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Rencontres écosocialistes de Genève – janvier 2014

(Petit) écho des rencontres européennes écosocialistes de Genève

24-26 janvier 2014

 

 

Le groupe écosocialiste du parti de gauche genevois solidaritéS a organisé à Genève les premières rencontres écosocialistes européennes (http://alterecosoc.org). Une rencontre internationale pour amener les partisans de cette mouvance à former des liens et un réseau, en échangeant sur leurs luttes et les actions du moment.

[N.B. N’ayant pu assister qu’au dernier jour, je n’ai pas pu avoir une vue d’ensemble des débats qui y ont eu lieu.]

La conférence de Maxime Combes (d’ATTAC) en plénière le dimanche matin a intéressé passablement de monde. J’ai particulièrement apprécié son approche très humble du sujet. Maxime Combes n’a ainsi pas caché les limites de ses connaissances ou de son exposé sur les « Enjeux et luttes européennes ». Il y retraçait un petit tour d’horizon des différentes formes de conflits (qui ont tendance à se régionaliser), de leur nature (souvent défensive : contre les grands projets inutiles, contre le gaz de schiste, etc.) et la nécessité de créer un mouvement pour fédérer ces luttes, notamment au niveau européen.

Le débat qui a suivi a beaucoup focalisé sur le milieu syndical français. Connaissant mal ce milieu et les débats qui s’y tiennent, j’ai été surpris d’apprendre cette opposition à l’intérieur du mouvement syndical entre défense des emplois et défense de l’environnement. On prend conscience du long chemin à parcourir quand on annonce que « le grand progrès fait dans le milieu syndical est l’intégration de l’existence de la crise climatique » (si j’ai bien compris), mais que le besoin de sauvegarder les emplois amène encore beaucoup de centrales syndicales a adopter des postures anti-écolo (que ce soit pro-nucléaire, pro-gaz de schiste, etc.). Une volonté pragmatique de sauvegarder les emplois à tout prix que les écosocialistes rejettent, pointant plutôt un besoin de changer de paradigme. Mais à les entendre, le combat est loin d’être gagné d’avance et l’inclusion des syndicats dans la lutte pour l’environnement a encore beaucoup de chemin à faire.

Des ateliers qui ont suivi cette présentation, j’ai assisté à celui sur « La planification écologique, le contrôle démocratique et l’autogestion », animé par Mathieu Agostini et Fanny, membre d’Alternative Libertaire (qui a, j’imagine, remplacé Manuel Gari annoncé sur le programme). Celle dernière a commencé par présenter des thèmes importants dans la question d’une planification et répartition de la production (qui était un peu le thème central de l’atelier), avec un point de vue libertaire. On y retrouve :

–         la relocalisation de l’économie

–         un rééquilibrage entre les villes et les campagnes

–         le développement d’un système fédéral coordinateur, avec mandat impératif et tournant

–         la participation des citoyens aux décisions sur ce qui concerne les besoins fondamentaux

–         la nécessité de limiter l’agression sur le monde naturel (éviter l’épuisement des ressources)

–         la recherche d’une unité du territoire dans le domaine de la gestion, notamment pour éviter les oppositions comme producteur vs consommateurs, et reconnaître que chacun est potentiellement autant producteur que consommateur.

La question du « comment » n’a malheureusement que peu été abordée dans l’exposé et a amené bon nombre de questions dans l’assistance. Quelqu’un a ainsi très vite interpellé sur la manière (autoritaire ou non) d’amener ce rééquilibrage entre la ville et la campagne. Ce auquel la présentatrice a un peu maladroitement répondu « s’ils veulent manger, il faudra bien qu’ils aient à la campagne », ce qui a évidemment provoqué un certain remous dans la salle. Sa pensée sur le sujet n’a malheureusement pas pu être clarifiée.

Mathieu Agostini a lui parlé plus de la réappropriation des moyens de production par les travailleurs, dans des termes marxistes assez classiques. Avec l’exemple d’une usine de voitures qui serait nationalisée, avec des ouvriers amener à s’autogérer et qui commenceraient à remettre en question sa production, voir si elle pourrait produire autre chose, autrement, etc. Et les difficultés qui en ressortent. J’avoue m’être questionné sur la manière de présenter ce projet d’émancipation où, finalement, tout le processus (nationalisation, autogestion, proposition de la production – à nouveau, sa planification) est présenté comme venant du haut, avec « quelqu’un » (l’Etat ? les citoyens ? les consommateurs ?) venait les « libérer » et leur demandait ce qu’ils pouvaient faire, plutôt qu’une remise en question venant de l’intérieur qui ensuite s’élargirait.

 

Dans le débat, la question ville/campagnes a amené les premières discussions. Si la question de la décentralisation est pertinente, j’ai l’impression que le mouvement écologiste y a répondu depuis pas mal d’années déjà et je pensais cela ne faisait plus tellement débat. Que ce soit au travers de Bookchin, des théoriciens des Cité-jardin, des Villes en Transition et de plusieurs autres (écoquartiers, villes lentes, villes utopiques de Luc Schuiten, etc.), on peut aisément trouver des pistes pour amener à un rééquilibrage entre la ville et la campagne. Et cela sans directives autoritaires. Il est assez évident que bon nombre de citadins aujourd’hui déjà préféreraient vivre à la campagne, tout comme une écrasante majorité souhaiteraient plus d’espace naturels en ville. Rien qu’en suivant les aspirations individuelles, ainsi qu’en procédant à un rééquilibrage et une homogénéisation des lieux dédiés au travail, à la culture, au commerce et à l’habitation (car le point central du problème est bien celui-là), on peut amener à la création de lieux mixtes, qui allient les caractéristiques des villes et des campagnes, dans une fusion organique bénéfique à l’être humain comme à la nature. C’est surtout une question d’urbanisation, qui peut être décidé par un contrôle démocratique en considérant les besoins de chacun. Mais point de débat ici sur ces questions, on en est resté aux seuls prémisses.

Le deuxième point de débat a pointé une dichotomie apparente entre les deux présentations initiales. alors que Fanny d’Alternative Libertaire parle de relocalisation, Mathieu parle de nationalisation, tous les deux avec des visées de planification « soft » de la production (sous-entendu, se limiter à planifier les éléments de base – énergie, alimentation, etc. – mais pas toute la production). Un retour au socialisme coopératif des débuts, avant la grande centralisation et bureaucratisation de l’expérience soviétique, comme cela a été fait remarquer dans l’assistance.

A ce niveau, plusieurs ont mis en évidence autant l’impasse du localisme que celle du nationalisme. Le « local vs national » a semblé être le point d’achoppement pour beaucoup, notamment vis-à-vis de « qui décide », « à quel niveau », « on ne peut pas tout décider ni tout produire au niveau local », etc. Et là encore, j’ai eu le sentiment d’une méconnaissance de toutes les théories et les expériences faites, notamment par les anarchistes, sur le confédéralisme. Avec aussi peut-être une importante différence entre les militants français, vivant un système très centralisé, et les militants suisses, qui au travers du fédéralisme n’ont aucune peine à concevoir un modèle à plusieurs étages où les décisions se prennent au niveau où elles sont le plus pertinentes (locale, régionale, nationale, etc.). Et quand un membre québécois annonce qu’entre le système de planification nationaliste dans lequel s’inscrivait Mathieu et le modèle localisé anarchiste, presque autonome, qu’il lui a semblé comprendre dans la présentation de Fanny, il s’est interrogé (à juste titre à mon avis) sur la possibilité d’avoir un entre deux. La clé paraît effectivement être là, et cela encore j’aurais cru au consensus là-dessus dans ce milieu, plutôt qu’un débat, finalement stérile, entre le tout national et le tout local.

Au final, beaucoup de questions posées lors de cet atelier, mais peu de réponses ou d’échanges de points de vue, tant les interventions sont restées isolées et ne se répondaient pas forcément. On a posé les base du problème, mais personne n’a eu l’occasion d’y répondre, malheureusement, laissant passablement de frustration. Ce qui pousse d’ailleurs à remettre en question cette forme de débat-discussion, où trop souvent la discussion ne se fait pas et se résume à une addition d’avis et d’interrogations personnelles. Un problème qui revient souvent dans ce genre de débats.

Mon sentiment en définitive sur cette matinée allait dans plusieurs directions :

– Il y a encore (et toujours bien ancré) malheureusement une reconnaissance de la valeur sacrée du travail, notamment dans les milieux syndicaux. On se bat encore beaucoup pour les places de travail, alors qu’il faudrait se battre pour réduire la place allouée au travail. « La société civilisée s’acharne à créer du travail, alors qu’elle dispose de toutes les ressources nécessaires pour bien vivre avec moins de travail qu’auparavant. » analysait très justement Jean-Pierre Gallou dans son Petit traité utopique (éd. Ecosociété, p.39) Un principe suivi par la posture officielle des écosocialistes d’ailleurs, un des intervenants ayant ainsi rappelé qu’on pourrait ne travailler que deux heures par jour. Il y a là vraiment quelque chose à revendiquer et des mythes à briser, notamment à gauche, si on veut relancer le projet socialiste.

– les écologistes sociaux, les libertaires et les écologistes radicaux, de par leur recherche sur le confédéralisme, le localisme, ont beaucoup à apporter au débat écosocialiste. Il y a des liens à faire pour présenter les moyens de gestion qui existent dans le but de gérer une société sans système étatique bureaucratique et sans créer des îlots locaux autonomes et autosuffisants. Le modèle confédéral est un moyen pour permettre de gérer démocratiquement (et même en démocratie directe) une société entière, en décentralisant la gestion globale des moyens de production et de prise de décision politique. Cela par le rassemblement, effectivement, des producteurs et consommateurs, c’est-à-dire de toutes les personnes concernées par une décision quelle qu’elle soit. Cela a été expérimenté, il faut le rappeler, mais doit l’être encore et la question ne devrait pas se poser sur le « national ou le local », mais sur un modèle à niveau et des moyens de décentraliser ces éléments dans le contexte actuel.

– Sur la forme enfin, il y a une réflexion à avoir sur le déroulement des ces débats : comment limiter les interventions (« la démocratie, c’est laisser les autres parler » a lancé quelqu’un, avant malheureusement de lui aussi tenir un peu longtemps le micro) ? Comment faire en sorte qu’ils se répondent, c’est-à-dire qu’on avance dans les débats ? Toutes les propositions sont ici bonnes à prendre. Ici, il est certain que la grande affluence – bien plus nombreuse qu’escomptée pour ces rencontres – a amené trop de gens dans les ateliers et est en partie responsable du phénomène. Mais en dehors de la taille, d’autres pistes sont à voir. Au Québec par exemple, dans les milieux progressistes, il est de coutume assez répandue de faire alterner les orateurs masculins et féminins lors des questions, cela pourrait aussi être une avancée que ce ne soit pas toujours les mêmes qu’on entend. Il pourrait y avoir un rapporteur, ou quelqu’un mandaté pour synthétiser les propos tenus, forçant indirectement ceux qui prennent la parole à s’adresser aussi à lui et donc de devoir être clair et synthétique. Et sûrement d’autres choses à creuser, pour permettre une réponse rapide à un propos tenu, ou pour favoriser ceux qui veulent rebondir sur quelque chose avant de partir sur d’autres thèmes.

Hormis ces détails, ces journées ont visiblement été un succès, notamment au vu du travail important fourni par les organisateurs, et la rapidité avec laquelle cette manifestation a été mise en place. Une nouvelle édition a été annoncée en fin de séance en Espagne pour 2015. Affaire à suivre.

 

 

 

Pour aller plus loin sur le sujet : Laure Devleeshouwer, « Ecosocialisme ou écologie sociale ?« .

Réédition : « Le municipalisme libertaire », de Janet Biehl

C’était annoncé depuis un moment et c’est maintenant d’actualité : l’excellent livre de Janet Biehl, Le municipalisme libertaire (trad. de The Politicis of Social Ecology) a été réédité chez Ecosociété. Une bonne chose, car le livre était épuisé depuis longtemps ! Il est sorti en octobre 2013 au Québec et en décembre en Europe.

Ce livre est un peu le manifeste politique de l’écologie sociale. Il résume les idées de Bookchin à ce sujet et les expose d’une manière claire et engageante (ce qui n’enlève rien). Il peut être considéré comme un résumé de Urbanization Without Cities.

Une édition revue avec une nouvelle préface d’Annick Stevens, de la revue Réfractions.

Les annexes, dont l’interview de Bookchin et le programme politique des Verts de Burlington ont été conservés. Tant mieux !

 

Quatrième de couverture :

« Projet politique élaboré par le philosophe Murray Bookchin (1921-2006) pour donner une armature institutionnelle à son programme d’écologie sociale, le municipalisme libertaire propose une solution de rechange radicale à nos démocraties représentatives en déliquescence : une démocratie participative, directe, exercée au niveau local grâce à une profonde décentralisation du pouvoir. En quinze courts chapitres, Janet Biehl présente avec clarté cet ambitieux projet, dans ses aspects tant théoriques que pratiques.

À la différence de beaucoup d’anarchistes, Bookchin reconnaît un rôle aux institutions politiques, du moment qu’elles favorisent la liberté. Les municipalités recèlent selon lui un tel potentiel. Celles d’aujourd’hui ne sont qu’un pâle reflet des fières cités qui, de la polis athénienne aux towns anglo-américains en passant par les villes médiévales, ont fait le pari de l’autogestion citoyenne. Janet Biehl en retrace l’histoire, à la recherche non pas de modèles, mais de matériaux pour reconstruire un champ politique dynamique dans le cadre d’une confédération de municipalités, la « commune des communes ». Elle détaille ensuite les défis concrets qui attendent un mouvement municipaliste, notamment l’opposition inéluctable du système capitaliste et de l’État-nation.

Comme le souligne la philosophe Annick Stevens en préface de cette édition révisée, « Janet Biehl nous aide à ancrer la quête de l’autonomie politique dans la meilleure part de notre héritage historique, à anticiper toutes les difficultés qui ne manqueront pas d’accompagner ce long processus, et surtout à retrouver l’énergie et l’enthousiasme sans lesquels il n’est pas de changement radical possible ». »

Le confédéralisme municipal kurde

Le mouvement kurde met en application les idées de Bookchin

 

Deux traductions ont vu le jour sur le développement d’une forme concrète d’application du modèle d’organisation politique « communalistes » de Bookchin (développement d’un réseau de communes confédérées et administrées en démocratie directe) parmi les populations Kurdes. Il s’agit-là sans doute du développement contemporain et à relativement grande échelle le plus encourageant de l’écologie sociale actuellement. De nombreuses personnes s’étant rendues en Turquie ont rapporté à quel point les idées de Bookchin trouvaient là un écho favorable et une concrétisation réelle à l’échelle locale.

Malgré le contexte très particulier de cette région de la Turquie, il sera intéressant de suivre ce développement et voir quels enseignements peuvent en être tirés pour développer le système ailleurs.

Pour en savoir plus :

http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1410

http://populaction.com/le-mouvement-kurde-des-assemblees-locales-le-confederalisme-democratique-comme-projet-politique-transnational/

Revue de presse: « Murray Bookchin et l’écologie sociale »

Revue de presse :

 

Retours rencontrés dans les médias suite à la sortie du livre « Murray Bookchin et l’écologie sociale » de Vincent Gerber. La page sera complétée au fur et à mesure, n’hésitez pas à nous avertir si des références sont manquantes.

 

JOURNAUX :

– Michel Lapierre, « Bookchin, père de l’écologie sociale », Le Devoir, 9 mars 2013.
– Philippe Bach, « Vernissage d’un ouvrage sur Murray Bookchin », interview de Vincent Gerber, Le Courrier, 18 mai 2013.
– Extraits d’un chapitre dans L’An 02, N°4, été 2013.
L’écologiste, n°40, vol. 14, n°2, été 2013.
– P. T., La Décroissance, N°101, juillet 2013.
– Antoine Lagneau, « Ecologie sociale et Transition » (interview de Vincent Gerber), in Mouvements, N°75, automne 2013.

 

RADIOS :
– C. Passevant, « Chroniques Rebelles », Radio Libertaire, interview de Vincent Gerber, 8 juin 2013 :

 

-Gilles Souhlac, Radio Cité, Interview de Vincent Gerber :

Première émission 25 avril

Seconde émission 2 mai

Troisième émission 9 mai

 

INTERNET :

Facebook
Compte rendu site Murmures
Compte rendu site Helvete Underground

Publication: « Murray Bookchin et l’écologie sociale », de Vincent Gerber

On annonce la parution aux éditions Ecosociété de « Murray Bookchin et l’écologie sociale » de Vincent Gerber, le 19 février au Québec (en avril en Suisse et début mai en France). Le livre retrace la vie et l’oeuvre de Murray Bookchin, montrant le contexte de l’émergence de ses principales idées et leur évolution. Il cherche aussi à ouvrir l’écologie sociale à ses différents acteurs, outre Bookchin, pour montrer leur contribution au mouvement dans son ensemble.

C’est quelque part le premier ouvrage francophone sur l’écologie sociale de Bookchin qui ne soit pas une traduction. Et comme ça faisait aussi très longtemps qu’aucun ouvrage n’était paru sur le sujet, il va être intéressant de voir l’accueil qui lui sera réservé par le public québécois et européen.

Couverture de "Murray Bookchin et l'écologie sociale"

Vincent Gerber, Murray Bookchin et l’écologie sociale – Une biographie intellectuelle, éd. Ecosociété, 2013, 184 pp.

Extrait de la préface :

La vie de l’écologiste Murray Bookchin aura été exem­plaire. Son engagement politique et théorique constitue un modèle de profondeur et de courage. Indépendamment du destin que l’avenir réserve à sa doctrine, indépendamment du souvenir des disputes intellectuelles auxquelles il a participé, Murray Bookchin restera une référence majeure pour quiconque s’inté­resse aux causes de la crise écologique et à son dépassement. Ma rencontre avec ce personnage, il y a une vingtaine d’années, a été mémorable et continue d’être une source d’inspiration.

Malgré la maladie, Murray Bookchin avait accepté d’organi­ser un séminaire avec un groupe de quatre jeunes écologistes dont je faisais partie. Il nous reçut dans son modeste appartement de Burlington, au Vermont, où s’empilaient partout des livres. L’espace y était si exigu que sa conjointe, également engagée dans la théorie sociale, se coupait du flux de paroles trop souvent entendues en portant ces coquilles auditives que l’on retrouve sur les chantiers de construction ; elle pouvait ainsi vaquer à ses propres occupations intellectuelles. C’est assis sur son lit, où ses os le faisaient moins souffrir, que Murray Bookchin engageait la conversation, volubile, généreux, souvent professoral, certes, mais toujours soucieux d’établir un dialogue sur les sujets et les polé­miques qui nous concernaient. Et ce qui nous inquiétait, alors, c’était de comprendre les racines sociales de la crise écologique, d’y entrevoir, par-delà les abîmes qu’elle laissait présager, des solutions pleines d’espoirs d’émancipation pour l’humanité. Tel était le programme de ce séminaire d’écologie sociale.

Murray Bookchin était doté d’une vaste culture et d’une indignation authentiquement révolutionnaire. Il nous parlait à la fois de ses souvenirs plus ou moins amers concernant le mouve­ment communiste du XXe siècle ainsi que de ses inquiétudes face à l’avenir de l’Occident, sous l’emprise d’une culture américaine en décrépitude et d’une globalisation mortifère du capitalisme. Il savait que nous vivions une époque difficile pour toute perspec­tive de transformation politique, mais cette difficulté n’était pas pour lui une raison suffisante pour désespérer. Malgré l’urgence de la situation, il fallait être disposé à une certaine patience : « quand le contexte lui parut bouché, nous dit-il, Lénine partit étudier avant de se réinvestir dans la révolution ! » Constatant la faillite de la pensée critique face au néolibéralisme – idéologie qui pouvait encore au début des années 1990 se réclamer sans trop de contestation de la fin de l’histoire – Murray Bookchin nous avait bien signifié qu’une compréhension plus précise du capita­lisme était plus que jamais devenue nécessaire. Autrement dit, l’échec du marxisme traditionnel obligeait un passage à une activité théorique préalable à toute réactivation de luttes poli­tiques prenant au sérieux le dépassement de la crise écologique.

***

Il apparaît évident que le contexte actuel, qui réunit à la fois crise économique mondiale, crise écologique et crise du sens, suscite le besoin de s’ouvrir à des pensées radicales comme celle de Bookchin. Aux grands maux les grands moyens ! En effet, devant le douloureux spectacle des défaillances de la civilisation occiden­tale, où semble étrangement se normaliser l’état permanent de crise, une remise en question majeure des pratiques humaines n’est-elle pas rendue nécessaire ? Ne faisant aucune concession aux modes idéologiques ou aux reconnaissances académiques, Murray Bookchin nous convie à travers son œuvre à porter notre regard au loin pour réfléchir sur les causes du dysfonctionnement de l’activité humaine dans l’habitat terrestre, qui rend pourtant celle-ci possible. Même si Bookchin l’a formulé il y a plus d’un demi-siècle, ce problème n’est pas suffisamment abordé de nos jours avec la profondeur qu’il mérite. Au contraire, les tentatives de résolution de la crise écologique semblent résister plus ou moins consciemment à toute remise en question sérieuse de la structure sociale, c’est-à-dire sa hiérarchie politique et son écono­mie productiviste, qui sont responsables, selon Bookchin, de la destruction de la biosphère ainsi que de la pauvreté de la majorité des Terriens. Or, le refus obstiné de prendre acte des analyses et des synthèses de l’écologie sociale, tout comme des autres cou­rants de la mouvance écosocialiste, se manifeste à notre époque sous deux principales formes à la fois différentes et complémen­taires : l’environnementalisme technocratique et le radicalisme éthique. L’environnementalisme technocratique consiste en ce que l’on rencontre communément sous l’appellation de « développe­ment durable », tandis que le radicalisme éthique, plus discret parce que plutôt individuel, peut être mystique – comme la deep ecology tant abhorrée par Bookchin – ou non.

Si l’environnementalisme donne l’impression d’être optimiste dans sa visée de « sauver la planète », par une seule amélioration de la gouvernance qui maintiendrait l’actuel mode de produc­tion, le radicalisme éthique, quant à lui, mène au contraire à un pessimisme où de belles âmes se complaisent dans la certitude intérieure d’avoir bien diagnostiqué que l’humanité courait à sa perte dans sa folie de dominer la nature. Or l’une et l’autre de ces deux postures, à première vue opposées, partagent en fait le même défaut qui consiste en l’absence de remise en question politique des structures sociales. Qui plus est, l’idée d’entrevoir l’horizon d’une société postcapitaliste n’effleure même pas les esprits verts, qu’ils soient optimistes ou pessimistes. Si les tenants de ces deux postures, qui ont pourtant à cœur l’avenir des éco­systèmes, se révèlent impuissants à infléchir quoi que ce soit dans le cours des choses, c’est parce qu’ils admettent implicitement la naturalisation de la démocratie libérale et du capitalisme. Une telle naturalisation en vient donc à rendre plus plausible dans l’imaginaire social la représentation de la fin du monde que celle d’une société postcapitaliste.

Tandis que le radicalisme éthique ou mystique est moins pré­sent sur la scène publique – puisqu’il s’agit d’une ascèse indivi­duelle de survie qui tend à se couper du monde corrompu –, l’idéologie floue du développement durable, quant à elle, tient le haut du pavé médiatique depuis le Sommet de Rio de 1992. C’est donc depuis vingt ans que les promoteurs du développement durable nous offrent le spectacle répétitif de leurs échecs accumu­lés. Or, ces promoteurs que l’on retrouve dans les principales organisations environnementales respectables et les administra­tions publiques encore épargnées par les plans d’austérité ont toujours justifié leur posture au nom du pragmatisme. Opposés aux « idéologues » de l’écologie sociale, de l’écosocialisme ou de la décroissance, ils prétextaient que l’urgence de la crise écolo­gique imposait la nécessité de participer au jeu de la démocratie libérale et du capitalisme. Leur raisonnement est le suivant : puisque la contestation des structures sociales risque de confiner l’écologisme dans la marginalité et de laisser ainsi libre cours à la destruction des écosystèmes, vaut mieux épouser les exigences normatives des « partenaires » représentant l’ordre dominant.

Bien que cet argument ait gagné l’adhésion d’un grand nombre des militants environnementalistes, pour un écologiste anticapita­liste et antiautoritaire comme Bookchin, une telle option était a priori vouée à sa perte. S’il pouvait jadis prétendre à une certaine rationalité, le développement durable est aujourd’hui réfuté par le réel : son échec est patent ; il est temps d’en finir avec ce slogan pour gens d’affaires et politiciens en sursis. Ceux et celles qui de bonne foi y croient encore courent ainsi le risque de ne pas être acquittés par le tribunal de l’histoire, si l’état futur de la biosphère en permet la tenue. Étant donné que l’une des vertus de la conscience écologique est la prise en compte des générations futures, il est donc permis d’espérer que les environnementalistes rectifient le tir en s’ouvrant à des pensées comme celle de Bookchin. Serait ainsi évitée leur condamnation par nos arrière-petits-enfants – ou les enfants qui ont eu le malheur d’être nés aujourd’hui dans l’un de ces multiples enfers sociaux et environ­nementaux se trouvant à l’extérieur de la « zone piétonnière du capitalisme mondial », comme dirait le regretté Robert Kurz, que constituent l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord.

Si les rangs de l’écologie radicale demeurent pour l’instant assez réduits, des signes avant-coureurs permettent toutefois d’entrevoir un changement à cet égard. Ainsi, à la veille du Sommet de Rio+20 à l’été 2012, le biologiste canadien de répu­tation mondiale, David Suzuki, affirmait avec amertume que l’environnementalisme avait échoué. Un lecteur de Bookchin ne peut qu’être d’accord avec ce qui a toujours paru comme une évidence. Malgré sa colère et son intelligence, monsieur Suzuki, comme bien d’autres scientifiques éclairés, ne semble pas avoir osé critiquer la structure sociale dominante, c’est-à-dire la démo­cratie libérale et le capitalisme. Non, car le « fétichisme » de la marchandise et la « naturalisation » des organisations technocra­tiques font sentir à la conscience commune que la logique tech­nico-économique dominante est indépassable. C’est cet état de fait que certains penseurs critiques commencent à qualifier de totalitaire. Totalitaire, non pas dans le sens archaïque du nazisme et du stalinisme, mais en ce que des pans entiers de la vie humaine et de la nature semblent inexorablement voués à une marchandisation ou à un traitement managérial. Totalitaire dans la mesure où tout ce qui se manifeste en opposition au capita­lisme est ou bien rejeté dans le néant symbolique de l’absurde, ou bien en attente d’être supprimé d’une façon ou d’une autre, c’est-à-dire par les mensonges médiatiques, les gaz lacrymogènes ou les projectiles de drones. C’est sans doute devant la crainte de perdre la face dans cet univers de sens saturé de l’éther néolibéral que des savants respectables, qui n’ont pourtant plus rien à perdre pour la réussite de leur carrière, ne risquent pas (encore ?) d’opter pour une pensée radicale comme celle de Murray Bookchin ou des écosocialistes.

[…]

Face à l’imbroglio actuel dans lequel nous a plongés la naïveté du développement durable et duquel ne nous sortira pas l’éthique environnementale, des pensées comme celle de Bookchin sont donc promises à un grand avenir. À la lecture du présent livre il sera possible de prendre connaissance des fondements de l’écolo­gie sociale qui est l’une des premières pensées politiques à avoir affirmé qu’une seule et même cause expliquait la crise écologique et la misère sociale, et que la résolution de ces contradictions ne s’effectuera que par la transformation des structures sociales, notamment par le dépassement du capitalisme.

[…]

Somme toute, l’écologie sociale de Murray Bookchin peut encore contribuer aux pratiques de l’écologie politique radicale. Malgré son succès mitigé, plusieurs de ses éléments demeurent et demeu­reront actuels. C’est d’ailleurs pour cette raison que le présent ouvrage de Vincent Gerber renferme un intérêt indéniable pour réfléchir sur les causes de la crise écologique et sur les préfigura­tions de pratiques concrètes qui contribueraient à sa résorption. En plus d’effectuer une synthèse sans concession, cette « biogra­phie intellectuelle » de Bookchin offre au lecteur francophone un accès inédit à des ouvrages non traduits ou devenus inaccessibles. Sa facture originale, qui conjugue les épisodes de la vie d’un militant avec les développements théoriques de sa pensée, permet aussi de prendre connaissance d’une existence totalement dédiée à l’engagement politique. On y trouve donc des sources d’inspi­ration aussi bien intellectuelles qu’existentielles, ce qui rend tout à fait palpitant la lecture de ce livre.

Jean-François Filion
Professeur de sociologie à l’Université du Québec à Montréal

Publication: « Reconsidérer Bookchin », d’Andy Price

Reconsidérer Bookchin :

l’écologie sociale et la crise actuelle

 

 

Couverture du livre d'Andy Price

 

Avant d’ouvrir le nouveau livre d’Andy Price, on pouvait avoir quelques appréhensions. Un livre ayant pour projet d’apporter un éclaircissement (et une réponse) aux différents débats et commentaires ayant eu lieu sur les écrits de Murray Bookchin pouvait avoir deux conséquences : soit apporter, peut-être pas le mot de la fin, mais au moins une conclusion constructive et intelligente à la série de polémiques qui ont entouré l’écologie sociale depuis la fin des années 80 (avec les mouvements de l’écologie radicale en premier lieu, principalement avec la deep ecology, et avec les anarchistes par la suite) et permettre de tourner la page. Ou alors, au contraire, ramener une fois encore les projecteurs sur ces débats-là et s’y enliser plutôt que de progresser.

Force est de constater qu’Andy Price est parvenu à traiter le sujet intelligemment. Son intention se révèle bien de ne pas juste en « remettre un couche », mais bien de clarifier le débat, dans le but d’éclaircir le propos dans ce qu’il a pu avoir comme intérêt réel. Et cela en séparant les critiques valables faites à Bookchin de toute une littérature l’attaquant personnellement et lui prêtant des intentions peu objectives. Sans pour autant masquer le fait que Bookchin lui-même porte sa part de responsabilité dans le déraillement de ces deux débats.

Andy Price est impliqué dans le mouvement d’écologie sociale depuis un certain temps. On notera qu’il était notamment à l’origine de l’International Social Ecology Network Gathering qui s’est tenu à Dunoon, en Ecosse, en 1995. Ce livre est semble-t-il son premier ouvrage d’importance, après différents articles sur le sujet.

Recovering Bookchin est séparé en deux volets principaux : le premier consacré au thème de l’écologie et de la philosophie de la nature de Bookchin. Price juge la validité de cette pensée (ou, plus justement, l’absence de contradiction « fatale » qui l’invaliderait complètement, comme cela a souvent été prononcé) à la lumière de la littérature critique qui a émergé après les prises de positions de Bookchin en 1987 à l’égard de la deep ecology avec son texte « Ecologie sociale vs. Écologie profonde : un défi pour le mouvement écologiste » [récemment traduit dans Emilie Hache (dir.), Ecologie politique : cosmos, communautés, milieux, éd. Amsterdam, 2012]. Le second volet, plus court, concerne la pensée politique de Bookchin, également jugée en rapport aux commentaires produits, alimentés cette fois par le pamphlet « Social Anarchism vs Lifestyle Anarchism : An Unbridgeable Chasm ». Deux polémiques qui se sont succédées et qui se montrent en lien direct l’une et l’autre.

Le fond de l’étude de Price, c’est la constatation faite que les deux débats ont engendré surtout des réponses sur le ton des articles de Bookchin, ainsi que sur sa personnalité et ce qui fut considéré comme ses ambitions personnelles. Très rarement seulement le fond de la critique émise par Bookchin n’a été adressée, alors qu’elle se montrait souvent très valable et argumentée, ce que Price va s’efforcer de prouver. Le livre se veut très détaillé et un grand nombre de commentateurs sont cités : Damian White, John Clark, David Watson, Bob Black, Robyn Eckersley, Joel Kovel, Robert Graham, R.W. Flowers et bien d’autres encore. Une liste pas loin d’être exhaustive pour ce qui est des commentaires en langue anglaise, pour autant qu’on puisse en juger. Pour chacun, l’auteur réfute par les textes de Bookchin les accusations objectivement erronées, les attaques personnelles et les commentaires clairement déplacés pour faire ressortir les remarques les plus pertinentes portant sur la pensée elle-même.

Si le recensement des critiques et leurs commentaires n’intéressera sans doute pas tout le monde, Price se montre le plus pertinent quand vient le moment d’aborder les réponses aux remarques les plus à propos. Sous la forme de précisions et de rappels de ce qu’est vraiment le projet écologiste sociale, Price explique Bookchin, et il le fait bien. Il en ressort un effort de clarté qui a souvent manqué dans les œuvres du père de l’écologie sociale. Price apporte effectivement ce qu’on espérait trouver dans son livre : une synthèse au débat (surtout pour celui concernant le volet écologique) qui permet d’y voir plus clair sur les propositions de l’écologie sociale, ce qu’elle englobe et ce qu’elle critique. Il rappelle notamment le fait souvent laissé pour compte que l’écologie sociale en tant que projet ne représente pas un modèle fini, ou abouti, mais se veut un processus. Il n’y a donc pas pour ambition d’apporter une réponse à tout et une large part des critiques faites à son système politique devront trouver des solutions créatives par les gens qui auront à le mettre en place. Avec leur lot de tâtonnements, d’erreurs et d’ajustements.

Le livre ne se cache pas d’être une défense de Bookchin et de ses thèses, mais une défense qui se veut honnête et se révèle assez objective et solide dans ses argumentations. On lui reprochera juste un style un peu répétitif parfois, en particulier dans la volonté de prouver que telle ou telle affirmation est fausse ou a été parfaitement réfutée et des affirmations peut-être trop catégoriques. Si Price défend Bookchin, il n’en dresse pas un portrait idéalisé non plus. Sur le deuxième volet notamment, l’auteur note assez justement que « Social Anarchism vs. Lifestyle Anarchism » est moins pertinent que les précédents pamphlets du genre écrits par Bookchin ; le théoricien anarchiste s’y montrant moins précis, plus dur et dénigrant au niveau du ton. Il aurait fallu montrer plus d’empathie nous dit Price, constatant qu’il est assez normal de se tourner vers le style de vie dans un tel contexte social réactionnaire. Il aurait été plus judicieux selon lui de se montrer compréhensif, chercher à aider, et guider, ces militants, avec des idées, plutôt que les rabrouer.

Au final, Recovering Bookchin se veut assez technique et référencé. Il s’adresse principalement aux personnes qui connaissent déjà bien l’œuvre de Bookchin et cherchent à approfondir le sujet, et sans doute à ceux également qui ont lu cette importante littérature critique des prises de position de Bookchin et cherche à y voir plus clair. Il permet une meilleure compréhension de l’écologie sociale dans sa globalité autant que dans ses détails, et est en cela un des premiers ouvrages à le faire.

Andy Price, Recovering Bookchin : Social Ecology and the Crises of Our Time, Porsgrunn, New Compass Press, 2012.
www.new-compass.net

Tordères tente une expérience de démocratie directe

Nous relayons une interview de la maire de Tordères, petit village des Pyrénées (180 habitants), qui a cherché à révolutionner son mode de fonctionnement politique traditionnel pour un système plus participatif incluant, cherchant à inclure la population dans les prises de décision.

L’article se trouve à l’adresse suivante :
http://www.article11.info/?Torderes-commune-autogeree-mode-d

Projet documentaire : « Bookchin on Bookchin »

Site du projet :

Communiqué de Mark Saunders:

« Bookchin on Bookchin est un documentaire indépendant sur la vie et l’époque du penseur politique américain Murray Bookchin qui fonda le mouvement d’écologie sociale. Notre but est d’explorer les influences de cette réflexion unique dans l’histoire de la pensée politique moderne. Le documentaire espère expliquer le développement de la pensée de Bookchin au travers de son parcours personnel décrit par Bookchin lui-même au cours des heures d’interview qu’il nous a accordées dans sa résidence du Vermont, ainsi que sa dernière apparition publique à Montréal. Bien que Bookchin était inquiet à l’idée d’ainsi créer un culte de la personnalité, sa biographie permet de mieux comprendre des points essentiels dans le développement de la pensée politique radicale et de recontextualiser la naissance de l’écologie sociale. Nous sommes actuellement en train de faire le film mais avons besoin de votre aide pour le terminer.

Le réalisateur de Bookchin on Bookchin est Mark Saunders, un documentariste indépendant primé, un activiste et un écrivain actif dans le milieu depuis plus de 20 ans. Il dirige actuellement Spectacle Productions, une compagnie indépendante basée à Londres depuis 1990. Il peut compter parmi ses clients Amnesty International, Channel 4, The Rowntree Foundation, ou encore the Howard League for Penal Reform. Ses films précédents sont The Truth Lies in Rostock, The Battle of Trafalgar, Exodus from Babylon and Despite the City. Ils ont été montrés à la télévision et dans des galeries dont la Tate Britain, la National Film Theatre, l’Institute of Contemporary Art, le Musée des Beaux-Arts, le National Media Museum and la Photographers Gallery.

Pourquoi participer à ce projet?

Un film sur Murray Bookchin est important afin de préserver sa pensée et dévoiler des facettes de sa personnalité jusque là peu connues du grand public. Vous supporterez une production complètement indépendante sur un homme remarquable qui pensait que l’action politique locale était nécessaire, anticipant de plusieurs décades des mouvements des années 2010s tels que le Printemps Arabe, ou encore le mouvement Occupy. Le climat politique et social actuel est tout à fait propice à la réévaluation de la pensée de Bookchine.

Comment votre contribution va-t-elle aider le projet?

Nous sommes une ASBL indépendante et chaque contribution sert à couvrir les coûts de production. Ce film n’est pas une commande et n’a reçu aucun financement officiel. Chaque dollar servira donc:

– à la post-production, au montage et à la masterisation
– aux droits pour la musique
– aux archives
– à la promotion du film

Nous visons le prix minimum auquel ce documentaire peut être réaliser, mais nous espérons recevoir plus afin d’améliorer la qualité du film. Chaque cent est utile!
http://www.indiegogo.com/Bookchin

Autres contributions possibles :
Parlez de ce projet autour de vous, partagez notre vidéo facebook, bloggez et tweetez. Les commentaires et idées nouvelles sont les bienvenus.

N’hésitez pas à nous contacter à BookchinBiog[at]spectacle.co.uk, nous répondrons rapidement.

Mark Saunders
Director/Producer Bookchin on Bookchin

Spectacle
No 25
99-109 Lavender Hill
London SW11 5QL
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fax:     +442072236666
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Apports et limites des concepts de Murray Bookchin

Apports et limites des conceptions de Murray Bookchin

(Annexe de l’ouvrage Le choix de l’écologie sociale de Philippe Chailan & Philippe Boursier, Arguments pour une écologie sociale, Hors série N°1, 2000)

 

Une partie des mesures qu’on a préconisées va dans le sens du municipalisme libertaire, tel que l’a défini Janet Biehl dans un livre qui porte ce titre, et où elle synthétise les conceptions politiques de l’écologiste libertaire nord-américain Murray Bookchin (1).

Le municipalisme libertaire opère une nette distinction entre l’Etat – ou l’étatisme – et « la politique ». Déniant aux systèmes de gouvernement occidentaux le caractère pleinement « démocratique » qu’ils revendiquent, Bookchin et ses amis leur appliquent en effet la critique anarchiste classique de la délégation de pouvoir, et leur opposent une « démocratie directe » où la politique signifie « l’activité des citoyens au sein d’un corps politique détenant le pouvoir dans des institutions partagées, voire participatrices », c’est-à-dire, plus précisément, «la gestion directe des affaires communautaires par les citoyens dans des institutions démocratiques face à face, surtout dans les assemblées populaires ». De cette démocratie directe, le municipalisme va chercher des exemples, classiquement là encore, dans l’Athènes de Périclès, mais aussi dans les communes de l’Europe médiévale, dans la Nouvelle-Angleterre des colons et dans le Paris révolutionnaire des années 1790-1794. Avec leurs limites, parfois scandaleuses rétrospectivement (esclavage, exclusion des femmes), ces modes d’organisation et ces expériences ont montré – selon les municipalistes – que l’essentiel de l’existence humaine n’était pas forcément la dimension privée à laquelle on tend à la cantonner aujourd’hui, et que l’espace politique pouvait être un véritable espace public. Mais – toujours selon les municipalistes – l’avènement et la consolidation des Etats-nations centralisés ont étouffé cette participation publique ; puis l’émergence de « l’Etat-providence » – lequel s’est approprié les tâches des anciennes communautés – a permis une extension des pouvoirs de l’Etat, en même temps que de sa légitimité Cependant, des sphères politiques locales ont perduré. Si elles sont aujourd’hui menacées ou niées par les forces sociales dominantes, le municipalisme libertaire se donne pour projet de les réactiver, et de redonner vie à la politique au sens ancien en faisant revivre la démocratie directe locale et sa sphère civique. Il s’agit donc pour lui de construire un champ politique à partir des espaces publics, plus ou moins autonomes, aujourd’hui menacés.

A cet égard, les tenants des positions de Bookchin et de Janet Biehl innovent, en réhabilitant le mot et la notion même de politique d’un point de vue libertaire. Car, bien souvent, les anarchistes ont tendu à confondre tout champ politique possible avec la sphère de « l’Etat », et, dans le même temps, à définir leur projet comme celui d’une dissolution du politique dans une économie autogérée – comme si tout ce que recouvre le mot « politique » relevait des discours de justification de la « classe » politique et des représentants de l’Etat : la construction proudhonienne, par exemple, que nous évoquions plus haut fort positivement, s’est malgré tout trop bien prêtée à cette idée que la gestion directe devait être, d’abord et essentiellement, la gestion par les travailleurs des moyens de production et de distribution…

En d’autres termes, l’auto-administration a souvent été négligée dans les travaux des auteurs anarchistes.

La réhabilitation libertaire du politique est, à notre avis, le principal apport du municipalisme libertaire tel que l’envisagent Janet Biehl et Murray Bookchin. Ce n’est, certes, pas le seul : car cette idéologie sait également prendre en compte ce qu’on pourrait appeler l’« écologie urbaine », et prétend par ailleurs disputer aux forces de droite un terrain où elles ont malheureusement eu le vent en poupe, dans les dernières années. Examinons ces deux apports.

D’une part, la démarche municipaliste inclut bien sûr une réflexion sur l’aménagement du territoire urbain.

Comme le fait remarquer Janet Biehl, l’urbanisation à outrance fait dramatiquement obstacle à l’émergence ou à la réemergence d’espaces d’autonomie dans la cité : la formation de métropoles et de mégapoles absorbant les petites communautés, l’étalement des autoroutes, des centres commerciaux, des parcs de stationnement et des parcs industriels créant d’immenses ceintures urbaines sont « de mauvais augure pour le potentiel libertaire de la cité », et risquent d’avoir pour effet la destruction de la sphère civique. Dans un contexte où la gestion municipale s’assimile de plus en plus à la gestion d’une firme, une réaction civique est possible, croit J.Biehl. Mais quelle forme doit-elle prendre ? Parce qu’il se veut une philosophie politique révolutionnaire, et prétend évincer à la fois le capitalisme et l’Etat-nation, le municipalisme libertaire au sens de Bookchin et de Biehl refuse une restauration de la sphère civique qui passerait par une meilleure participation des citoyens aux processus étatiques, telle que l’envisagent les « libéraux » (au sens américain, c’est-à-dire la gauche libérale) : « assemblées municipales » électroniques, généralisation de l’usage de la pétition et du référendum, représentation proportionnelle… C’est dire qu’une bonne partie des mesures minimales que nous avons préconisées plus haut s’attireraient un jugement sévère de la part des municipalistes libertaires américains. Mais peu importe : l’important est que le débat soit ouvert.

D’autre part, le municipalisme dispute aux droites la « capitalisation » des humeurs anti-étatiques, et tente en un sens de les déplacer, de les « canaliser » dans un sens constructif. Déplorant que la mémoire des autonomies locales soit aujourd’hui plus souvent réanimée par des forces de droite que par les gauches (cf. la Ligue Lombarde italienne), Murray Bookchin et Janet Biehl distinguent bien « leur » municipalisme d’une révolte de contribuables ou de villes riches, qui feraient sécession pour ne plus avoir à soutenir financièrement les régions pauvres : l’auteur du Municipalisme libertaire avance même qu’il s’agit de canaliser les antipathies et les ressentiments des citoyens occidentaux à l’égard de l’Etat vers une révolte municipale « positive », vers des « buts éclairés » et non réactionnaires.

Là encore, la démarche « bookchinienne » n’est sans doute pas inintéressante.

On ne saurait, toutefois, ignorer les limites du municipalisme libertaire préconisé par Bookchin et ses amis. En premier lieu, leur projet d’identifier le champ politique démocratique (concept politique) à la commune (réalité politique, juridique et spatiale) n’amène-t-i1 pas Bookchin et Biehl à une vision objectiviste du municipalisme ? En termes clairs, n’adhèrent-ils pas à l’idée qu’un cadre municipal n’ayant pas trop souffert de l’urbanisation capitaliste se prêterait spontanément, de lui-même pour ainsi dire, à l’affirmation d’un espace public, d’une communauté partagée ? La possibilité de la communauté et la chance qu’elle se constitue seraient inscrites dans la réalité de la commune à l’échelle humaine, dans son espace, et quasiment dans son architecture. Certes, par le brassage qu’elle implique souvent, la ville favorise sans doute la construction d’un sentiment d’appartenance non-ethnique. Mais, s’il ne s’était pas développé des systèmes de représentation des « équipements mentaux » susceptibles de rendre possible un tel sentiment, bref, si l’histoire des groupes urbanisés ne s’y était pas prêtée, cette notion d’universalité n’aurait pas jailli du simple dispositif spatial de la ville. Or, l’idée qui se dégage de certains passages du Municipalisme libertaire est qu’il existe dans la communes une sociabilité spontanée, de nature libertaire, qu’il s’agirait de réveiller. D’où les aspects en même temps spontanéistes et éducationnistes de la théorie municipaliste – aspects qui appellent nos critiques.

En second lieu, la philosophie de l’histoire assez contestable des auteurs municipalistes fait des cités antiques et médiévales, ou encore des communes de la Nouvelle-Angleterre, un « moment » presque idéal d’une histoire perçue comme un grand récit linéaire, entre les tribus trop closes sur elles-mêmes et la démesure de l’urbanisation capitaliste. Ce schéma historique, et la place qu’y occupe la commune, feraient presque penser à la longue période d’équilibre vécue, selon Rousseau, par les hommes, entre l’état de nature pré-social (où les humains restent isolés) et le moment où apparaissent la démesure, l’orgueil et la propriété : on est censé observer une période « heureuse » entre deux périodes insatisfaisantes. Il faut ajouter cependant, pour être juste et nuancer cette appréciation : que, selon Janet Biehl, l’autonomie municipale, depuis Athènes, est sans cesse renaissante, et que, depuis l’émergence de l’Etat-nation, elle s’avère sans cesse en tension avec le centralisme qu’il implique : sa conception de l’histoire ne se réduit donc pas à une pure linéarité, à une succession de phases dessinant un grand récit. Cependant, la tension incessante entre l’autonomie municipale et l’autorité étatique n’est-elle pas une transposition du vieux schéma proudhonien, en vertu duquel le principe de liberté et le principe d’autorité s’affronteraient éternellement ? Auquel cas ce schéma idéaliste et transhistorique, réincarné sous l’espèce du couple formé par la commune et l’Etat, viendrait compliquer quelque peu, sans la rendre plus rigoureuse, une conception linéaire et normative de l’histoire.

Mais surtout, que penser des civilisations nomades, ou des sociétés qui ignorent la commune à l’européenne, dont les villages se constituent autour de larges parentés et de lignages ? Seraient-elles vouées au déficit démocratique et libertaire ? Ici, on peut se demander si une discrète touche d’ethnocentrisme ne vient abîmer la construction de Murray Bookchin et de Janet Biehl.

Peu importe la théorie, nous dira-t-on : le municipalisme libertaire ne dessine-t-il pas une stratégie de formation sociale alternative ? Là encore, les apports apparaissent avec évidence ; et les limites, ou les obstacles, se dessinent en filigrane.

Parce qu’elle prône une autogestion municipale dans le cadre d’assemblées où les citoyens délibéreraient face à face, Janet Biehl préconise l’instauration de proportions plus modestes pour les entités municipales, et, concrètement, la division des actuelles grandes cités en municipalités plus petites, par là plus faciles à gérer. Il s’agit de décentraliser le siège du pouvoir, en le faisant passer de l’hôtel de ville à divers « centres de quartiers » : de nouveaux espaces publics apparaîtront alors, mettant en œuvre, notamment, des orientations écologistes (espaces verts, jardins locaux) et sociales (transformation des activités non marchandes en activités à plein temps, sur un mode qui reste imprécis). Parallèlement, la décentralisation politique ira de pair avec une décentralisation physique – à savoir le démantèlement des infrastructures des grandes cités, au profit d’équipements de taille plus modeste : d’où, vraisemblablement, un meilleur équilibre entre ville et campagne (qui n’est pas sans évoquer le projet d’une synthèse entre ville et campagne, chère aux théoriciens anarchistes), entre vie sociale et biosphère.

Comme on l’a entrevu, les assemblées de citoyens, organisées par quartiers, qui prendront les décisions sur les questions d’intérêt commun, évoquent les grands précédents historiques que sont l’ecclésia athénienne, les communes médiévales, les assemblées de la Nouvelle-Angleterre et les sections parisiennes des années révolutionnaires.

Ici viennent alors à l’esprit les violentes critiques qu’adressait Proudhon aux partisans de la démocratie directe, ou plus précisément du « gouvernement direct » et de la « législation directe », nostalgiques des républiques antiques, et d’Athènes en particulier – comme avaient pu l’être les robespierristes imprégnés de la lecture de Rousseau. La gestion directe, telle qu’il la concevait, se distinguait donc de la démocratie directe. En quoi ? Et le municipalisme libertaire de Bookchin et de Janet Biehl est-il justiciable de cette critique proudhonienne, à supposer qu’elle nous semble valide ? Sans doute Proudhon, attentif au pluralisme social, ne concevait-il pas qu’une société dans son ensemble pût être confondue avec une vaste assemblée générale décisionnelle. Et il rappelait – ou posait – que seul l’esclavage avait permis au peuple athénien de se réunir si constamment en assemblée. De même, sensible au risque de manipulation du peuple, dont certains prétendaient faire le législateur direct, il demandait qui formulerait les questions posées au peuple législateur – car, manifestement, celui-là détiendrait le vrai pouvoir (2). Pour lui, la capacité politique des classes ouvrières s’illustrerait d’abord dans la gestion directe des moyens de production et de distribution, par le biais des « compagnies ouvrières », donc dans le cadre d’activités précises et pour satisfaire à des besoins ou à des intérêts précis : il se défiait avec raison d’une conception trop homogène ou uniforme de la société, et d’une prise de décision globale issue d’une volonté trop « générale ».

Mais, s’intéressant surtout aux aspects économiques de la transformation sociale à laquelle il travaillait, il a en partie tendu à réduire la sphère politique à « l’Etat », pour la récuser : et c’est bien, comme on l’a déjà dit, un des mérites du municipalisme de Biehl et Bookchin que de se ressaisir de la question du politique d’un point de vue libertaire. Quant aux dangers de manipulation, on ne peut guère accuser Janet Biehl de naïveté assembléiste : elle énumère précautionneusement les bonnes conditions de fonctionnement d’une assemblée de citoyens : obligation de compte rendu des mandatés, révocabilité, précision des ordres du jour… Et, se démarquant de la vision fusionnelle qui préside parfois, chez les libertaires, à l’instauration de la règle de l’unanimité – règle paralysante et inhibante au possible –, elle préconise la règle de la majorité (plus de cinquante pour cent des citoyens) pour valider les décisions collectives. Du reste, sa critique de la prise de décision par consensus unanimiste (avec ses risques de blocage minoritaire, ou au contraire d’autocensure des opposants) semble largement pertinente. Tant en ce qui concerne les risques de démagogie assembléiste qu’en ce qui concerne le pluralisme social, elle ne paraît donc guère tomber sous le coup des critiques que Proudhon adressait aux tenants de la « démocratie directe ».

Pourtant, son insistance sur le thème de la communauté, sur le face à face, et sur l’immédiateté des relations dans une cité à échelle humaine, nous amènent à nous demander si Janet Biehl n’adhère pas, en quelque façon, à l’utopie d’une société parfaitement transparente et réconciliée avec elle-même. En effet, le choix de la commune comme espace pertinent de démocratisation radicale suggère que, pour elle comme pour Murray Bookchin, la proximité implique des relations immédiates, c’est-à-dire sans médiations, avec les autres citoyens. Or, même si cet espoir ne nous semble pas complètement infondé (car une démocratie radicale est effectivement plus facile à envisager dans un cadre de proximité), la différenciation des fonctions, des champs sociaux, des rapports au temps, rend difficile une communication parfaitement transparente et immédiate entre citoyens. L’exigence, propre aux municipalistes libertaires, de réinventer un espace public démocratique, devrait donc s’accompagner du refus de l’illusion d’une grande fusion sociale ou d’une « réconciliation » de la société avec elle-même. Des assemblées de citoyens sans les dangers de l’assembléisme, sans l’illusion d’une société fusionnelle : voilà sans doute vers quoi nous devons tendre.

 

Notes

(1) Janet Biehl, Le municipalisme libertaire. La politique de l’écologie sociale, en français aux éditions Ecosociété, Montréal, 1998.

(2) Pierre-Joseph Proudhon, Idée générale de la Révolution au XIXème siècle, Edition du groupe Fresnes-Antony de la Fédération Anarchiste, 1979.

Rencontres internationales de St-Imier

Cet été aura lieu le 9ème congrès de l’Internationale des Fédérations anarchistes (IFA). Nous relayons ici un communiqué paru sur A-infos.

Site officiel de l’événement : www.anarchisme2012.ch.

 

« L’Internationale des Fédérations anarchistes (IFA) tiendra son IX° Congrès les 9, 10, 11 et 12 août 2012 à Saint-imier en Suisse.
En août prochain, se tiendra le congrès de l’Internationale des Fédérations anarchistes (IFA) à l’occasion des 140 ans du congrès de
St-Imier, en 1872, acte fondateur de l’Internationale anti-autoritaire. Ce congrès n’était pas spécifiquement anarchiste. Les résolutions adoptées n’en résument pas moins les points essentiels des principes au nom desquels Bakounine et d’autres s’étaient battus contre ceux qu’ils désignaient comme « autoritaires ». Véritable charte de l’anarchisme ouvrier, ces considérants voient dans l’organisation et la résistance de la classe ouvrière, produit de l’antagonisme entre travail et capital, le terrain d’action privilégié pour préparer l’émancipation du prolétariat. Depuis le monde a passablement changé, du moins sous certains angles. Une chose est sûre, le temps n’a en rien diminué l’oppression des puissants vis-à-vis des plus faibles.

Le congrès de l’Internationale des Fédérations anarchistes (IFA) se déroulera en même temps, et au même endroit, que les Rencontres
internationales de l’anarchisme (du 8 au 12 août 2012), à l’initiative de la Fédération anarchiste (FA), de l’Internationale des Fédérations
anarchistes (IFA), de la Fédération libertaire des montagnes (FLM), de l’Organisation socialise libertaire (OSL) et de la coopérative Espace noir de St-Imier.

Ces Rencontres internationales de l’anarchisme d’août 2012 seront l’occasion de faire le bilan de l’histoire du mouvement anarchiste, ses
idées, ses réalisations, ses espoirs, ses défaites ; ce qu’il en reste aujourd’hui ; les combats qui sont les siens et ceux qu’il partage avec
d’autres : antimilitarisme, antiracisme, anti-sexisme, autogestion, décroissance, éducation, féminisme, internationalisme, non-violence,
anti-autoritarisme, etc.

Depuis sa création, l’IFA continue de garder le même esprit de solidarité et d’internationalisme, à se référer au congrès de St-Imier et à ses résolutions :

« Le Congrès réuni à Saint-Imier déclare :

– 1° : Que la destruction de tout pouvoir politique est le premier devoir du prolétariat ;

– 2° : Que toute organisation d’un pouvoir politique soi-disant provisoire et révolutionnaire pour amener cette destruction ne peut être qu’une tromperie de plus et serait aussi dangereuse pour le prolétariat que tous les gouvernements existant aujourd’hui ;

– 3° : Que, repoussant tout compromis pour arriver à l’accomplissement de la Révolution sociale, les prolétaires de tous les pays doivent établir, en dehors de toute politique bourgeoise, la solidarité de l’action révolutionnaire. »

L’IFA a su évoluer, à la mesure de la croissance et de l’évolution du mouvement anarchiste au niveau international. Cette évolution n’est pas seulement quantitative mais, plus important, elle est aussi qualitative puisque, ensemble, nous continuons à inventer de nouvelles voies pour façonner cette solidarité internationale et agir de façon coordonnée contre les attaques et la violence des patrons, des États et des
religions. Notre internationalisme doit être à la hauteur des enjeux révolutionnaires que nous portons. Il doit marcher sur ses deux jambes : définition et diffusion de notre projet révolutionnaire ; construction d’alternatives sociales, économiques, de groupes de résistance populaires, de structures alternatives anarchistes. Les formes que des actions peuvent prendre sont aussi illimitées que notre imagination : du soutien réciproque contre la répression à la coordination d’initiatives, de l’aide mutuelle pour des projets autogérés aux campanes communes, du partage de savoirs et de ressources à l’organisation de mobilisations internationales, etc. Et ce n’est pas limité aux fédérations qui font partie officiellement de l’IFA, mais cette solidarité est aussi étendue à beaucoup d’autres groupes avec lesquels nous sommes en contact, à tout ceux qui agissent pour un futur libertaire pour la planète entière.

En août, nous allons passer un nouveau cap en façonnant cet outil au service des anarchistes du monde. Nous nous réunirons avec des camarades de nombreuses parties du monde. Nous apporterons une attention spéciale au développement du mouvement libertaire dans les pays hors du « monde occidental » et nous espérons qu’à l’issue du congrès de nouvelles initiatives émergeront qui contribueront à sa croissance. Les autres thèmes discutés seront l’immigration, l’anarcha-féminisme, la religion, l’émergence de nouveaux espaces militants et de nouvelles formes de luttes anarchistes, les luttes contre la crise, l’énergie, les expériences autogestionnaires, etc.

Bien que rien ne puisse se substituer au travail de milliers d’anarchistes réalisé chaque jour dans tous les coins du monde, dans les rues, dans les quartiers et les lieux de travail, propageant les idées libertaires et construisant l’anarchie, nous sommes certains que la coordination et la solidarité internationale peut aider dans cette tâche. Au moins, il est bon de se rappeler que nous sommes nombreux et que nous sommes partout. Si vous souhaitez plus d’informations ou simplement entrer en contact, vous pouvez envoyer un mail à iaf_ifasecretariat@yahoo.es ou consulter le site de l’IFA : www.i-f-a.org

Longue vie à la lutte internationale des opprimé.e.s et exploité.e.s !
Longue vie à l’anarchie !

Secrétariat de l’IFA »

Voir aussi : http://www.i-f-a.org/component/content/article/3-texts/41-st-imier-2012-international-anarchist-gathering.html