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Ecosocialisme, social-écologie, et écologie sociale

Ecosocialisme, social-écologie et écologie sociale : tenter d’y voir claire

L’idée de l’écologie au sociale est un principe qui est apparu en même temps que l’émergence de la pensée écologique et qui a amené beaucoup de courants divers. Le terme même d' »écologie sociale », très parlant, a ainsi souvent été utilisé – Bookchin lui-même ne l’a pas inventé mais repris de E.A. Gutkind dans son livre Community and Environment: A Discourse on Social Ecology de 1954.

Récemment, plusieurs mouvements ont émergé autour de cette terminologie:

Il y a eu tout d’abord l’ouvrage Social Ecology (1995) de l’écologiste indien Ramachandra Guha. Bien que n’ayant pas eu l’occasion de lire ce livre, on sait qu’il n’est pas directement inspiré de Bookchin. Ce dernier l’a néanmoins contacté pour le féliciter pour ses prises de positions critiques face à la deep ecology (prenant le point de vue des pays en voie de développement).

Plus récemment, le mouvement écosocialiste est apparu en 2001, initié par un certain nombre de penseurs de la gauche radicale, en particulier le Français Michael Löwy et l’Américain Joel Kovel. Ensemble, ils rédigent Le manifeste Ecosocialiste. Evoluant dans le même courant de la gauche radicale, l’écosocialisme est d’influence un peu plus marxiste que l’écologie sociale. Mais  l’écosocialisme cherche surtout à sortir des étiquettes et lier les différentes composantes de la Gauche (radicale), en perte de vitesse suite à la chute du communisme, dans une idéologie concrète. Son approche promeut un esprit d’ouverture selon le principe que les clivages entre communiste et anarchisme n’ont aujourd’hui plus lieu d’être.

Pour plus de détails, Laure Devleeshouwer a récemment publié un article cherchant à pointer les similitudes et différences entre écosocialisme et écologie sociale.

Enfin, dernier-né sur la scène, Laurent Eloi a publié cette année le livre Social-Ecologie (éd. Flammarion, 2011). Présenté comme une nouvelle approche politique liant l’écologie et le sociale, on comprend vite que les descriptions du 4ème de couverture et le bandeau du livre sont très vendeurs mais assez éloignés de la réalité du contenu. La social-écologie de Laurent Eloi, si elle s’inspire de Bookchin et le cite dans le texte, est à prendre comme une version « soft » de cette dernière, pour reprendre la formule d’un commentateur, ou plus clairement une version social-démocrate de l’écologie sociale. La composante anarchiste tout comme le projet utopique de changement en profondeur de la société y est soustrait, de même encore que la composante de réenchantement de l’être humain. Sans ces aspirations anarchistes, l’auteur cherche à résoudre la crise écologique dans le cadre actuel, mais pas la crise sociale (dont il ne parle pas, ou du moins pas en des termes non économiques) et toute la question sociale de domination qui est à la source des problèmes écologiques pour Bookchin. Le Français s’arrête au lien entre écologie et social, sans suivre l’analyse première de Bookchin.

Si Laurent Eloi porte un constat des origines du problème écologique assez pertinent, on reste au final à la surface du problème par rapport à un Bookchin qui s’est évertué à chercher les causes profondes de la crise écologique et sociale. Mettre fin au problème écologique demande selon Eloi de réduire les inégalités sociales et une prise de conscience que les pauvres sont les premiers touchés par la crise écologique. Un appel à une politique de justice environnementale pour remettre nos sociétés dans le droit chemin. Sa défense de la démocratie (dans sa version actuelle, donc représentative) comme système le mieux disposé à apporter une solution ne convainc pas. L’écologie sociale a pour une grande part de son projet la remise du pouvoir — soumis aux lobbys et aux investisseurs , donc incapable de prendre des décisions objectives et de défendre le bien commun — dans les mains du peuple, pour amener les citoyens à se gouverner eux-mêmes. Réduire les questions écologiques et sociales à celles des inégalités économiques, c’est se borner à un seul côté d’un problème à multiples facettes. Surtout, si Laurent Eloi analyse bien le pourquoi, il manque à son analyse toute la question du « comment changer ? », « quoi proposer ? » qui iraient au delà des propositions de nouvelles règles, de  nouveaux facteurs d’analyse et une organisation mondiale de l’environnement à l’image de l’OMC. Du concret pour un livre qui reste très théorique.

Un des points positifs à retirer de la lecture de ce livre reste la promotion de la justice comme moyen d’amener les gens, notamment les plus pauvres, à agir. Si on ne partage pas ses vues sur la prédominance de ce principe sur d’autres (dont, dans la liste d’Eloi, la peur, l’empathie, l’amour de la nature, etc.), le principe paraît plus concret, plus faciie à se représenter, que le développement de Bookchin sur une éthique objective et le naturalisme dialectique. Car même si l’idée de justice ne peut prétendre à une parfaite objectivité, elle est  (peut-être) une valeur suffisamment forte pour beaucoup de gens, pour les amener à s’indigner et agir dans le sens du ce qui devrait être de Bookchin.

« The Death of Communal Liberty », de Benjamin Barber

Benjamin R.Barber : « La mort de la liberté communale : Une histoire de la liberté dans un canton suisse montagnard » (1974)

 

On peine souvent à croire au fonctionnement réel de la démocratie directe. Pourtant plusieurs exemples historiques se sont montrés très fonctionnels, parfois même pendant une très longue période. Si Bookchin a souvent fait mention des cas de la Grèce antique, de la Nouvelle Angleterre, voire de la Commune de Paris comme exemple concrets du communalisme, Benjamin Barber s’est intéressé à un exemple concret, celui du canton des Grisons (anciennement province romaine de Rhétie), du Moyen-Age jusqu’à son intégration à la confédération suisse en 1803. Il donne également un aperçu des Grisons modernes et de l’évolution de la démocratie directe dans la Suisse moderne.

L’auteur revient en particulier sur l’expérience de la République de Trois Ligues qui a véritablement accédé à une certaine indépendance politique. Barber questionne ce modèle, cherchant à savoir pourquoi il a émergé et comment il a été rendu possible dans cette région éloignée mais stratégique au niveau des routes commerciales. Son but est de faire un parallèle par rapport au fédéralisme américain, afin de voir si ce modèle propose une alternative à celui-ci dans le sens d’un approfondissement de la démocratie directe.

Les trois derniers chapitres se montrent les plus intéressants, avec le questionnement de cette forme de démocratie dans un monde rural et sa confrontation avec la modernité. Mais le titre de l’ouvrage est bien « La mort de la liberté communale » et l’auteur va effectivement montrer qu’avec le dépeuplement des villages et leur « dés-isolement » avec le développement des moyens de transports, l’activité politique va se perdre et les conditions requises pour une démocratie communales ne seront plus réunies. Un changement et donc une perte qui, pour l’auteur, ne pouvait pas être évitée. Plus les conditions de vie augmentent, plus la démocratie diminue. Au final, la démocratie suisse moderne est même devenu conservatrice (par l’usage du référendum populaire notamment tant il permet de bloquer les décisions)

Une étude et des conclusions intéressantes qui devraient interroger les écologistes sociaux et tous les tenant de la démocratie directe. En effet, dans la promotion d’une confédération de communes locales à notre ère d’atomisation des individus et de mobilité, et comme le disait Brian Tokar dans The Green Alternative, il est devenu très difficile de recréer un sens de communauté. Ce sens d’attachement qui, d’après Barber, faisait justement vivre et donnait tout son sens à la démocratie des Grisons.

Traduction pp 273-274 :

« Nous avons ainsi une certains explication pour expliquer le conservatisme particulier de la démocratie directe dans la Suisse moderne: les conditions communales qui la nourrissaient et la soutenaient sont parties ou en passe de l’être. C’est un anachronisme institutionnel de vivre dans une époque qui ne peut la maintenir, de se battre pour utiliser ces pouvoirs ancestraux pour recréer l’environnement qu’elle nécessitait pour survivre. Et ainsi, les gens rejètent des législations progressistes qui, en améliorant leurs conditions de vie, continueraient le déclin des conditions qui, elles seules, rend leur vote significatif. Ils marchandent futilement pour maintenir l’autonomie des communes et cette existence réelle qui est remise en question. Ils mettent la faute sur les étrangers pour la perte de ce côté rustique alors que, en fait, ils ont à travers eux recherché leur propre aisance. Ils ont essayé d’interdire le vote des femmes car il avait perdu son sens pour les hommes. Ils défendent leur passé de façon désespérée, découragée et malheureuse, contre une vague inévitable de bureaucratie progressiste, tout en sentant que ce passé communal ne peut déjà plus être retrouvé.

Cependant, leur résistance futile n’est pas complètement vaine. Le long combat des communautés alpines des Grisons pour maintenir une autonomie gouvernementale vitale contre une succession d’ennemis, dont on pourrait dire qu’elles constituent les forces majeures de l’histoire européenne, met en lumières un certain nombre de valeurs trop rarement observées dans notre monde moderne. Cela suggère que la liberté n’est pas forcément incompatible avec le collectivisme communal; que la politique n’est pas forcément toujours définies par l’intérêt individuel mais peut aussi définir elle-même l’intérêt public; et que la citoyenneté peut aider à donner du sens et un but à la vie humaine. Enfin, cela indique que si ce monde produit pour nous par la modernisation — un monde riche de matérialisme privatisé, sécurisé par le pouvoir, guidé par l’intérêt personnel compétitif et protégé par la loi — est inhospitalier à de telles valeurs, il se peut qu’il soit, même à son plus haut niveau, un monde qui requière une refonte radicale [radical remaking]. »

Murray Bookchin, « Mort d’une petite planète »

Un peu plus d’une année après l’explosion de la plate-forme pétrolière Deep Water Horizon, une nouvelle marée noire secoue l’actualité. Cette fois, c’est le cargo Rena qui s’échoue près des côtes de la Nouvelle-Zélande – initiant ce que les autorités appellent « la pire catastrophe écologique de la Nouvelle-Zélande ». 1700 tonnes de fuel pourraient se déverser sur des côtes réputées « pour la richesse de leur faune et leur flore ».

L’histoire est connue, elle se répète inlassablement. L’événement devrait pourtant servir de prétexte à rappeler qu’il ne s’agit pas « d’incidents » dû à la technique ou au hasard. Au contraire, c’est le résultat logique et attendu d’une politique économique mondialisée, nécessitant pour des questions d’économies de transporter les marchandises dans des énormes cargo et de les faire voyager d’un bout à l’autre de la planète.

C’est ce que rappel Bookchin dans un court texte paru en 1989, peu après l’affaire de l’Exxon Valdez et l’importante marée noire occasionnée alors. Il cible dans ce texte que c’est bien toute la question de la croissance économique qui provoque ce genre de catastrophes et que cela continuera inlassablement tant que la logique capitalisme ne sera pas remise en question.

Un autre intérêt de ce texte est, dans sa promotion forte et argumentée de la décroissance, une forme de critique de sa déclinaison sous la forme de la « simplicité volontaire ». Pour Bookchin, il est évident qu’un seul changement de style de vie et/ou une réduction de la consommation au niveau personnel ne fera pas obstacle au capitalisme. La remise en question doit être plus large et plus profonde et se concrétiser dans des revendications politiques. Les institutions elles-mêmes doivent être remises en question.

Le texte peut être retrouvé ici dans sa traduction française (traduction non définitive).

A lire aussi dans même thème proche cet article du Monde Libertaire sur le lien entre la réflexion anarchiste et la décroissance.

Conférence de Lisbonne sur le municipalisme libertaire (1998)

Du 26 au 28 août 1998 se tenait la conférence de Lisbonne sur l’écologie sociale et sa perspective politique : le municipalisme libertaire.  Une centaine de personnes d’Europe et des USA (principalement, avec aussi quelques Australiens) avaient fait le déplacement pour l’occasion.

Voici, traduit en français, le programme de la conférence avec les différents intervenants. Les liens du titre se font vers les textes en portugais ou anglais. (La plupart comportent des fautes, semble-t-il dû à l’utilisation de la reconnaissance des caractères par logiciels. Les originaux n’étant pas accessibles, nous mettons en ligne les textes tels que nous les avons reçus. Ils proviennent des compte rendus distribués par les organisateur après la conférence.)

 

Retrouvez les documents sur le site officiel.

 

> Ouverture

> La politique de l’écologie sociale: municipalisme libertaire
Janet Biehl (en anglais)

TABLE RONDE

> Aucun des grands problèmes écologiques actuels ne peut être résolu sans profonds changements sociaux
Maria Magos Jorge

 

> Je reprendrai le chapitre de Janet Biehl: La formation de la citoyenneté
Wolfgang Haug (en anglais)

> La puissance de l’espace politique
Dimitri Roussopoulos

> Remarques critiques sur «la construction du mouvement»
Roger Jacobs (en anglais)

SÉANCE PLÉNIÈRE

> Le potentiel du municipalisme libertaire à Montréal
Marcel Sévigny et Dimitrios Roussopoulos
version française

> Bookchin et Kropotkine: des thèmes organisationnels et intellectuels communs
Frank Harrison (en anglais)

> Les libertaires du XXI siècle à la recherche du paradis perdu
Mimmo Pucciarelli

> Notre position: les fondements du municipalisme libertaire
Lettre ouverte des écologistes sociaux norvégiens à la conférence internationale de Lisbonne 1998

> Une théorie de l’organisation de groupes anarchistes
Rafael Maestre / Francisco Madrid

> Los Arenalejos
Floréal

> Une politique pour le 21ème siècle
Vidéo conférence de Murray Bookchin (en anglais)

A – PROBLEMES SOCIAUX ET MOUVEMENTS SOCIAUX URBAINS

>« West End Neighbourhood News » (Wenn) – Une étude de cas de publication locale
Hamish Alcorn

> A propos du travail et de son élimination : travailler pour quoi ?
José Tavares

> Perspectives territoriales et mouvements sociaux émancipateurs : se rapprocher de politique de l’écologie sociale et du municipalisme libertaire
Gonzalo Acosta Bono / José Garcia Rey

> Comté libertaire et transnationalisme: une perspective allemande minoritaire
Lou Marin

> Processus d’auto-organisation en milieu urbain
José Luis Felix

> Eléments pour une histoire socio-écologique et politique de l’urbanisme
Miguel Martinez

> Démocratie directe sous Fatsa
Rahm G. Ögdül / Sureyya Evren

> Marginalité sociale et mouvements sociaux en milieu urbain
J. M. Carvalho Ferreira

B – CULTURE ET VIE SOCIALE AU XXIème SIÈCLE: LE LOCAL ET GLOBAL

> Le municipalisme libertaire : une alternative à la ville capitaliste
Antonio Franco

> Conférence internationale sur l’écologie sociale et ses perspectices politiques
Carlos de Sousa

> La Constitution de la république portugaise et le municipalisme libertaire
Alfredo Gaspar

> Les prisons et l’action civique
Antonio Pedro Dores

> Le défi
Bob Spivey

> L’anarchisme et l’externalisation de l’économie – Une contribution pour une modernisation des idées
Mario Rui Pinto

> D' »apatrides » à citoyen
Sergio Augusto Queiroz Norte

> Sur le statut des municipalité dans les constitutions des Etats
Philip Chee

C – L’ECONOMIE DES PETITES ET GRANDES VILLES

> Le municipalisme libertaire et la question du pouvoir
Eirik Eiglad

> Les racines européennes de l’écologie sociale – du régionalisme à la démocratie directe
Mike Small (en anglais)

> Le municipalisme libertaire: une alternative à la ville capitaliste
Carlos Ramos / Luis Altable

> Socialisation, conformité et déviance, les trois systèmes: société, culture, individus
Ilidio Dos Santos

> Ka ‘Aka, le père de la guerre de la mort du dernier Kumatungy : écologie et le mythe dans la Sierra Nevada de Santa Marta
Luis Alfonso Fajardo

> Une écologie de l’expansion maritime portugaise dans les îles atlantiques
José César Gnaccarini / Carlos Moreira Henriques Serrano

SÉANCE PLÉNIÈRE
> Expériences d’interventions sociales urbaines

Interventions brèves
> La tradition d’auto-administration municipale de Thessalonique (Grèce)
Michail Tremopoulos (en anglais)

> Le «Forum citoyen pour une Valence soutenable ». Présent et perspectives
Miguel Angel Ferris / Angels Lopez

> Le concept de municipalisme libertaire
Raf Grinfeld (en anglais)

 

– Bref résumé de la conférence (par Joao Freire) :
(traduit – approximativement – du portugais)

Le premier jour, les travaux ont commencé avec l’accueil par Carvalho Ferreira de la soixantaine de membres présents, suivi par un long discours donné par Janet Biehl sur le thème de la conférence : «La politique de l’écologie sociale: le municipalisme libertaire ». C’était une présentation des points essentiels de la philosophie politique développée depuis plus de vingt ans par Murray Bookchin, à travers le discours et le texte d’une disciple fidèle et (apparemment) sa proche collaboratrice. Chaia Heller (également du Vermont, États-Unis), Roger Jacobs (de Hasselt, Belgique), Eirik Eiglad (de Porsgunn, Norvège), M. Dimitri Roussopoulos et Maria Magos Jorge reprirent les thèmes discutés le matin même, ou un aspect particulier de la pensée de Bookchin. Et dans l’après-midi, de nouvelles présentations par Chaia Heller et un Canadien du Québec, Marcel Sévigny, ont poursuivi ce type de réflexion. En fait, toute cette première journée de la conférence était dédiées aux idées de Bookchin qui ont fait débat, notamment contestées par plusieurs théories traditionnelles de l’anarchisme, comme la question de la défense dans certaines situations de l’influence hypothétique d’atteintes sociales, pour prévenir toute contre-attaque des forces et des intérêts sociaux adverses. A la fin de la journée, on pouvait voir une vidéo présentant une interview avec Murray Bookchin, incapable de venir en Europe pour des raisons de santé.

Le deuxième jour, les présentations ont principalement eu lieu en parallèle dans trois ateliers. Dans la grande salle – où se trouvait un système de traduction simultanée en anglais, espagnol et portugais – le thème était « Les problèmes sociaux et les mouvements sociaux urbains ». Dans la matinée, il y eut une présentation  de l’Australien Hamish Alcorn, de l’Espagnol Garcia Rey et des Portugais José Tavares et José Luis Félix. Garcia a parlé de la nécessité d’une perspective territoriale dans les projets d’émancipation sociale, de l’importance des territoires urbains pour régler la crise actuelle du système, de l’articulation des mouvements sociaux autour des pratiques de résistance au processus de mondialisation et de l’imposition d’une pensée unique et simultanée lors du développement d’initiatives pour l’autonomie territoriale. Tavares a présenté un document sur « le travail et son dépassement » et Félix a parlé du « processus d’auto-organisation dans les zones urbaines », soulignant les possibilités de formes autonomes de participation, malgré le climat actuel défavorable pour la créativité et les initiatives solidaires.

Dans l’après-midi, les discussions sur ce thème ont repris avec une présentation du sociologue espagnol Michael Martinez sur « Une invention stratégique, l’auto-planification populaire et l’auto-gestion écologique urbaine », où l’auteur souligne les limites de la planification stratégique appelée l’urbanisme, montrant ses dimensions non planifiées, et de suggérer d’autres catégories plus appropriées telles que « l’invention stratégique » dans lequel l’action précède ou est simultanée à la réflexion. Les présentations suivantes étaient celles des Turcs Sureyya Evren et Rahmi Ogdul  et, pour finir, de Carvalho Ferreira sur « la marginalité sociale et les mouvements sociaux dans les contextes urbains. »

Dans le thème de « Vie sociale et culture au XIXe siècle: local et global », tenu dans la matinée, pouvaient s’entendre les présentations suivantes: Antonio Candido Franco au sujet du dépeuplement et de la désertification dans le sud du Portugal, qui a porté sur le problème des relations entre monde urbain et rural ; l’Uruguayen Alberto Villareal ; Carlos Sousa, le maire de Palmela, sur la participation populaire dans la gestion municipale ; l’avocat Alfredo Gaspar sur la façon dont les municipalités sont intégrées dans le droit constitutionnel au Portugal, et qui concluait que la tutelle administrative n’est pas compatible avec le concept du municipalisme libertaire ; enfin le sociologue Antonio Pedro Dores abordait « les prisons et l’action civique », s’interrogeant sur la politique actuelle des prisons (par rapport à la drogue et l’immigration illégale, par exemple) qui même quand elles sont marquées par des préoccupations humanistes, peuvent justifier des pratiques stigmatisantes et négliger les droits humains. Il exprimait ses préoccupations face à cet « aspect fermé » de la vie urbaine collective.

Dans l’après-midi, la discussion sur ce thème a été poursuivie par l’Américain Bob Spivey ; par Mário Rui Pinto avec une présentations sur les différences entre le contexte dans lequel a émergé l' »ancien anarchisme » et celle où nous sommes aujourd’hui, pour appeler à l’invention d’un « nouvel anarchisme »; par Mimmo Pucciarelli, qui a également souligné les différences entre les anciens et les nouveaux anarchistes, mais surtout en fonction de leur origine sociale ; par le Canadien anglophone Frank Harrison, qui a présenté un document sur les principaux points de contact entre les pensées de Kropotkine et de Bookchin, tels que le rôle du territoire et de la communauté, et les concepts d’évolution / révolution ; et, enfin, par Ilídio Santos, avec un discours sur la « socialisation, la conformité et la déviance » comme elle a été mise en évidence dans l’actuelle « culture psychotisante » et les « images à fonction narcotique et hypnotique des machines ».

Dans la section « L’économie des petites et grandes villes » ont été présentés et discutés quatre documents: les Norvégiens Eiglad et Legard ont exposé les fondements du municipalisme libertaire dans un registre particulièrement politique et idéologique, alors que l’Espagnol Carlos Ramos a parlé du « Municipal libertaire comme alternative au municipalisme capitaliste » mettant l’accent sur l’actuel cadre politique démocratique dans des pays comme l’Espagne d’aujourd’hui, la riche expérience de vingt ans d' »associations de voisinage », la nécessité de « traduction » des budgets municipaux pour les rendre compréhensibles par les citoyens ordinaires, les possibilités de l’opposition – par la mobilisation populaire – la gestion capitaliste des municipalités (qu’elle soit gérée par les partis de droite et par les partis de gauche), le concept de mouvement social local et, enfin, la nécessité de structurer des formes de participation politique municipale plus avancées, stables et efficaces, bien que toujours basées sur des réseaux à base populaire volontaire, de nature différente, mais où la participation directe des citoyens est une réalité ; l’américain Dan Chordokoff a rapporté l’expérience de la mobilisation populaire dans un quartier pauvre de New York avec environ 30’000 habitants, dans les années 70, basé sur la collaboration établie entre une centaine d’associations populaires, influencée par divers groupes et idéologies politiques, mais ils ont réussi à structurer une économie locale à partir de l’inventaire des ressources et des besoins – logements, crèches, écoles, cliniques et centres de santé, emploi, délinquance, etc. et la mobilisation des gens ordinaires, avec une vraie expérience, mais qui avait, de l’avis de l’auteur, montré deux défauts majeurs, à savoir la dépendance des collectivités locales « des grosses économies » (qui déterminent les prix du logement ou le taux de chômage, par exemple), et l’incapacité de  monter des alternatives politiques crédibles au moment des élections au pouvoir municipal ; et finalement, l’Écossais Mike Small a parlé du cas historique de l’urbaniste Patrick Geddes en lien avec les mesures prises à Edimbourg à la fin du siècle dernier, qui avait essayé de combiner les initiatives populaires sur le logement, l’éducation et le travail, et d’articuler l’identité du territoire comme le « régionalisme » autour de pratiques civiques et politiques de la démocratie directe, qui sont le fondement de la pensée moderne de l’écologie sociale.

La deuxième journée s’est terminée par une séance plénière durant laquelle les coordinateurs des différents séminaires ont présenté des résumés des présentations et des débats.

Lors de la journée du 28, le travail a eu lieu à nouveau en plénière (avec l’avantage inestimable de la traduction simultanée). La matinée a été consacrée aux rapports des situations et d’expériences locales d’écologie sociale pour seize villes: Amsterdam, Brisbane (Australie), Plainfield et Burlington (Vermont, États-Unis), Lyon (France), Montevideo, Salonique, Montréal , Madrid, Malaga, Valence, Porsgunn (Norvège), Grafenau (Allemagne), Anvers, Istanbul et Edimbourg.

Dans l’après-midi, ont été discutés en particulier deux questions dont l’importance a été soulignée dans ces différents rapports fait des expériences locales : la relation entre les organisations populaires, de voisinage et de quartier et les structures officielles du pouvoir municipal, avec les expériences, plus ou moins frustrantes, des candidats aux élections municipales faites par des listes ou mouvements écologiques, alternatifs et libertaires.

Carvalho Ferreira et Dan Chordokoff ont mis fin aux travaux de la conférence.

 

 

 

 

 

 

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Autres commentaires de la conférence:

– Un article de Mimmo Pucciarelli commentant la conférence : Alternative Libertaire, N°210

Ecologie & Politique N°41

La 41ème édition de la revue française Ecologie & Politique s’est penchée sur les écologies politiques modernes en Amérique du Nord. Parmi les articles au sommaires, plusieurs sont particulièrement intéressant dans le contexte de l’écologie sociale.

 

 –« Alliés de circonstance  : Ralph Nader et l’écologie politique », par Nicolas Labarre, retrace la stratégie du parti Vert Etatsunien (ou plus précisément du groupement de partis Verts) et de son choix de s’associer à Ralph Nader, jusque-là représentant des consommateurs, pour les élections présidentielle. Très complet, l’article présente les divergences et les conflits qui ont opposé les factions pragmatiques et idéalistes du parti Vert (les seconds, qui comprenait les écologistes sociaux dont Brian Tokar, se montraient opposé au choix de présenter un candidat aux présidentielles et se positionnaient plus pour un recentrage sur l’échelle locale) et les conséquences des choix tactiques faits par Nader (qui n’a jamais adhéré au parti et portait peu la thématique environnementale) et par les Verts. Les conclusions en sont l’échec de la stratégie en tant que telle, mais le choix pertinent d’un Ralph Nader, porté par son aura politique antérieure.

 

 –Une vision progressiste de la question démographique ? La croissance démographique, le changement climatique et la nouvelle approche « gagnant-gagnant », par Jade Sasser. Dans sa première partie, l’article présente l’émergence du phénomène néo-malthusianisme dans la deuxième partie du XXème siècle (notamment par Paul Ehrlich et Garrett Hardin) et comment au début du XXIème siècle ces mêmes arguments ont été repris par des groupements et ONG qui font du lobbying dans la législation et auprès des jeunes pour limiter la croissance démographique. L’auteur montre bien les limites de l’argumentaire, avec la différence d’émissions carbones d’un jeune américain par rapport à un Indien et de l’absence de discours sur les modes de production et de consommation. Néanmoins, dans la deuxième partie de son article, l’auteur tient un discours peu clair, se voulant certainement neutre mais dès lors perdant le sens de son propos. Difficile au final de juger de la réelle conclusion de l’auteur par rapport à ces nouveaux discours émergeant et si l’approche « gagnant-gagnant » annoncées est vraiment souhaitables ou sujettes aux mêmes lacunes théoriques que ses prédécesseurs.

 

Deux articles en fin de recueil s’intéressent eux plus directement à l’écologie sociale elle-même.

« Anarchisme, libertarisme et environnementalisme. La pensée anti-autoritaire et la quête de sociétés auto-organisées » tout d’abord, de Damian F. White (auteur de Bookchin, a critical appraisal et ancien étudiant à l’Institute for Social Ecology) et Gideon Kossoff (écologiste sociale qui enseigne au collège Schumacher). L’article retrace les idées et le suivi des penseurs mêlant anarchisme, communalisme et écologie. On y retrouve le cheminement allant de Kropotkine à Bookchin, avec les apports d’autres penseurs comme Geddes, Colin Ward, Ebenezer Howard, etc. L’article a le mérite d’être clair et bien pensé.

 

Quelques réflexions autour de la question posée par Murray Bookchin  : « Qu’est-ce que l’écologie sociale ? », par Jacques Luzi (maître de conférences à l’université Bretagne Sud) commente le texte « Qu’est-ce que l’écologie sociale » (introduction à l’ouvrage The Ecology of Freedom, publié par l’ACL). J’ai eu ici par contre beaucoup de peine à suivre la réflexion très universitaire de Jacques Luzi et de comprendre les remarques faites à Bookchin. On y voit notamment une remise en question d’un lien direct entre domination de l’homme sur l’homme et domination sur la nature (ou, pour reprendre ses termes, « dégradation systématiques de la nature » – c’est lui qui souligne) et un manque théorique dans la relation entre le savoir et le pouvoir, notamment dans le discours de Bookchin sur la technologie. Pour Luzi, « Les critiques adressées [dans cet article] à Bookchin peuvent se résumer ainsi: toute forme de domination n’est pas incompatible avec la sauvegarde de l’environnement (on peut envisager comme écologiquement viable un « totalitarisme vert » conduit par une classe technocratique, ascétique et uniquement assujettie à la jouissance pure de l’exercice de la domination); des sociétés « autres » (fondées sur d’autres imaginaires que celui de la « maîtrise », un espace public ouvert, un savoir et des technologies spécifiques issus directement de la pratique « routinière » commune) développeraient nécessairement d’autres rapports (réels et symboliques) au monde naturel. Et l’auteur de conclure, en reformulant Nietzsche, sur le besoin de se libérer par envie plutôt que par un choix raisonné de l’emprise du monde actuel: « Le monde moderne perdra toute légitimité lorsque ce ne seront plus des raisons, mais le goût du plus grand nombre, qui décidera contre lui. »

Tout cela reste bien flou malgré tout et je n’ai pas toujours retrouvé le point de vue Bookchin dans les mots de l’auteur.

 

Environnementalisme, écologie & partis Verts

Beaucoup, pour ne pas dire tous, se revendiquent aujourd’hui de l’écologie. Dans cet article, Floréal Romero rappel la différence existante entre un courant modéré – environnementaliste -, qui reste dans le paradigme actuel de société et un second – écologiste – qui cherche à aller plus loin, à remettre en cause les fondements même de la crise.

C’est un débat que Bookchin lui-même avait adressé dès la fin des années 60 dans plusieurs textes, dont « Spontanéité et organisation » (publié dans Pour une écologie libératrice)

En lien avec cette thématique, un article du Monde Diplomatique d’août parle de ce que sont devenus les Verts Allemands, où la plongée dans « l’écolo bourgeoisie ». L’article, signé Olivier Cyran, n’est présent qu’en extrait.

Un extrait vidéo d’une conférence de Bookchin postée récemment sur YouTube aborde également la question du réformisme et du lien avec la participation politique, dans l’exemple allemand (discuté plus tôt dans la conférence par un des intervenants). L’exemple utilisé ici avec le « big fat asshole » montre bien comment le « jeu politique » peut être détourné à d’autres fins ! Dans l’original néanmoins, Bookchin revient ensuite sur la question, disant qu’il aurait préféré que les Verts Allemands ne cherchent pas à renter au Bundestag. La vidéo n’est pas encore sur le net.

L’expérience du groupe français Ecologie Sociale (1993-2005)

Une des rares applications concrètes en France des idées proches de Bookchin est le parcours politique du groupe français d’Ecologie Sociale. Un groupe fondé par d’anciens membres de la Fédération Anarchiste, dont Philippe Boursier, Willy Pelletier et Philippe Chailan. Ayant quitté cette dernière dans une volonté de dépasser la critique anticapitaliste « classique », trop « dogmatique et mythifiée », ils ont recherché une réflexion plus moderne qu’ils ne parvenaient à développer dans le cadre de la FA. La volonté d’ancrer les principes libertaires dans une réalité sociale plus concrète – et plus pragmatique également – les a amenés à s’inspirer de l’écologie sociale et d’autres courants de réflexion. Leur démarche reprend l’idée d’une pratique de la tendance libertaire « en dedans » au sein des institutions et par une participation politique. Entre 1992 et 1993, le groupe informel rejoint les Verts où il trouve une nouvelle ouverture. Il adopte alors le nom d’Ecologie Sociale. Ils s’y intègrent comme tendance marginale, libertaire, autogestionnaire, promouvant l’action politique locale. L’écoute rencontrée auprès de la formation écologique est intéressée, plutôt favorable, en développement. Mais l’accession au pouvoir en 1997 de la gauche plurielle et la politique du gouvernement Jospin va amener un changement d’optique au sein du parti qui les poussera à le quitter en 1998. Le petit groupe devient alors officiellement un mouvement.

Le mouvement a surtout marqué par son activité de publication. Il a publié durant une demi-douzaine d’années une revue, intitulée Arguments pour une écologie sociale, qui paraissait de façon trimestrielle entre 1998 et 2001. Elle est devenue plus tard Ecologie sociale, mensuel écologiste, égalitariste et libertaire pour quelques numéros, puis Ecologie sociale, la revue jusqu’en 2004. En plus de la revue, Ecologie Sociale publiait la feuille d’avis La lettre d’écologie sociale qui paraissait de façon bimensuelle et traitait des thèmes principalement relatifs à l’actualité de la politique française. (Source : R.A Forum)

Au niveau politique Ecologie Sociale a surtout eu une percée significative en Vendée, où certains de ses membres sont parvenus à être élus en 2001 sur une liste alternative (La Roche Claire – http://la.roche.claire.free.fr) qui a obtenu 14% des voix lors des municipales de la Roche-sur-Yon. Un bon résultat dû à la reconnaissance obtenue par une base militante active parvenue à quelques succès et ayant gagné par ce biais le soutien d’une partie de la population. Ce résultat permet à trois membres du groupe, dont Philippe Boursier, d’accéder au conseil municipal. Durant trois ans, le groupe va mener une « guérilla institutionnelle interne » pour tenter de faire passer des idées alternatives dans une municipalité dominée par la gauche traditionnelle. Leur action fonctionnera environ une année, mais l’expérience tourne court et se termine par une démission des représentants. Le manque d’expérience, le peu de moyens, la pression, le stress occasionné, le temps demandé ainsi qu’un rapport de force trop inégal face à une gauche majoritaire ont amené les trois élus à mettre fin à l’expérience, explique Philippe Boursier.

Par la suite, les perspectives politique d’Ecologie Sociale ans le giron politique français se sont vu réduites, notamment en raison du « blocage » psychologique de la gauche française avec l’échec au premier tour des présidentielles de 2002. Un événement qui a passablement diminué l’espace pour les groupes politiques à la gauche des socialistes. Au final, Ecologie Sociale va durer jusqu’en 2005, avec la fin de leur activité de publication.

S’ils s’inspirent ouvertement du municipalisme libertaire de Bookchin, le groupe n’a jamais complètement adhéré à ses principes, jugés trop orthodoxes sous plusieurs aspects. Ils s’en distancient notamment sur l’idéalisme marqué de la commune, trop vue comme elle devrait être (un des grands moteurs de la manière de penser de l’écologie sociale) que comme elle est réellement (1).  Leur démarche intellectuelle s’est développée vers la perspective d’associer aux principes libertaires, écologiques et sociaux les avancées de la recherche en science sociale, la science politique critique et notamment la sociologie de la domination via les écrits de Pierre Bourdieux. Dans cette optique, le mouvement associe à la pensée radicale et aux buts anticapitalistes (au sens large et bourdieusien justement de la notion de capital) un véritable pragmatisme doublé d’une ouverture.

(1) A la lecture du Municipalisme Libertaire de Janet Biehl, Philippe Chailan fait remarquer que « son insistance sur le thème de la communauté, sur le face à face, et sur l’immédiateté des relations dans une cité à l’échelle humaine, nous amènent à nous demander si Janet Biehl n’adhère pas, en quelque façon, à l’utopie d’une société parfaitement transparente et réconciliée avec elle-même. »

Réalisé à partir d’entretiens téléphoniques avec Philippe Chailan et Philippe Boursier entre 2008 et 2009.

Citation :

Pourquoi une écologie sociale ?

« Lorsqu’en 1993 nous avons créé la sensibilité Ecologie Sociale, nous étions animés par trois préoccupations essentielles que d’ailleurs, le choix de ce « label » suggérait. Ecologie sociale parce que le discours des Verts était encore très centré sur des préoccupations environnementalistes sans que le lien soit fait avec les questions sociales qui étaient au mieux une pièce rapportée aux thématiques habituelles du mouvement. Pour nous l’écologie ne peut s’arrêter à la porte des entreprises, des cités ou des commissariats. L’écologie telle que nous l’entendons doit s’inscrire au cœur des luttes et des mobilisations sociales pour devenir une espérance pour tous ceux qui aujourd’hui souffrent du productivisme et du capitalisme.
Mais le choix de l’écologie sociale exprimait également notre volonté d’insuffler à la pensée écologiste la force critique des sciences sociales et plus particulièrement de la sociologie dite de la domination. Avec ce parti pris théorique nous ne souhaitions pas adopter une posture intellectualiste, mais au contraire œuvrer pour que les écologistes s’emparent des ressources théoriques permettant de construire d’indispensables repères pour mieux résister à l’hégémonie du libéralisme et pour mieux comprendre les logiques sociales que nous voulons transformer.
Notre appellation enfin, était un clin d’œil à l’écologie sociale de l’écolo-libertaire américain Murray Boockhin bien que nous ne partagions pas l’ensemble des analyses de celui-ci. Comme l’écologie pourrait en effet ne pas être libertaire c’est-à-dire ne pas mettre en cause simultanément le productivisme et les capitalismes entendus comme pluralité de modes de domination, de capitalisation de ressources que celles-ci soient économiques, politiques ou culturelles ? »
(Tiré de : Arguments pour une écologie sociale, N°13, avril 1995)


Bibliographie sélective :

–    Philippe Boursier & Philippe Chailan, Le choix de l’ écologie sociale, éd. Arguments, Hors-série N°1, 200 p., 2000. [voir chronique]
–    Philippe Chailan, « Esquisse d’un projet d’écologie sociale », in Arguments pour une écologie sociale, N°33/34, novembre 1999.
–    Philippe Chailan, « L’écologie sociale, la sociologie critique et l’héritage libertaire », in Arguments pour une écologie sociale, N°31, avril 1999.
–    Robert Péaud, « Rencontre avec le collectif écologiste ‘Los Arenalejos’ », in Arguments pour une écologie sociale, N°39, 2000.
Site Internet

Histoire et développement de l’écologie sociale francophone

L’écologie sociale s’est encore peu développée en francophonie. Peu de recherches ont encore été faites pour voir quand et comment ses idées se sont développées, comment elles ont été accueillies et quels ont été leur influence. Voilà le résultat de quelques recherches pour déterminer par quels biais les écrits de Bookchin ont traversé les frontières des USA pour s’installer en francophonie.

D’entrée, il faut dissocier deux cas de figure : le milieu québécois et le milieu européen (Belge, France et Suisse).

Dans le cas québécois, la diffusion des écrits de Bookchin et de ses idées a clairement été facilitée par la proximité  géographique de l’Etat du Vermont et de l’Institute for Social Ecology. A Montréal notamment, l’éditeur Black Rose Books, qui a publié Bookchin en anglais, y est pour beaucoup. Dimitrios Roussopoulos, membre fondateur de Black Rose Books, a ensuite participé à  la diffusion de traductions, via les éditions Ecosociété, proches de l’écologie sociale. Il semble, bien qu’il soit difficile de juger, que c’est beaucoup via Montréal et le lien entre Roussopoulos et Bookchin et les éditions Ecosociété que la diffusion de ces idées à pu se faire au Québec. La ville bilingue est de fait un des « laboratoires » du municipalisme libertaire et des principes de l’écologie sociale.

En Europe, la situation est bien différente et l’écologie sociale est venue plus tardivement transmettre ses développements au sein de la gauche radicale. Si on en retrace la chronologie, on voit qu’un des premiers écrits de Bookchin s’est répandu à travers l’action du CIRA de Lausanne (et ce dès le début des années 70) avec la publication de « Ecoute Camarade! » en 1972 dans la revue Anarchisme et Non violence. Une revue de Post-Scarcity Anarchism était également parue dans le bulletin du CIRA N°24.

Par la suite, Helen Arnold et Daniel Blanchard (qui ont connu Bookchin aux USA, Helen Arnold ayant notamment publié dans la revue Anarchos à laquelle Bookchin participait) ont fait publier plusieurs tradutions. « Vers une technologie libératrice » en 1972 (éd. Parallèles) tout d’abord, mais surtout en 1976 Pour une société écologique paru chez l’important éditeur parisien Christian Bourgois. Traduit par Helen Arnold et Daniel Blanchard, le recueil reprenait plusieurs articles majeurs publiés par Bookchin dans Post-Scarcity : Anarchism et Toward an Ecological Society. Par la suite, leur tentative auprès des éditeurs parisiens de faire traduire The Ecology of Freedom n’ont pas abouti (avec des justifications telles que « l’écologie, c’est terminé »…).

Moins connu, il faut noter l’important travail de traduction en français opéré par le professeur Ronald Creagh qui s’est beaucoup investi pour la diffusion des idées de l’écologie sociale. Il a cherché à faire connaître Bookchin en France et en Italie, dès la fin des années 70, après sa rencontre avec John Clark. Des conférences ont ensuite été organisées en France et en Italie. De l’action de Creagh est ressortie beaucoup de traductions, d’articles ainsi que l’organisation de différents colloques. Par la suite, il faudra attendre les publications en français menées par l’Atelier de Création Libertaire de Lyon, surtout représenté dans ce domaine et dans la presse par Mimmo Pucciarelli.

En 1975, on trouve aussi des traces des écrits de Bookchin à Genève, au travers de la revue Informations et Contact (N°15), où le début de « Vers une technologie libératrice » est proposé en traduction. Une initiative sans doute proposée par le militant Ivar Petterson, qui avait rencontré Bookchin aux USA.

Ce qu’il faut retenir de ce tour d’horizon, c’est qu’il a fallu attendre 1976 pour voir un ouvrage conséquent des écrits de Bookchin diffusé dans des canaux importants et qu’il faudra attendre la toute fin des années 70 et surtout les années 80 pour voir les écrits devenir plus systématiquement traduits et se répandre. Si « Ecoute Camarade! » paraît quelques 3 ans seulement après sa publication initiale, il n’en est pas de même des textes fondateurs « Ecologie et pensée révolutionnaire » et « Vers une technologie libératrice », paru près de 10 ans après leur rédaction, perdant une partie de leur innovation, voir de leur adéquation avec la réalité dans le cas du second. Entre temps, dans les pays francophones, d’autres théoriciens ont déjà parlé de l’écologie avec des implications politiques. La place de précurseur de Bookchin n’est donc plus à prendre.

Enfin, contrairement à bon nombre d’autres pays européens, The Ecology of Freedom n’a jamais connu de traduction autre que partielle. L’ouvrage qui représente la somme de la pensée de Bookchin dans les années 80 est ainsi resté largement méconnu, du moins sur le continent européen où il était difficile de se le procurer.