre les Kurdes, a entraîné une vague de manifestations massives au Kurdistan syrien, vague qui fut elle aussi réprimée. Il y eut des dizaines de morts, des milliers d’exilé•e•s. NdT.

[3En réalité, il y a des unités mixtes, celles des YPG, où hommes et femmes combattent ensemble et des unités spécifiquement féminines, les YPJ, où seules des femmes volontaires pour intégrer les YPJ combattent. Les YPJ sont soumises au commandement général des YPG mais les chefs d’unités des YPJ sont uniquement des femmes des YPJ. Un homme des YPG ne peut commander une unité des YPJ. Une femme des YPG peut commander une unité des YPG. NdT.

[4Ce terme désigne l’université, la première, mise en place par l’auto-administration kurde, à Qamislo.

[5Le terme « Asayis » désigne les membres, hommes ou femmes, des forces de sécurité publique des cantons autonomes du Kurdistan syrien. NdT.

[6Ce texte est une sorte de brève « constitution » qui définit le projet de société au Rojava et récapitule les droits et devoirs généraux de ses habitant-e-s. NdT. On peut le lire en français ici.

[7Kongreya Neteweyî ya Kurdistanê, Congrès national du Kurdistan, le terme désigne une coalition d’organisations et d’activistes kurdes basée en Europe qui cherche à informer sur la situation au Kurdistan et à faire pression sur l’Union européenne et les États membres. NdT.

[8L’expression désigne le gouvernement autonome du Kurdistan irakien, pro-occidental, qui a une frontière commune avec le canton du Djezîrê, mais qui est hostile à l’expérience démocratique au Rojava.

Parution: Murray Bookchin, The Next Revolution

The Next Revolution est le premier livre posthume à paraître des écrits de Murray Bookchin. Ce recueil était donc passablement attendu. Surtout dans un contexte qui voit ses idées politiques refaire surface, tout comme la question du (nécessaire) renouveau de la démocratie, débattue à gauche sans forcément savoir vers quoi se mettre d’accord. Une façon d’alimenter un peu le débat, malgré la disparition, il y a bientôt 10 ans, de l’auteur.

Les textes rassemblés ici ont été sélectionnés et édités par Debbie Bookchin, la fille de Murray, et Blair Taylor, membre du comité de l’Institute of Social Ecology du Vermont. Le sommaire laisse apparaître des articles écrits par Bookchin dans les décennies 1990 et 2000. Des textes pour la plupart parus dans des revues (Green Perspectives, Communalism, Democracy & Nature, etc.) et difficilement accessibles aujourd’hui, même sur Internet. Tous pointent assez directement en direction du projet de Bookchin de réaliser le « communalisme », c’est-à-dire une confédération de communes régies localement en démocratie directe.

L’ouvrage s’ouvre avec « The Communalist Project » (2002), long article rappelant la genèse mais faisant aussi la synthèse de sa pensée politique. On y retrouve l’héritage politique du concept et dans quelle tradition il s’inscrit. Après lui, « The Ecological Crisis and the Need to Remake Society » revient sur le principe plus large de l’écologie sociale, replaçant cette question politique dans l’ensemble de sa pensée. Bookchin y rappelle son principe phare, que la source des problèmes écologiques est en lien direct avec nos institutions politiques et sociales.

Les articles suivants définiront plus amplement le projet politique de démocratie directe confédérale, tantôt appelé « communalisme », tantôt « municipalisme libertaire » selon les époques. Ils répondent aussi à plusieurs critiques formulées à son encontre, que ce soit sur la question des possibles dérives « autonomes » des communes (le repli sur soi), sur son fonctionnement et sur l’opposition entre un gouvernement populaire et un Etat (le besoin de s’organiser reste indéniablement un des grands éléments traversant sa pensée). Enfin, le livre s’achève sur un texte inédit (le seul de l’ouvrage) : « The Future of the Left ». Un article assez long qui fait le pendant de « The Communalism Project » (les deux sont d’ailleurs datés de 2002, ce qui explique leurs similitudes). Bookchin y reprend la critique du marxisme et de l’anarchisme pour affirmer une fois encore le besoin d’aller vers un projet politique confédéraliste et communaliste.

Certains textes résonneront peut-être comme déjà vus pour le lecteur familiarisé avec la pensée de Bookchin. « The Meaning of Confederalism » est tiré d’un chapitre de la réédition de son livre From Urbanization to Cities. « A Politics for the 21st Century » avait été présenté en vidéoconférence lors de la conférence internationale sur le municipalisme libertaire de Lisbonne en 1998. Enfin, « Cities : The Unfolding of Reason in History » provient d’un article en réponse à John Clark dont une partie avait été traduite en français il y a plusieurs années et publié dans Réfractions.

Si le volume n’apporte rien de très nouveau sur sa pensée, on sait que chez l’Etatsunien, l’intérêt réside souvent dans le détail qu’apporte chaque article. Ainsi, si ces textes reprennent souvent les bases de sa pensée, ils développent généralement un aspect particulier qui permet d’enrichir l’ensemble. On retiendra à ce titre l’apport pertinent et assez original du texte « Nationalism and the ‘National Question’ » très d’actualité avec l’exacerbation de la pensée souverainiste et nationale dans le monde occidental.

L’accent placé sur le confédéralisme démocratique montre par contre la formulation parfois trop dichotomique de Bookchin. On lit entre les lignes le fameux phénomène TINA : There Is No Alternative, de Margaret Thatcher : « Une société écologique et libre – à distinguer donc d’une régulée par une élite écologique autoritaire ou par un « marché libre » – ne peut que se formuler sous la forme écologique et confédérée d’un municipalisme libertaire. » (p.138) Une méthode de discours propre à la majorité des mouvements politiques, qui consiste à affirmer avec force pour mieux convaincre, mais qui laisse peu de place au débat, à l’adaptation ou à l’expérimentation.

Débat il y aura malgré tout, sans doute, sur ces questions. Et en tant que partisan.e.s on espère effectivement que la pensée politique de Bookchin puisse connaître un succès posthume. L’accueil réservé à ce livre sera un premier indicateur de cela.

On placera au final ce recueil au croisement de trois titres déjà parus. Il donne ainsi un éclairage plus récent et plus direct qu’Urbanization without Cities sur la question du « communalisme », tout en apportant d’autres arguments que ceux choisis par Janet Biehl dans Le municipalisme libertaire. Avec également une synthèse de sa critique (parfois trop caricaturale, c’est certain, pour des mouvements déjà à l’époque plus complexes et diversifiés que ce qu’il en présente – c’est le cas notamment pour le court texte « Anarchism and Power », sans doute le maillon faible de la sélection) du marxisme et de l’anarchisme et de sa volonté de développer une autre voie. Des points déjà discutés dans Anarchisme, Marxism and the Future of the Left et quelques autres titres. The Next Revolution est utile donc, autant pour celui ou celle qui souhaiterait découvrir la pensée de Bookchin que pour qui veut l’approfondir, en offrant des textes accessibles et en faisant un tour complet du sujet.

A noter encore la (courte) préface d’Ursula Le Guin, qui explique son attachement à la pensée de Bookchin et l’annonce en fin d’ouvrage d’un autre livre posthume à paraître : The Cosmology of Social Ecology, ainsi qu’une réédition (modifiée ?) de The Murray Bookchin Reader. A suivre donc.

Murray Bookchin, The Next Revolution: Popular Assemblies and the Promise of Direct Democracy, éd. Verso Books.

Sommaire :

Préface d’Ursula Le Guin
Introduction, par Debbie Bookchin et Blair Taylor
1. The Communalist Project (2002)
2. The Ecological Crisis and the Need to Remake Society (1992)
3. A Politics for the Twenty-First Century (1998)
4. The Meaning of Confederalism (1995)
5. Libertarian Municipalism: A Politics of Direct Democracy (1991)
6. Cities: The Unfolding of Reason in History (1997)
7. Nationalism and the “National Question” (1994)
8. Anarchism and Power in the Spanish Revolution (2002)
9. The Future of the Left (2002)

 

Ajout 2022 : Le livre a été depuis été traduit en français, aux éditions Agone, sous le titre La révolution à venir.

Murray Bookchin, La révolution à venir

Parution: « Ecologies sociale, le souci du commun »

 

Le terme d’« écologie sociale » n’en finit plus d’être repris se répandre. Ce recueil de Pierre-Antoine Chardel et Bernard Reber participe à l’engouement avec un ouvrage original. Le pluriel du titre exprime bien la volonté affichée : en s’ouvrant aux différents mouvements traitant d’écologie sociale et en montrant leurs points communs ou leurs divergences, les anthologistes ont cherché à dresser une sorte de portrait de la discipline. On comme on l’apprend dans l’introduction : « Le présent ouvrage entend témoigner de la richesse des interprétations que suggère la conjugaison de ces deux notions [écologie et sociale], tout en assumant une autre contrainte majeure, celle de l’innovation technologique et des mutations qu’elle provoque. »

Ce recueil d’articles joue le rôle d’ancrage de l’écologie sociale comme une discipline, nouvelle, à explorer. Avec une volonté d’éclaircir sur ce qu’est – ou pourrait être – ce qu’on appelle aujourd’hui l’écologie sociale. Ce qui est plutôt positif en soi. On précisera également qu’il s’agit-là d’un ouvrage universitaire et non militant – et c’est bien dans cet optique qu’il faut le considérer. On y comprend l’écologie sociale comme l’étude du lien entre la nature et la société, que ce soit au travers de la technologie (avec les articles de Nicolas Auray, Pierre-Antoine Chardel, Gabriel Rockhill et Sylvaine Tuncer et Christian Licoppe), du lien social (François Flahaut), de l’engagement politique (Alice Canabate, Nicolas Poirier), etc.. Et les « écologies sociales » du titre sont autant inspirées de Murray Bookchin que d’autres penseurs, comme André Gorz, Serge Moscovici, Félix Guattari, Edgar Morin, Gilberto Freyre et quelques autres, qu’ils aient ou non utilisé ce nom.

On se concentrera ici évidemment sur les liens opérés avec Murray Bookchin, cité à plusieurs reprises dans l’ouvrage (comme précurseur notamment). Sa pensée est surtout développée en fin, dans l’article de Bernard Reber « De l’écologie sociale à l’écologie institutionnelle ». L’auteur y établit un bon résumé de la pensée de Bookchin, positif dans l’ensemble à son égard mais aussi critique. Une critique honnête et pertinente, qui pointe entre autres la tendance de l’auteur américain à faire des « amalgames et des raccourcis ». Bernard Reber revient ainsi sur le jugement (exagérément) sévère sur Gorz opéré par Bookchin, indiquant avec raison qu’il est excessif d’en faire un bête plagiaire ou un éco-fasciste, tout en soulevant les éléments pertinents soulevés dans la critique de son œuvre.

Au final, Reber interroge surtout « le primat accordé par Bookchin à la participation communale ». Une critique qu’on a effectivement souvent entendue chez les commentateurs français et qui continue de faire débat. L’auteur lui préfère une perspective de « toutes les échelles ». On comprend mieux le raisonnement dans la conclusion de l’ouvrage qui explique que « la Commune des communes a des limites par rapport à la prise en charge de l’environnement ».

Pourtant, il y a fort à parier que faire débattre et prendre les décisions (qu’elles soient de nature locales et globales) concernant l’écologie au niveau de la commune pourrait se montrer plus efficace aujourd’hui. En sautant bon nombre d’échelons législatifs et de besoin d’uniformité, et souvent d’un minimum de consensus politique, on permet une application moins nécessairement homogène et unilatérale. Les décisions seraient sans doute aussi plus pertinentes et mieux acceptées par les populations, grâce à une meilleure prise en compte des intérêts de chacun et des particularités propres d’un environnement. Et si effectivement les problématiques telles que le réchauffement global peuvent paraître trop éloignées des citoyen(ne)s pour les faire prendre les mesures importantes que nécessitent leur résolution, on rétorquera qu’un-e citoyen-ne bien formé et informé serait autant à même qu’un élu national ou un délégué onusien de prendre position. Et de s’y tenir d’ailleurs, n’ayant pas le même intérêt à maintenir haute sa popularité en vue d’une prochaine échéance électorale. L’intérêt général et l’intérêt personnel ne sont pas forcément en constante opposition, une fois les tenants et aboutissants clairement exposés – mais cela nécessite aussi une société plus juste et sans passe-droits pour une élite fortunée. Mais de cela il faudra encore convaincre, c’est certain.

Enfin, le scepticisme affiché quant à la possibilité de la prise en charge des questions environnementales (mais aussi politiques ou économiques de manière plus générale) par un système confédéral – autrement dit la réalisation concrète du modèle confédéraliste communal imaginé par Bookchin – n’est pas vraiment une surprise, tant il est répandu. Mais les quelques exemples concrets utilisés dans l’article pour montrer les défauts ne convainquent pas non plus. On peut difficilement jugé d’un modèle fini (le fameux « ce qui pourrait être ») sur la base du contexte que nous connaissons aujourd’hui (le « ce qui est »), avec la pauvreté du débat d’idées et l’absence presque totale de culture d’autogestion. Il y aura de toute façon du chemin à faire et il faudrait replacé le modèle dans un esprit démocratique autrement plus développé qu’aujourd’hui.

Au final, l’ouvrage ne manque pas d’intérêt. Mais on n’est pas sûr pour autant une fois les dernières pages tournées que le terme d’écologie sociale « ait perdu de son mystère », pour reprendre les mots de la conclusion. Les articles, pris indépendamment font sens, mais associés ainsi, ils montrent peu de cohérence entre eux. On intègre la multitude des idées et principes (notamment dans les premiers textes) sans réussir à vraiment faire ressortir la base commune permettant de définir une « écologie sociale ». Un peu de regret  à ce niveau-là, car à trop vouloir rassembler de pensées sous le même terme d’ « écologie sociale » on amène peut-être plus de confusion que de clarté. Mais le but d’associer ces différentes pensées, de les confronter, montrer leurs convergences et leurs divergences est lui bien rempli. Cet ouvrage reste d’ailleurs pionnier en ce sens et il témoigne bien que l’écologie sort toujours plus des chapelles scientifiques pures pour intégrer effectivement « les préoccupations sociales, économiques, cognitives, éthiques et politiques. » D’autres lui succéderont certainement sur cette voie.

Quatrième de couverture :

« Nous connaissons les termes d’écologie et même d’écologie politique, mais que recouvre celui, plus énigmatique, d’écologie sociale ? Cet ouvrage répond à cette question en revenant sur diverses acceptions de ce terme pourtant déjà ancien, que l’on rencontre notamment sous la plume d’auteurs aussi divers qu’André Gorz, Félix Guattari ou Gilberto Freyre. Un enjeu théorique de fond unit ces diverses approches : reconnaître que les sciences de la nature et de l’environnement ne peuvent se détourner de questions qui touchent la culture, le politique et le social. Comme le soulignait avec vigueur le penseur américain Murray Bookchin, qui a popularisé la notion, la solution aux problèmes écologiques requiert avant tout de nouvelles formes d’institutionnalisation évolutives, devant épouser des dynamiques de participation citoyenne. Plus largement, les réponses aux problèmes écologiques nécessitent une réforme de nos imaginaires consuméristes, ainsi que de certaines représentations collectives dominantes relatives au fait technologique lui-même. Le développement d’un modèle de société plus écologique se fera au prix d’un effort pour trouver un nouvel équilibre entre innovation technologique, résilience environnementale, et souci du commun. »

Pierre-Antoine Chardel, Bernard Reber (dir.), Ecologies sociales : le Souci du commun, éd. Parangon/Vs, coll. Situations & Critiques, 2014.