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Le confédéralisme municipal kurde

Le mouvement kurde met en application les idées de Bookchin

 

Deux traductions ont vu le jour sur le développement d’une forme concrète d’application du modèle d’organisation politique « communalistes » de Bookchin (développement d’un réseau de communes confédérées et administrées en démocratie directe) parmi les populations Kurdes. Il s’agit-là sans doute du développement contemporain et à relativement grande échelle le plus encourageant de l’écologie sociale actuellement. De nombreuses personnes s’étant rendues en Turquie ont rapporté à quel point les idées de Bookchin trouvaient là un écho favorable et une concrétisation réelle à l’échelle locale.

Malgré le contexte très particulier de cette région de la Turquie, il sera intéressant de suivre ce développement et voir quels enseignements peuvent en être tirés pour développer le système ailleurs.

Pour en savoir plus :

http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1410

http://populaction.com/le-mouvement-kurde-des-assemblees-locales-le-confederalisme-democratique-comme-projet-politique-transnational/

Revue de presse: « Murray Bookchin et l’écologie sociale »

Revue de presse :

 

Retours rencontrés dans les médias suite à la sortie du livre « Murray Bookchin et l’écologie sociale » de Vincent Gerber. La page sera complétée au fur et à mesure, n’hésitez pas à nous avertir si des références sont manquantes.

 

JOURNAUX :

– Michel Lapierre, « Bookchin, père de l’écologie sociale », Le Devoir, 9 mars 2013.
– Philippe Bach, « Vernissage d’un ouvrage sur Murray Bookchin », interview de Vincent Gerber, Le Courrier, 18 mai 2013.
– Extraits d’un chapitre dans L’An 02, N°4, été 2013.
L’écologiste, n°40, vol. 14, n°2, été 2013.
– P. T., La Décroissance, N°101, juillet 2013.
– Antoine Lagneau, « Ecologie sociale et Transition » (interview de Vincent Gerber), in Mouvements, N°75, automne 2013.

 

RADIOS :
– C. Passevant, « Chroniques Rebelles », Radio Libertaire, interview de Vincent Gerber, 8 juin 2013 :

 

-Gilles Souhlac, Radio Cité, Interview de Vincent Gerber :

Première émission 25 avril

Seconde émission 2 mai

Troisième émission 9 mai

 

INTERNET :

Facebook
Compte rendu site Murmures
Compte rendu site Helvete Underground

Publication: « Murray Bookchin et l’écologie sociale », de Vincent Gerber

On annonce la parution aux éditions Ecosociété de « Murray Bookchin et l’écologie sociale » de Vincent Gerber, le 19 février au Québec (en avril en Suisse et début mai en France). Le livre retrace la vie et l’oeuvre de Murray Bookchin, montrant le contexte de l’émergence de ses principales idées et leur évolution. Il cherche aussi à ouvrir l’écologie sociale à ses différents acteurs, outre Bookchin, pour montrer leur contribution au mouvement dans son ensemble.

C’est quelque part le premier ouvrage francophone sur l’écologie sociale de Bookchin qui ne soit pas une traduction. Et comme ça faisait aussi très longtemps qu’aucun ouvrage n’était paru sur le sujet, il va être intéressant de voir l’accueil qui lui sera réservé par le public québécois et européen.

Couverture de "Murray Bookchin et l'écologie sociale"

Vincent Gerber, Murray Bookchin et l’écologie sociale – Une biographie intellectuelle, éd. Ecosociété, 2013, 184 pp.

Extrait de la préface :

La vie de l’écologiste Murray Bookchin aura été exem­plaire. Son engagement politique et théorique constitue un modèle de profondeur et de courage. Indépendamment du destin que l’avenir réserve à sa doctrine, indépendamment du souvenir des disputes intellectuelles auxquelles il a participé, Murray Bookchin restera une référence majeure pour quiconque s’inté­resse aux causes de la crise écologique et à son dépassement. Ma rencontre avec ce personnage, il y a une vingtaine d’années, a été mémorable et continue d’être une source d’inspiration.

Malgré la maladie, Murray Bookchin avait accepté d’organi­ser un séminaire avec un groupe de quatre jeunes écologistes dont je faisais partie. Il nous reçut dans son modeste appartement de Burlington, au Vermont, où s’empilaient partout des livres. L’espace y était si exigu que sa conjointe, également engagée dans la théorie sociale, se coupait du flux de paroles trop souvent entendues en portant ces coquilles auditives que l’on retrouve sur les chantiers de construction ; elle pouvait ainsi vaquer à ses propres occupations intellectuelles. C’est assis sur son lit, où ses os le faisaient moins souffrir, que Murray Bookchin engageait la conversation, volubile, généreux, souvent professoral, certes, mais toujours soucieux d’établir un dialogue sur les sujets et les polé­miques qui nous concernaient. Et ce qui nous inquiétait, alors, c’était de comprendre les racines sociales de la crise écologique, d’y entrevoir, par-delà les abîmes qu’elle laissait présager, des solutions pleines d’espoirs d’émancipation pour l’humanité. Tel était le programme de ce séminaire d’écologie sociale.

Murray Bookchin était doté d’une vaste culture et d’une indignation authentiquement révolutionnaire. Il nous parlait à la fois de ses souvenirs plus ou moins amers concernant le mouve­ment communiste du XXe siècle ainsi que de ses inquiétudes face à l’avenir de l’Occident, sous l’emprise d’une culture américaine en décrépitude et d’une globalisation mortifère du capitalisme. Il savait que nous vivions une époque difficile pour toute perspec­tive de transformation politique, mais cette difficulté n’était pas pour lui une raison suffisante pour désespérer. Malgré l’urgence de la situation, il fallait être disposé à une certaine patience : « quand le contexte lui parut bouché, nous dit-il, Lénine partit étudier avant de se réinvestir dans la révolution ! » Constatant la faillite de la pensée critique face au néolibéralisme – idéologie qui pouvait encore au début des années 1990 se réclamer sans trop de contestation de la fin de l’histoire – Murray Bookchin nous avait bien signifié qu’une compréhension plus précise du capita­lisme était plus que jamais devenue nécessaire. Autrement dit, l’échec du marxisme traditionnel obligeait un passage à une activité théorique préalable à toute réactivation de luttes poli­tiques prenant au sérieux le dépassement de la crise écologique.

***

Il apparaît évident que le contexte actuel, qui réunit à la fois crise économique mondiale, crise écologique et crise du sens, suscite le besoin de s’ouvrir à des pensées radicales comme celle de Bookchin. Aux grands maux les grands moyens ! En effet, devant le douloureux spectacle des défaillances de la civilisation occiden­tale, où semble étrangement se normaliser l’état permanent de crise, une remise en question majeure des pratiques humaines n’est-elle pas rendue nécessaire ? Ne faisant aucune concession aux modes idéologiques ou aux reconnaissances académiques, Murray Bookchin nous convie à travers son œuvre à porter notre regard au loin pour réfléchir sur les causes du dysfonctionnement de l’activité humaine dans l’habitat terrestre, qui rend pourtant celle-ci possible. Même si Bookchin l’a formulé il y a plus d’un demi-siècle, ce problème n’est pas suffisamment abordé de nos jours avec la profondeur qu’il mérite. Au contraire, les tentatives de résolution de la crise écologique semblent résister plus ou moins consciemment à toute remise en question sérieuse de la structure sociale, c’est-à-dire sa hiérarchie politique et son écono­mie productiviste, qui sont responsables, selon Bookchin, de la destruction de la biosphère ainsi que de la pauvreté de la majorité des Terriens. Or, le refus obstiné de prendre acte des analyses et des synthèses de l’écologie sociale, tout comme des autres cou­rants de la mouvance écosocialiste, se manifeste à notre époque sous deux principales formes à la fois différentes et complémen­taires : l’environnementalisme technocratique et le radicalisme éthique. L’environnementalisme technocratique consiste en ce que l’on rencontre communément sous l’appellation de « développe­ment durable », tandis que le radicalisme éthique, plus discret parce que plutôt individuel, peut être mystique – comme la deep ecology tant abhorrée par Bookchin – ou non.

Si l’environnementalisme donne l’impression d’être optimiste dans sa visée de « sauver la planète », par une seule amélioration de la gouvernance qui maintiendrait l’actuel mode de produc­tion, le radicalisme éthique, quant à lui, mène au contraire à un pessimisme où de belles âmes se complaisent dans la certitude intérieure d’avoir bien diagnostiqué que l’humanité courait à sa perte dans sa folie de dominer la nature. Or l’une et l’autre de ces deux postures, à première vue opposées, partagent en fait le même défaut qui consiste en l’absence de remise en question politique des structures sociales. Qui plus est, l’idée d’entrevoir l’horizon d’une société postcapitaliste n’effleure même pas les esprits verts, qu’ils soient optimistes ou pessimistes. Si les tenants de ces deux postures, qui ont pourtant à cœur l’avenir des éco­systèmes, se révèlent impuissants à infléchir quoi que ce soit dans le cours des choses, c’est parce qu’ils admettent implicitement la naturalisation de la démocratie libérale et du capitalisme. Une telle naturalisation en vient donc à rendre plus plausible dans l’imaginaire social la représentation de la fin du monde que celle d’une société postcapitaliste.

Tandis que le radicalisme éthique ou mystique est moins pré­sent sur la scène publique – puisqu’il s’agit d’une ascèse indivi­duelle de survie qui tend à se couper du monde corrompu –, l’idéologie floue du développement durable, quant à elle, tient le haut du pavé médiatique depuis le Sommet de Rio de 1992. C’est donc depuis vingt ans que les promoteurs du développement durable nous offrent le spectacle répétitif de leurs échecs accumu­lés. Or, ces promoteurs que l’on retrouve dans les principales organisations environnementales respectables et les administra­tions publiques encore épargnées par les plans d’austérité ont toujours justifié leur posture au nom du pragmatisme. Opposés aux « idéologues » de l’écologie sociale, de l’écosocialisme ou de la décroissance, ils prétextaient que l’urgence de la crise écolo­gique imposait la nécessité de participer au jeu de la démocratie libérale et du capitalisme. Leur raisonnement est le suivant : puisque la contestation des structures sociales risque de confiner l’écologisme dans la marginalité et de laisser ainsi libre cours à la destruction des écosystèmes, vaut mieux épouser les exigences normatives des « partenaires » représentant l’ordre dominant.

Bien que cet argument ait gagné l’adhésion d’un grand nombre des militants environnementalistes, pour un écologiste anticapita­liste et antiautoritaire comme Bookchin, une telle option était a priori vouée à sa perte. S’il pouvait jadis prétendre à une certaine rationalité, le développement durable est aujourd’hui réfuté par le réel : son échec est patent ; il est temps d’en finir avec ce slogan pour gens d’affaires et politiciens en sursis. Ceux et celles qui de bonne foi y croient encore courent ainsi le risque de ne pas être acquittés par le tribunal de l’histoire, si l’état futur de la biosphère en permet la tenue. Étant donné que l’une des vertus de la conscience écologique est la prise en compte des générations futures, il est donc permis d’espérer que les environnementalistes rectifient le tir en s’ouvrant à des pensées comme celle de Bookchin. Serait ainsi évitée leur condamnation par nos arrière-petits-enfants – ou les enfants qui ont eu le malheur d’être nés aujourd’hui dans l’un de ces multiples enfers sociaux et environ­nementaux se trouvant à l’extérieur de la « zone piétonnière du capitalisme mondial », comme dirait le regretté Robert Kurz, que constituent l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord.

Si les rangs de l’écologie radicale demeurent pour l’instant assez réduits, des signes avant-coureurs permettent toutefois d’entrevoir un changement à cet égard. Ainsi, à la veille du Sommet de Rio+20 à l’été 2012, le biologiste canadien de répu­tation mondiale, David Suzuki, affirmait avec amertume que l’environnementalisme avait échoué. Un lecteur de Bookchin ne peut qu’être d’accord avec ce qui a toujours paru comme une évidence. Malgré sa colère et son intelligence, monsieur Suzuki, comme bien d’autres scientifiques éclairés, ne semble pas avoir osé critiquer la structure sociale dominante, c’est-à-dire la démo­cratie libérale et le capitalisme. Non, car le « fétichisme » de la marchandise et la « naturalisation » des organisations technocra­tiques font sentir à la conscience commune que la logique tech­nico-économique dominante est indépassable. C’est cet état de fait que certains penseurs critiques commencent à qualifier de totalitaire. Totalitaire, non pas dans le sens archaïque du nazisme et du stalinisme, mais en ce que des pans entiers de la vie humaine et de la nature semblent inexorablement voués à une marchandisation ou à un traitement managérial. Totalitaire dans la mesure où tout ce qui se manifeste en opposition au capita­lisme est ou bien rejeté dans le néant symbolique de l’absurde, ou bien en attente d’être supprimé d’une façon ou d’une autre, c’est-à-dire par les mensonges médiatiques, les gaz lacrymogènes ou les projectiles de drones. C’est sans doute devant la crainte de perdre la face dans cet univers de sens saturé de l’éther néolibéral que des savants respectables, qui n’ont pourtant plus rien à perdre pour la réussite de leur carrière, ne risquent pas (encore ?) d’opter pour une pensée radicale comme celle de Murray Bookchin ou des écosocialistes.

[…]

Face à l’imbroglio actuel dans lequel nous a plongés la naïveté du développement durable et duquel ne nous sortira pas l’éthique environnementale, des pensées comme celle de Bookchin sont donc promises à un grand avenir. À la lecture du présent livre il sera possible de prendre connaissance des fondements de l’écolo­gie sociale qui est l’une des premières pensées politiques à avoir affirmé qu’une seule et même cause expliquait la crise écologique et la misère sociale, et que la résolution de ces contradictions ne s’effectuera que par la transformation des structures sociales, notamment par le dépassement du capitalisme.

[…]

Somme toute, l’écologie sociale de Murray Bookchin peut encore contribuer aux pratiques de l’écologie politique radicale. Malgré son succès mitigé, plusieurs de ses éléments demeurent et demeu­reront actuels. C’est d’ailleurs pour cette raison que le présent ouvrage de Vincent Gerber renferme un intérêt indéniable pour réfléchir sur les causes de la crise écologique et sur les préfigura­tions de pratiques concrètes qui contribueraient à sa résorption. En plus d’effectuer une synthèse sans concession, cette « biogra­phie intellectuelle » de Bookchin offre au lecteur francophone un accès inédit à des ouvrages non traduits ou devenus inaccessibles. Sa facture originale, qui conjugue les épisodes de la vie d’un militant avec les développements théoriques de sa pensée, permet aussi de prendre connaissance d’une existence totalement dédiée à l’engagement politique. On y trouve donc des sources d’inspi­ration aussi bien intellectuelles qu’existentielles, ce qui rend tout à fait palpitant la lecture de ce livre.

Jean-François Filion
Professeur de sociologie à l’Université du Québec à Montréal

Publication: « Reconsidérer Bookchin », d’Andy Price

Reconsidérer Bookchin :

l’écologie sociale et la crise actuelle

 

 

Couverture du livre d'Andy Price

 

Avant d’ouvrir le nouveau livre d’Andy Price, on pouvait avoir quelques appréhensions. Un livre ayant pour projet d’apporter un éclaircissement (et une réponse) aux différents débats et commentaires ayant eu lieu sur les écrits de Murray Bookchin pouvait avoir deux conséquences : soit apporter, peut-être pas le mot de la fin, mais au moins une conclusion constructive et intelligente à la série de polémiques qui ont entouré l’écologie sociale depuis la fin des années 80 (avec les mouvements de l’écologie radicale en premier lieu, principalement avec la deep ecology, et avec les anarchistes par la suite) et permettre de tourner la page. Ou alors, au contraire, ramener une fois encore les projecteurs sur ces débats-là et s’y enliser plutôt que de progresser.

Force est de constater qu’Andy Price est parvenu à traiter le sujet intelligemment. Son intention se révèle bien de ne pas juste en « remettre un couche », mais bien de clarifier le débat, dans le but d’éclaircir le propos dans ce qu’il a pu avoir comme intérêt réel. Et cela en séparant les critiques valables faites à Bookchin de toute une littérature l’attaquant personnellement et lui prêtant des intentions peu objectives. Sans pour autant masquer le fait que Bookchin lui-même porte sa part de responsabilité dans le déraillement de ces deux débats.

Andy Price est impliqué dans le mouvement d’écologie sociale depuis un certain temps. On notera qu’il était notamment à l’origine de l’International Social Ecology Network Gathering qui s’est tenu à Dunoon, en Ecosse, en 1995. Ce livre est semble-t-il son premier ouvrage d’importance, après différents articles sur le sujet.

Recovering Bookchin est séparé en deux volets principaux : le premier consacré au thème de l’écologie et de la philosophie de la nature de Bookchin. Price juge la validité de cette pensée (ou, plus justement, l’absence de contradiction « fatale » qui l’invaliderait complètement, comme cela a souvent été prononcé) à la lumière de la littérature critique qui a émergé après les prises de positions de Bookchin en 1987 à l’égard de la deep ecology avec son texte « Ecologie sociale vs. Écologie profonde : un défi pour le mouvement écologiste » [récemment traduit dans Emilie Hache (dir.), Ecologie politique : cosmos, communautés, milieux, éd. Amsterdam, 2012]. Le second volet, plus court, concerne la pensée politique de Bookchin, également jugée en rapport aux commentaires produits, alimentés cette fois par le pamphlet « Social Anarchism vs Lifestyle Anarchism : An Unbridgeable Chasm ». Deux polémiques qui se sont succédées et qui se montrent en lien direct l’une et l’autre.

Le fond de l’étude de Price, c’est la constatation faite que les deux débats ont engendré surtout des réponses sur le ton des articles de Bookchin, ainsi que sur sa personnalité et ce qui fut considéré comme ses ambitions personnelles. Très rarement seulement le fond de la critique émise par Bookchin n’a été adressée, alors qu’elle se montrait souvent très valable et argumentée, ce que Price va s’efforcer de prouver. Le livre se veut très détaillé et un grand nombre de commentateurs sont cités : Damian White, John Clark, David Watson, Bob Black, Robyn Eckersley, Joel Kovel, Robert Graham, R.W. Flowers et bien d’autres encore. Une liste pas loin d’être exhaustive pour ce qui est des commentaires en langue anglaise, pour autant qu’on puisse en juger. Pour chacun, l’auteur réfute par les textes de Bookchin les accusations objectivement erronées, les attaques personnelles et les commentaires clairement déplacés pour faire ressortir les remarques les plus pertinentes portant sur la pensée elle-même.

Si le recensement des critiques et leurs commentaires n’intéressera sans doute pas tout le monde, Price se montre le plus pertinent quand vient le moment d’aborder les réponses aux remarques les plus à propos. Sous la forme de précisions et de rappels de ce qu’est vraiment le projet écologiste sociale, Price explique Bookchin, et il le fait bien. Il en ressort un effort de clarté qui a souvent manqué dans les œuvres du père de l’écologie sociale. Price apporte effectivement ce qu’on espérait trouver dans son livre : une synthèse au débat (surtout pour celui concernant le volet écologique) qui permet d’y voir plus clair sur les propositions de l’écologie sociale, ce qu’elle englobe et ce qu’elle critique. Il rappelle notamment le fait souvent laissé pour compte que l’écologie sociale en tant que projet ne représente pas un modèle fini, ou abouti, mais se veut un processus. Il n’y a donc pas pour ambition d’apporter une réponse à tout et une large part des critiques faites à son système politique devront trouver des solutions créatives par les gens qui auront à le mettre en place. Avec leur lot de tâtonnements, d’erreurs et d’ajustements.

Le livre ne se cache pas d’être une défense de Bookchin et de ses thèses, mais une défense qui se veut honnête et se révèle assez objective et solide dans ses argumentations. On lui reprochera juste un style un peu répétitif parfois, en particulier dans la volonté de prouver que telle ou telle affirmation est fausse ou a été parfaitement réfutée et des affirmations peut-être trop catégoriques. Si Price défend Bookchin, il n’en dresse pas un portrait idéalisé non plus. Sur le deuxième volet notamment, l’auteur note assez justement que « Social Anarchism vs. Lifestyle Anarchism » est moins pertinent que les précédents pamphlets du genre écrits par Bookchin ; le théoricien anarchiste s’y montrant moins précis, plus dur et dénigrant au niveau du ton. Il aurait fallu montrer plus d’empathie nous dit Price, constatant qu’il est assez normal de se tourner vers le style de vie dans un tel contexte social réactionnaire. Il aurait été plus judicieux selon lui de se montrer compréhensif, chercher à aider, et guider, ces militants, avec des idées, plutôt que les rabrouer.

Au final, Recovering Bookchin se veut assez technique et référencé. Il s’adresse principalement aux personnes qui connaissent déjà bien l’œuvre de Bookchin et cherchent à approfondir le sujet, et sans doute à ceux également qui ont lu cette importante littérature critique des prises de position de Bookchin et cherche à y voir plus clair. Il permet une meilleure compréhension de l’écologie sociale dans sa globalité autant que dans ses détails, et est en cela un des premiers ouvrages à le faire.

Andy Price, Recovering Bookchin : Social Ecology and the Crises of Our Time, Porsgrunn, New Compass Press, 2012.
www.new-compass.net

Tordères tente une expérience de démocratie directe

Nous relayons une interview de la maire de Tordères, petit village des Pyrénées (180 habitants), qui a cherché à révolutionner son mode de fonctionnement politique traditionnel pour un système plus participatif incluant, cherchant à inclure la population dans les prises de décision.

L’article se trouve à l’adresse suivante :
http://www.article11.info/?Torderes-commune-autogeree-mode-d

Projet documentaire : « Bookchin on Bookchin »

Site du projet :

Communiqué de Mark Saunders:

« Bookchin on Bookchin est un documentaire indépendant sur la vie et l’époque du penseur politique américain Murray Bookchin qui fonda le mouvement d’écologie sociale. Notre but est d’explorer les influences de cette réflexion unique dans l’histoire de la pensée politique moderne. Le documentaire espère expliquer le développement de la pensée de Bookchin au travers de son parcours personnel décrit par Bookchin lui-même au cours des heures d’interview qu’il nous a accordées dans sa résidence du Vermont, ainsi que sa dernière apparition publique à Montréal. Bien que Bookchin était inquiet à l’idée d’ainsi créer un culte de la personnalité, sa biographie permet de mieux comprendre des points essentiels dans le développement de la pensée politique radicale et de recontextualiser la naissance de l’écologie sociale. Nous sommes actuellement en train de faire le film mais avons besoin de votre aide pour le terminer.

Le réalisateur de Bookchin on Bookchin est Mark Saunders, un documentariste indépendant primé, un activiste et un écrivain actif dans le milieu depuis plus de 20 ans. Il dirige actuellement Spectacle Productions, une compagnie indépendante basée à Londres depuis 1990. Il peut compter parmi ses clients Amnesty International, Channel 4, The Rowntree Foundation, ou encore the Howard League for Penal Reform. Ses films précédents sont The Truth Lies in Rostock, The Battle of Trafalgar, Exodus from Babylon and Despite the City. Ils ont été montrés à la télévision et dans des galeries dont la Tate Britain, la National Film Theatre, l’Institute of Contemporary Art, le Musée des Beaux-Arts, le National Media Museum and la Photographers Gallery.

Pourquoi participer à ce projet?

Un film sur Murray Bookchin est important afin de préserver sa pensée et dévoiler des facettes de sa personnalité jusque là peu connues du grand public. Vous supporterez une production complètement indépendante sur un homme remarquable qui pensait que l’action politique locale était nécessaire, anticipant de plusieurs décades des mouvements des années 2010s tels que le Printemps Arabe, ou encore le mouvement Occupy. Le climat politique et social actuel est tout à fait propice à la réévaluation de la pensée de Bookchine.

Comment votre contribution va-t-elle aider le projet?

Nous sommes une ASBL indépendante et chaque contribution sert à couvrir les coûts de production. Ce film n’est pas une commande et n’a reçu aucun financement officiel. Chaque dollar servira donc:

– à la post-production, au montage et à la masterisation
– aux droits pour la musique
– aux archives
– à la promotion du film

Nous visons le prix minimum auquel ce documentaire peut être réaliser, mais nous espérons recevoir plus afin d’améliorer la qualité du film. Chaque cent est utile!
http://www.indiegogo.com/Bookchin

Autres contributions possibles :
Parlez de ce projet autour de vous, partagez notre vidéo facebook, bloggez et tweetez. Les commentaires et idées nouvelles sont les bienvenus.

N’hésitez pas à nous contacter à BookchinBiog[at]spectacle.co.uk, nous répondrons rapidement.

Mark Saunders
Director/Producer Bookchin on Bookchin

Spectacle
No 25
99-109 Lavender Hill
London SW11 5QL
tel:      +442072236677
fax:     +442072236666
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Apports et limites des concepts de Murray Bookchin

Apports et limites des conceptions de Murray Bookchin

(Annexe de l’ouvrage Le choix de l’écologie sociale de Philippe Chailan & Philippe Boursier, Arguments pour une écologie sociale, Hors série N°1, 2000)

 

Une partie des mesures qu’on a préconisées va dans le sens du municipalisme libertaire, tel que l’a défini Janet Biehl dans un livre qui porte ce titre, et où elle synthétise les conceptions politiques de l’écologiste libertaire nord-américain Murray Bookchin (1).

Le municipalisme libertaire opère une nette distinction entre l’Etat – ou l’étatisme – et « la politique ». Déniant aux systèmes de gouvernement occidentaux le caractère pleinement « démocratique » qu’ils revendiquent, Bookchin et ses amis leur appliquent en effet la critique anarchiste classique de la délégation de pouvoir, et leur opposent une « démocratie directe » où la politique signifie « l’activité des citoyens au sein d’un corps politique détenant le pouvoir dans des institutions partagées, voire participatrices », c’est-à-dire, plus précisément, «la gestion directe des affaires communautaires par les citoyens dans des institutions démocratiques face à face, surtout dans les assemblées populaires ». De cette démocratie directe, le municipalisme va chercher des exemples, classiquement là encore, dans l’Athènes de Périclès, mais aussi dans les communes de l’Europe médiévale, dans la Nouvelle-Angleterre des colons et dans le Paris révolutionnaire des années 1790-1794. Avec leurs limites, parfois scandaleuses rétrospectivement (esclavage, exclusion des femmes), ces modes d’organisation et ces expériences ont montré – selon les municipalistes – que l’essentiel de l’existence humaine n’était pas forcément la dimension privée à laquelle on tend à la cantonner aujourd’hui, et que l’espace politique pouvait être un véritable espace public. Mais – toujours selon les municipalistes – l’avènement et la consolidation des Etats-nations centralisés ont étouffé cette participation publique ; puis l’émergence de « l’Etat-providence » – lequel s’est approprié les tâches des anciennes communautés – a permis une extension des pouvoirs de l’Etat, en même temps que de sa légitimité Cependant, des sphères politiques locales ont perduré. Si elles sont aujourd’hui menacées ou niées par les forces sociales dominantes, le municipalisme libertaire se donne pour projet de les réactiver, et de redonner vie à la politique au sens ancien en faisant revivre la démocratie directe locale et sa sphère civique. Il s’agit donc pour lui de construire un champ politique à partir des espaces publics, plus ou moins autonomes, aujourd’hui menacés.

A cet égard, les tenants des positions de Bookchin et de Janet Biehl innovent, en réhabilitant le mot et la notion même de politique d’un point de vue libertaire. Car, bien souvent, les anarchistes ont tendu à confondre tout champ politique possible avec la sphère de « l’Etat », et, dans le même temps, à définir leur projet comme celui d’une dissolution du politique dans une économie autogérée – comme si tout ce que recouvre le mot « politique » relevait des discours de justification de la « classe » politique et des représentants de l’Etat : la construction proudhonienne, par exemple, que nous évoquions plus haut fort positivement, s’est malgré tout trop bien prêtée à cette idée que la gestion directe devait être, d’abord et essentiellement, la gestion par les travailleurs des moyens de production et de distribution…

En d’autres termes, l’auto-administration a souvent été négligée dans les travaux des auteurs anarchistes.

La réhabilitation libertaire du politique est, à notre avis, le principal apport du municipalisme libertaire tel que l’envisagent Janet Biehl et Murray Bookchin. Ce n’est, certes, pas le seul : car cette idéologie sait également prendre en compte ce qu’on pourrait appeler l’« écologie urbaine », et prétend par ailleurs disputer aux forces de droite un terrain où elles ont malheureusement eu le vent en poupe, dans les dernières années. Examinons ces deux apports.

D’une part, la démarche municipaliste inclut bien sûr une réflexion sur l’aménagement du territoire urbain.

Comme le fait remarquer Janet Biehl, l’urbanisation à outrance fait dramatiquement obstacle à l’émergence ou à la réemergence d’espaces d’autonomie dans la cité : la formation de métropoles et de mégapoles absorbant les petites communautés, l’étalement des autoroutes, des centres commerciaux, des parcs de stationnement et des parcs industriels créant d’immenses ceintures urbaines sont « de mauvais augure pour le potentiel libertaire de la cité », et risquent d’avoir pour effet la destruction de la sphère civique. Dans un contexte où la gestion municipale s’assimile de plus en plus à la gestion d’une firme, une réaction civique est possible, croit J.Biehl. Mais quelle forme doit-elle prendre ? Parce qu’il se veut une philosophie politique révolutionnaire, et prétend évincer à la fois le capitalisme et l’Etat-nation, le municipalisme libertaire au sens de Bookchin et de Biehl refuse une restauration de la sphère civique qui passerait par une meilleure participation des citoyens aux processus étatiques, telle que l’envisagent les « libéraux » (au sens américain, c’est-à-dire la gauche libérale) : « assemblées municipales » électroniques, généralisation de l’usage de la pétition et du référendum, représentation proportionnelle… C’est dire qu’une bonne partie des mesures minimales que nous avons préconisées plus haut s’attireraient un jugement sévère de la part des municipalistes libertaires américains. Mais peu importe : l’important est que le débat soit ouvert.

D’autre part, le municipalisme dispute aux droites la « capitalisation » des humeurs anti-étatiques, et tente en un sens de les déplacer, de les « canaliser » dans un sens constructif. Déplorant que la mémoire des autonomies locales soit aujourd’hui plus souvent réanimée par des forces de droite que par les gauches (cf. la Ligue Lombarde italienne), Murray Bookchin et Janet Biehl distinguent bien « leur » municipalisme d’une révolte de contribuables ou de villes riches, qui feraient sécession pour ne plus avoir à soutenir financièrement les régions pauvres : l’auteur du Municipalisme libertaire avance même qu’il s’agit de canaliser les antipathies et les ressentiments des citoyens occidentaux à l’égard de l’Etat vers une révolte municipale « positive », vers des « buts éclairés » et non réactionnaires.

Là encore, la démarche « bookchinienne » n’est sans doute pas inintéressante.

On ne saurait, toutefois, ignorer les limites du municipalisme libertaire préconisé par Bookchin et ses amis. En premier lieu, leur projet d’identifier le champ politique démocratique (concept politique) à la commune (réalité politique, juridique et spatiale) n’amène-t-i1 pas Bookchin et Biehl à une vision objectiviste du municipalisme ? En termes clairs, n’adhèrent-ils pas à l’idée qu’un cadre municipal n’ayant pas trop souffert de l’urbanisation capitaliste se prêterait spontanément, de lui-même pour ainsi dire, à l’affirmation d’un espace public, d’une communauté partagée ? La possibilité de la communauté et la chance qu’elle se constitue seraient inscrites dans la réalité de la commune à l’échelle humaine, dans son espace, et quasiment dans son architecture. Certes, par le brassage qu’elle implique souvent, la ville favorise sans doute la construction d’un sentiment d’appartenance non-ethnique. Mais, s’il ne s’était pas développé des systèmes de représentation des « équipements mentaux » susceptibles de rendre possible un tel sentiment, bref, si l’histoire des groupes urbanisés ne s’y était pas prêtée, cette notion d’universalité n’aurait pas jailli du simple dispositif spatial de la ville. Or, l’idée qui se dégage de certains passages du Municipalisme libertaire est qu’il existe dans la communes une sociabilité spontanée, de nature libertaire, qu’il s’agirait de réveiller. D’où les aspects en même temps spontanéistes et éducationnistes de la théorie municipaliste – aspects qui appellent nos critiques.

En second lieu, la philosophie de l’histoire assez contestable des auteurs municipalistes fait des cités antiques et médiévales, ou encore des communes de la Nouvelle-Angleterre, un « moment » presque idéal d’une histoire perçue comme un grand récit linéaire, entre les tribus trop closes sur elles-mêmes et la démesure de l’urbanisation capitaliste. Ce schéma historique, et la place qu’y occupe la commune, feraient presque penser à la longue période d’équilibre vécue, selon Rousseau, par les hommes, entre l’état de nature pré-social (où les humains restent isolés) et le moment où apparaissent la démesure, l’orgueil et la propriété : on est censé observer une période « heureuse » entre deux périodes insatisfaisantes. Il faut ajouter cependant, pour être juste et nuancer cette appréciation : que, selon Janet Biehl, l’autonomie municipale, depuis Athènes, est sans cesse renaissante, et que, depuis l’émergence de l’Etat-nation, elle s’avère sans cesse en tension avec le centralisme qu’il implique : sa conception de l’histoire ne se réduit donc pas à une pure linéarité, à une succession de phases dessinant un grand récit. Cependant, la tension incessante entre l’autonomie municipale et l’autorité étatique n’est-elle pas une transposition du vieux schéma proudhonien, en vertu duquel le principe de liberté et le principe d’autorité s’affronteraient éternellement ? Auquel cas ce schéma idéaliste et transhistorique, réincarné sous l’espèce du couple formé par la commune et l’Etat, viendrait compliquer quelque peu, sans la rendre plus rigoureuse, une conception linéaire et normative de l’histoire.

Mais surtout, que penser des civilisations nomades, ou des sociétés qui ignorent la commune à l’européenne, dont les villages se constituent autour de larges parentés et de lignages ? Seraient-elles vouées au déficit démocratique et libertaire ? Ici, on peut se demander si une discrète touche d’ethnocentrisme ne vient abîmer la construction de Murray Bookchin et de Janet Biehl.

Peu importe la théorie, nous dira-t-on : le municipalisme libertaire ne dessine-t-il pas une stratégie de formation sociale alternative ? Là encore, les apports apparaissent avec évidence ; et les limites, ou les obstacles, se dessinent en filigrane.

Parce qu’elle prône une autogestion municipale dans le cadre d’assemblées où les citoyens délibéreraient face à face, Janet Biehl préconise l’instauration de proportions plus modestes pour les entités municipales, et, concrètement, la division des actuelles grandes cités en municipalités plus petites, par là plus faciles à gérer. Il s’agit de décentraliser le siège du pouvoir, en le faisant passer de l’hôtel de ville à divers « centres de quartiers » : de nouveaux espaces publics apparaîtront alors, mettant en œuvre, notamment, des orientations écologistes (espaces verts, jardins locaux) et sociales (transformation des activités non marchandes en activités à plein temps, sur un mode qui reste imprécis). Parallèlement, la décentralisation politique ira de pair avec une décentralisation physique – à savoir le démantèlement des infrastructures des grandes cités, au profit d’équipements de taille plus modeste : d’où, vraisemblablement, un meilleur équilibre entre ville et campagne (qui n’est pas sans évoquer le projet d’une synthèse entre ville et campagne, chère aux théoriciens anarchistes), entre vie sociale et biosphère.

Comme on l’a entrevu, les assemblées de citoyens, organisées par quartiers, qui prendront les décisions sur les questions d’intérêt commun, évoquent les grands précédents historiques que sont l’ecclésia athénienne, les communes médiévales, les assemblées de la Nouvelle-Angleterre et les sections parisiennes des années révolutionnaires.

Ici viennent alors à l’esprit les violentes critiques qu’adressait Proudhon aux partisans de la démocratie directe, ou plus précisément du « gouvernement direct » et de la « législation directe », nostalgiques des républiques antiques, et d’Athènes en particulier – comme avaient pu l’être les robespierristes imprégnés de la lecture de Rousseau. La gestion directe, telle qu’il la concevait, se distinguait donc de la démocratie directe. En quoi ? Et le municipalisme libertaire de Bookchin et de Janet Biehl est-il justiciable de cette critique proudhonienne, à supposer qu’elle nous semble valide ? Sans doute Proudhon, attentif au pluralisme social, ne concevait-il pas qu’une société dans son ensemble pût être confondue avec une vaste assemblée générale décisionnelle. Et il rappelait – ou posait – que seul l’esclavage avait permis au peuple athénien de se réunir si constamment en assemblée. De même, sensible au risque de manipulation du peuple, dont certains prétendaient faire le législateur direct, il demandait qui formulerait les questions posées au peuple législateur – car, manifestement, celui-là détiendrait le vrai pouvoir (2). Pour lui, la capacité politique des classes ouvrières s’illustrerait d’abord dans la gestion directe des moyens de production et de distribution, par le biais des « compagnies ouvrières », donc dans le cadre d’activités précises et pour satisfaire à des besoins ou à des intérêts précis : il se défiait avec raison d’une conception trop homogène ou uniforme de la société, et d’une prise de décision globale issue d’une volonté trop « générale ».

Mais, s’intéressant surtout aux aspects économiques de la transformation sociale à laquelle il travaillait, il a en partie tendu à réduire la sphère politique à « l’Etat », pour la récuser : et c’est bien, comme on l’a déjà dit, un des mérites du municipalisme de Biehl et Bookchin que de se ressaisir de la question du politique d’un point de vue libertaire. Quant aux dangers de manipulation, on ne peut guère accuser Janet Biehl de naïveté assembléiste : elle énumère précautionneusement les bonnes conditions de fonctionnement d’une assemblée de citoyens : obligation de compte rendu des mandatés, révocabilité, précision des ordres du jour… Et, se démarquant de la vision fusionnelle qui préside parfois, chez les libertaires, à l’instauration de la règle de l’unanimité – règle paralysante et inhibante au possible –, elle préconise la règle de la majorité (plus de cinquante pour cent des citoyens) pour valider les décisions collectives. Du reste, sa critique de la prise de décision par consensus unanimiste (avec ses risques de blocage minoritaire, ou au contraire d’autocensure des opposants) semble largement pertinente. Tant en ce qui concerne les risques de démagogie assembléiste qu’en ce qui concerne le pluralisme social, elle ne paraît donc guère tomber sous le coup des critiques que Proudhon adressait aux tenants de la « démocratie directe ».

Pourtant, son insistance sur le thème de la communauté, sur le face à face, et sur l’immédiateté des relations dans une cité à échelle humaine, nous amènent à nous demander si Janet Biehl n’adhère pas, en quelque façon, à l’utopie d’une société parfaitement transparente et réconciliée avec elle-même. En effet, le choix de la commune comme espace pertinent de démocratisation radicale suggère que, pour elle comme pour Murray Bookchin, la proximité implique des relations immédiates, c’est-à-dire sans médiations, avec les autres citoyens. Or, même si cet espoir ne nous semble pas complètement infondé (car une démocratie radicale est effectivement plus facile à envisager dans un cadre de proximité), la différenciation des fonctions, des champs sociaux, des rapports au temps, rend difficile une communication parfaitement transparente et immédiate entre citoyens. L’exigence, propre aux municipalistes libertaires, de réinventer un espace public démocratique, devrait donc s’accompagner du refus de l’illusion d’une grande fusion sociale ou d’une « réconciliation » de la société avec elle-même. Des assemblées de citoyens sans les dangers de l’assembléisme, sans l’illusion d’une société fusionnelle : voilà sans doute vers quoi nous devons tendre.

 

Notes

(1) Janet Biehl, Le municipalisme libertaire. La politique de l’écologie sociale, en français aux éditions Ecosociété, Montréal, 1998.

(2) Pierre-Joseph Proudhon, Idée générale de la Révolution au XIXème siècle, Edition du groupe Fresnes-Antony de la Fédération Anarchiste, 1979.

Rencontres internationales de St-Imier

Cet été aura lieu le 9ème congrès de l’Internationale des Fédérations anarchistes (IFA). Nous relayons ici un communiqué paru sur A-infos.

Site officiel de l’événement : www.anarchisme2012.ch.

 

« L’Internationale des Fédérations anarchistes (IFA) tiendra son IX° Congrès les 9, 10, 11 et 12 août 2012 à Saint-imier en Suisse.
En août prochain, se tiendra le congrès de l’Internationale des Fédérations anarchistes (IFA) à l’occasion des 140 ans du congrès de
St-Imier, en 1872, acte fondateur de l’Internationale anti-autoritaire. Ce congrès n’était pas spécifiquement anarchiste. Les résolutions adoptées n’en résument pas moins les points essentiels des principes au nom desquels Bakounine et d’autres s’étaient battus contre ceux qu’ils désignaient comme « autoritaires ». Véritable charte de l’anarchisme ouvrier, ces considérants voient dans l’organisation et la résistance de la classe ouvrière, produit de l’antagonisme entre travail et capital, le terrain d’action privilégié pour préparer l’émancipation du prolétariat. Depuis le monde a passablement changé, du moins sous certains angles. Une chose est sûre, le temps n’a en rien diminué l’oppression des puissants vis-à-vis des plus faibles.

Le congrès de l’Internationale des Fédérations anarchistes (IFA) se déroulera en même temps, et au même endroit, que les Rencontres
internationales de l’anarchisme (du 8 au 12 août 2012), à l’initiative de la Fédération anarchiste (FA), de l’Internationale des Fédérations
anarchistes (IFA), de la Fédération libertaire des montagnes (FLM), de l’Organisation socialise libertaire (OSL) et de la coopérative Espace noir de St-Imier.

Ces Rencontres internationales de l’anarchisme d’août 2012 seront l’occasion de faire le bilan de l’histoire du mouvement anarchiste, ses
idées, ses réalisations, ses espoirs, ses défaites ; ce qu’il en reste aujourd’hui ; les combats qui sont les siens et ceux qu’il partage avec
d’autres : antimilitarisme, antiracisme, anti-sexisme, autogestion, décroissance, éducation, féminisme, internationalisme, non-violence,
anti-autoritarisme, etc.

Depuis sa création, l’IFA continue de garder le même esprit de solidarité et d’internationalisme, à se référer au congrès de St-Imier et à ses résolutions :

« Le Congrès réuni à Saint-Imier déclare :

– 1° : Que la destruction de tout pouvoir politique est le premier devoir du prolétariat ;

– 2° : Que toute organisation d’un pouvoir politique soi-disant provisoire et révolutionnaire pour amener cette destruction ne peut être qu’une tromperie de plus et serait aussi dangereuse pour le prolétariat que tous les gouvernements existant aujourd’hui ;

– 3° : Que, repoussant tout compromis pour arriver à l’accomplissement de la Révolution sociale, les prolétaires de tous les pays doivent établir, en dehors de toute politique bourgeoise, la solidarité de l’action révolutionnaire. »

L’IFA a su évoluer, à la mesure de la croissance et de l’évolution du mouvement anarchiste au niveau international. Cette évolution n’est pas seulement quantitative mais, plus important, elle est aussi qualitative puisque, ensemble, nous continuons à inventer de nouvelles voies pour façonner cette solidarité internationale et agir de façon coordonnée contre les attaques et la violence des patrons, des États et des
religions. Notre internationalisme doit être à la hauteur des enjeux révolutionnaires que nous portons. Il doit marcher sur ses deux jambes : définition et diffusion de notre projet révolutionnaire ; construction d’alternatives sociales, économiques, de groupes de résistance populaires, de structures alternatives anarchistes. Les formes que des actions peuvent prendre sont aussi illimitées que notre imagination : du soutien réciproque contre la répression à la coordination d’initiatives, de l’aide mutuelle pour des projets autogérés aux campanes communes, du partage de savoirs et de ressources à l’organisation de mobilisations internationales, etc. Et ce n’est pas limité aux fédérations qui font partie officiellement de l’IFA, mais cette solidarité est aussi étendue à beaucoup d’autres groupes avec lesquels nous sommes en contact, à tout ceux qui agissent pour un futur libertaire pour la planète entière.

En août, nous allons passer un nouveau cap en façonnant cet outil au service des anarchistes du monde. Nous nous réunirons avec des camarades de nombreuses parties du monde. Nous apporterons une attention spéciale au développement du mouvement libertaire dans les pays hors du « monde occidental » et nous espérons qu’à l’issue du congrès de nouvelles initiatives émergeront qui contribueront à sa croissance. Les autres thèmes discutés seront l’immigration, l’anarcha-féminisme, la religion, l’émergence de nouveaux espaces militants et de nouvelles formes de luttes anarchistes, les luttes contre la crise, l’énergie, les expériences autogestionnaires, etc.

Bien que rien ne puisse se substituer au travail de milliers d’anarchistes réalisé chaque jour dans tous les coins du monde, dans les rues, dans les quartiers et les lieux de travail, propageant les idées libertaires et construisant l’anarchie, nous sommes certains que la coordination et la solidarité internationale peut aider dans cette tâche. Au moins, il est bon de se rappeler que nous sommes nombreux et que nous sommes partout. Si vous souhaitez plus d’informations ou simplement entrer en contact, vous pouvez envoyer un mail à iaf_ifasecretariat@yahoo.es ou consulter le site de l’IFA : www.i-f-a.org

Longue vie à la lutte internationale des opprimé.e.s et exploité.e.s !
Longue vie à l’anarchie !

Secrétariat de l’IFA »

Voir aussi : http://www.i-f-a.org/component/content/article/3-texts/41-st-imier-2012-international-anarchist-gathering.html

« Le choix de l’écologie sociale », Boursier & Chailan

« Le choix de l’écologie sociale : programme pour une transformation écologiste, égalitariste et libertaire » de Philippe Boursier et Philippe Chailan

Issu des Verts français, le groupe Ecologie Sociale (1997-2005) avait cherché à introduire une pensée écologique et libertaire pragmatique au sein du giron politique de l’Hexagone. Leur livre « Le choix de l’écologie sociale », paru en 2001, retrace en détail leurs idées et leur programme – ancré dans le contexte de l’époque, celui de la gauche plurielle française et du gouvernement Jospin (législature 1997-2002, sous la présidence de Chirac). Un contexte particulier où une leader des Verts, Emmanuelle Voynet, se retrouvait à participer au gouvernement dans le cadre de l’ouverture du PS aux divers courants de gauche. Une expérience jugée comme un échec politique et tactique. Le livre procède à une analyse critique générale, ministère par ministère, en pointant les problèmes existants et les possibilités de réformes envisagées (généralement à caractère radicales, « pouvant produire de l’irréversible dans la redistribution des capitaux ») .

On le remarque vite, un des points forts de cet ouvrage, qui compte quelques 200 pages bien fournies, c’est de se montrer très concret. Le parti pris des auteurs est celui d’un radicalisme pragmatique, ancré dans la réalité du terrain politique français. S’il s’inspire largement de beaucoup d’arguments avancés par Bookchin (Le municipalisme libertaire de Janet Biehl fait partie des références et un chapitre est consacré à ce thème, tandis que l’annexe finale se penche sur « Les apports et limites des conceptions de Murray Bookchin »), il cherche moins l’utopisme abstrait et les grandes promesses d’un monde meilleur. On est moins dans l’idéologie (l’anarchisme orthodoxe) que dans la volonté d’avancées concrètes et d’une vision très proche du terrain. Le projet se veut radical, mais réaliste. En cela, et par son approche programmatique très pratique (sans être du tout didactique en revanche, on n’est pas dans des marches à suivre mais bien dans une approche propositionnelle qui cherche un équilibre entre projet politique théorique et réalité du terrain), cet ouvrage représente une originalité bienvenue dans la littérature existante sur l’écologie sociale (et même libertaire de façon générale), qui perd en poétique ce qu’elle gagne en crédibilité. Les auteurs pensent en cela que l’utopie et les objectifs impossibles discréditent au final le projet anticapitaliste et, finalement, découragent (p.206).

Si Bookchin est cité comme référence, il en va de même de Bourdieu dont les auteurs reprennent l’analyse des différentes formes de capital. La société d’écologie sociale qui est présentée est bien une société où tous les capitaux (donc non seulement économiques, mais aussi culturels, sociaux, etc.) sont redistribués pour une meilleure égalité au sein de la société. Egalité définie comme une opposition à la centralisation des différentes formes de capital justement.

A travers ce « radicalisme pragmatique » se retrouve plusieurs concepts. Le groupe d’Ecologie Sociale affiche une volonté de dépasser « l’anti-étatisme mal pensé » des libertaires qui prive souvent la réflexion de « la redéfinition de l’espace public ». Dit autrement : ne pas être contre le pouvoir, mais penser le pouvoir contre la domination. (p. 6 et 8) et ne pas se croire hors du champ politique, tout en ayant bien conscience de sa position dominée au sein du système.
Quant à la notion de révolution, elle est également jugée peu adapté aux enjeux sociaux actuels (p.20) On est dans une « stratégie libertaire non-violente » qui cherche à déconstruire l’Etat, par une appropriation collective et la démocratisation radicale des secteurs publics (p.22). Une vision également fédéraliste, donc non unitaire autant que contre la fusion et l’indifférenciation.

Voici quelques exemples des (nombreuses) mesures proposées, touchant la sphère la plus globale :

–    Instauration de mandats plutôt que la délégation pour les élus politiques
–    Jouer au jeu institutionnel (pour la visibilité offerte) de façon critique, même en tant que minoritaires, (la recherche de postes est à considérer comme une recherche de la reconnaissance du nombre et des mandats plutôt que de la délégation – p.63) et sans tomber dans les stratégies institutionnelles. Et d’une manière générale, plus chercher la forme d’un mouvement que d’un parti.
–    Suppression de l’échelon des départements en faveur de l’agglomération et de la région (voire du pays).
–    Envisager un dirigisme contre « les capitaux » sans redistribution (p.111)
–    Réduction du temps de travail à 32 h en 4 jours (au niveau européen), accompagné d’une taxe des grandes entreprises pour soutenir les PME pour qui cela peut poser problème et d’une limitation stricte du nombre d’heures supplémentaires annuelles (donc moins de flexibilité autour de ces 32 h).
–    Réduire la TVA à 0 sur les produits de première nécessite et augmenter les taxes sociales (impôts sur le revenu, sur le patrimoine, intégrer les biens professionnels à l’impôts, etc.), taxe écologique (sur les engrais, les emballages, etc.) et introduction de la taxe Tobin
–    Plus de transparence et une démocratisation accrue dans les administrations d’Etat, par la transmission des dossiers entre les commissions, des bilans de mi-mandats (ou plus régulièrement). Transparence et démocratisation aussi pour casser « la corruption locale » dans l’attribution des marchés publics (copinage) et des subventions (p.150-151) en obligeant au choix collectif.

Ces mesures, on le comprend, sont autant de mesures à court terme allant dans la sens de buts de transformation plus profonde de la société à plus long terme. Le but n’est pas de s’arrêter là, mais bien de répondre de façon concrète à ces questions perpétuelles : Que faire ? Que proposer? Le livre, paru en 2001, est aujourd’hui un peu daté en ce qui concerne son contexte, mais ses propositions restent d’actualité.

Semaine Libertaire à Genève (décembre 2011)

Compte rendu de la semaine anarchiste sur le municipalisme libertaire
Genève, du 6 au 10 décembre 2011

Une réunion anarchiste s’est tenue sur cinq soirs (6 au 10 décembre) à la maison de quartier de la Jonction à Genève. Elle a été organisée par différents groupes anarchistes actifs sur Genève, dont les différents membres des équipes qui participent au Café libertaire, au Cinar, aux Jours de mai et aussi la librairie Fahrenheit451. L’affluence a été honorable, avec entre 20 et 50 personnes par soir environ. N’ayant pu être présent tous les jours, je vais faire un compte-rendu du jeudi et du samedi principalement.

Le jeudi 8, la soirée commençait par une présentation de Murray Bookchin. L’audience, clairsemée au départ, s’est rapidement remplie pour atteindre une quarantaine de personnes environ. La présentation a duré un peu plus d’une demi heure et peut-être téléchargée ici :

 

Texte de la présentation:

 

Il y avait semble-t-il un véritable intérêt des personnes présentes pour ces questions, notamment de la part de plusieurs personnes qui entendaient parler de Bookchin pour la première fois.
Le livre Une société à refaire a ensuite été présenté, avant de laisser la place aux questions. Parmi celles-ci, on a fait remarqué que bon nombre des textes de Bookchin, traduits et publiés au sein de l’ouvrage Pour une société écologique ne sont plus disponibles et qu’Une société à refaire est moins pertinent par certains aspects (notamment en raison du contexte dans lequel il a été écrit, avec les remarques à l’encontre des écologistes New-Age, deep ecology, etc. dont le propos entier est rejeté alors que des nuances pourraient être faites) que Post-Scarcity Anarchism, dont il faudrait publier la traduction en français.

 

A titre privé, on m’a aussi fait remarquer qu’il était dommage qu’aucun lien n’ait été recherché pour joindre à cet événement le groupe des indignés qui occupe actuellement un parc du centre-ville. Et c’est certain qu’il y aurait eu des liens à faire entre ces groupes qui restent distincts par plusieurs aspects.Vendredi 9, la discussion portait sur le municipalisme libertaire. Là encore, une bonne affluence a été relevée et le débat a été intéressant d’après les quelques échos que j’en ai eu. Malheureusement, en raison d’un problème d’enregistreur, la bande a été perdue.Un peu moins de monde pour le film et le débat le samedi 10, sans doute en raison de la tenue le même jour de la Fête de l’Escalade, le carnaval de Genève. La discussion annoncée dans le flyer sur la « Démocratie 2.0 » a été supprimée pour concentrer la journée sur le thème des exemples concrets de municipalisme libertaire. Un documentaire sur l’expérience de municipalisme libertaire à Spezzano Albenese (petit village du sud de l’Italie) a été présenté :

 

 

Différents propos de cette vidéo faisaient écho à d’autres récits que m’ont fait des militants portés sur l’idée du municipalisme libertaire. Un membre du groupe Kropotkine de la commune de Merlieux relevait lui aussi qu’une commune libertaire ne peut survivre en tant qu’îlot dans un monde capitaliste. Sans possibilité de répandre l’expérience, le modèle finit par échouer.
D’autre part, un membre du groupe de la Pointe Libertaire, à Montréal, m’avait aussi fait part d’un mode d’action similaire « en amenant le débat politique sur la place publique », notamment de la même manière en allant obtenir les PV des discussions du conseil communal et en faisant connaître les décisions et les points de vue. Un exemple concret d’actions qu’il serait possible de suivre. Une des femmes interviewées dans la vidéo soulève à juste titre que ce mode de gestion en commun et horizontale – « communaliste » pour reprendre le vocabulaire de Bookchin – des affaires qui concernent les habitants du village est logique. On peut effectivement envisager que beaucoup se font cette réflexion et en viennent à ces idées sans passer par le background anarchiste. Ce mode de gestion va de soi sous bien des aspects, souvent bien plus que le mode de démocratie représentative. Sans doute est-ce là aussi un argument à avancer en faveur du municipalisme libertaire.Beaucoup ont quand même fait remarquer la différence de contexte avec la Suisse. A Spezzano Albenese, les membres de la FMB soulèvent bien que les élus étaient tout puissants dans leur mandat pour prendre des décisions sur la gestion de la commune. En Suisse, les possibilités offertes par le droit d’initiative et de référendum laissent déjà une grande marge de manœuvre aux citoyens pour contester une décision ou proposer des lois en votation populaire.

Un autre point soulevé dans la discussion est le rôle important tenu par l’urbanisme dans le contexte politique. Deux cas de figure sont relevés : l’urbanisme utilisé pour empêcher les contestations et les rassemblements (avec l’exemple dans le film des places qui n’existent plus et qui permettaient aux gens de se rassembler), mais aussi son aspect positif : une infrastructure bénéfique est ce qui reste lorsque le mouvement périclite. Avec cette conclusion que l’urbanisation du territoire est importante, elle crée de facto le lien sociable et demeure un élément durable : quand c’est fait, on ne peut plus le changer. Pour le meilleur et pour le pire.

Ce point sur la résistance au temps a amené à se poser la question de la transmission des compétences et de la mémoire de cette expérience aux générations futures de Spezzano Albenese (et d’ailleurs). Que va-t-il se passer quand les « leaders » que l’on voit dans le film ne seront plus là ? L’intérêt va-t-il suivre ? Avec cette réflexion soulevée par un membre de l’assistance que le rôle des anarchistes est peut-être justement de maintenir la mémoire de ces exemples vécus pour éviter qu’ils ne tombent dans l’oubli.

La discussion a ensuite bifurqué hors du thème du film et a porté sur l’événement lui-même. Un débat a eu lieu au sujet du flyer diffusé, avec son « A » cerclé sur fond noir. Nous étions deux à exprimer que ce genre de visuel restreint les gens qui viennent à ces rencontres au seul « cercle anarchiste » (justement nommé) et qu’on évitait finalement de le distribuer à certaines connaissances potentiellement intéressées, sachant que la seule imagerie les ferait renoncer de venir. Les avis divergeaient, mais il est ressorti du débat qu’il fallait savoir ce qu’on voulait : soit organiser une réflexion large avec des gens de tous horizons, soit faire un débat au cœur du milieu anarchiste, auquel cas ce genre de flyers fonctionnent très bien.

 

 

 

 

L’idée de sortir de l’idée classique « débat + film » a aussi été exprimée. Avec la proposition de s’inspirer des actions du Scop le pavé (www.scoplepave.org) et ses conférences gesticulées.

Le besoin également de plus fédérer les associations sur Genève est survenu à plusieurs reprises dans la discussion. Avec toujours cette question : comment ?

Compte-rendu: Vincent