Nous reproduisons ici le texte original de l’introduction à la publication de l’article « Ecoute Camarade! » (Listen, marxist!) de Murray Bookchin, paru dans la revue Anarchisme et non-violence N°30, en été 1972. Il s’agit (à notre connaissance), de la première traduction française d’un texte de Bookchin. L’article original a été réédité depuis en français dans Au-delà de la rareté (éditions Ecosociété) et vous le trouverez également sur ce site, mais il nous semblait intéressant de rendre également accessible cette introduction, qui montre bien les débats ayant cours à l’époque.Et dont qui restent toujours pendant.
Pourquoi ce texte ?
Le texte que nous présentons dans ce numéro n’a pas été élaboré par notre « groupe ». Notre seul travail aura été d’en assurer une diffusion plus large en français.
Écrit par Murray Bookchin [1] pour la revue « Anarchos » de New York, il a été traduit par des camarades des Beaux Arts de Paris, ronéotypé, et apporté à Strasbourg par un camarade venant de Nice. Il a échoué à la Librairie-Bazar-Coopérative où l’un d’entre nous l’a récupéré. Ce n’est certes pas le premier texte qui fait un tel voyage et cela n’a pas suffit pour que nous le publiions. C’est sur les raisons de cette publication qu’il faut s’expliquer.
Le titre original était « Écoute marxiste ! ». Nous l’avons changé. Il était destiné aux marxistes de tout poil. Nous le considérons comme un élément important, comme une contribution fondamentale au débat existant actuellement au sein du mouvement anarchiste. Contradiction de surface ? Non, problème de fond.
Le débat en cours porte essentiellement sur le problème de l’organisation, ce qui n’est absolument pas neuf. De telles discussions existent depuis qu’il y a des anarchistes : ce qui d’ailleurs en montre bien les limites. En effet, de tels débats interviennent après que des crises importantes eurent montré tout à la fois que l’intuition des anarchistes et le mouvement populaire se rejoignaient dans les premiers jours d’une crise révolutionnaire, mais que, par la suite, leur non-structuration les empêchait de pouvoir impulser les événements d’une façon libertaire. Les masses étaient alors récupérées par les tendances autoritaires, c’est-à-dire les marxistes-léninistes. Expliquant alors la cause de leur échec par le fait de leur non-organisation, on a vu et on voit toujours des camarades essayer de conjuguer l’esprit libertaire avec la création d’une organisation efficace pour ne pas dire léniniste. À ce propos, le mode d’organisation proposé par ce texte semblera idéal, et c’est là que le bât blesse. Un camarade disait que ce texte apparaîtrait comme bien trop favorable aux anarchistes alors que la réalité est différente.
Une question fondamentale se pose : Comment, avec des théories si intéressantes, le mouvement anarchiste peut-il apparaître si fangeux ? Il serait vain de vouloir passer en revue les différents groupes et leurs problèmes, un article fort intéressant du dernier « Recherche libertaire », le fait d’une façon très pertinente. Un de nos prochains numéros écrit par un camarade extérieur au « groupe » posera« la Question anarchiste »
Nous ne destinons pas ce texte aux marxistes-léninistes parce que nous n’avons aucun dialogue en cours avec eux, ce serait donc parler dans le vide. En fait, nous pensons que ce texte s’adresse à tous ceux qui, non étiquetés, pensent comme on le leur a appris qu’il est nécessaire, pour mener à bien une révolution, d’avoir un organe central de décision et de direction. Il s’adresse aussi à ceux qui, au contraire, sachant ce à quoi conduisent les révolutions de parti, pensent que la révolution procède du domaine du rêve et acceptent la situation comme inchangeable.
Nous avons modifié le titre parce que nous savons qu’il existe un courant de marxistes appelé, à tort ou à raison, « communistes de conseils », dont les positions ont peu à voir avec celles des marxistes-léninistes. L’auteur de ce texte ne les connaîtrait-il pas ? Ces marxistes, ce sont les gauchistes historiques ; c’est contre eux que Lénine vitupère dans « la Maladie infantile du communisme ». Ils n’ont que peu à faire, si ce n’est rien, avec les gauchistes d’aujourd’hui.
De même façon que précédemment, il vaut mieux renvoyer ceux de nos lecteurs qui seraient intéressés à l’excellent livre de R. Gombin, « Les Origines du gauchisme », paru dans la collection « P » au Seuil. De l’avis de certains d’entre nous, c’est de chez eux que peut venir la possibilité d’un dépassement de l’anarchisme et du marxisme traditionnels.
Sur le fond, que dire du texte que nous publions ? Peu de choses, car la publication se fait avant que nous en ayons réellement discuté entre nous. Il ne fait pourtant aucun doute que le problème le plus important est celui du rôle du prolétariat. Pour « Anarchos », comme pour la revue marxiste « Invariance », il y a une nouvelle classe en formation ; cette nouvelle classe contient en elle-même sa négation, c’est une classe-non-classe, issue de la dissolution de la société euro-nord-américaine, conséquence de la prolétarisation des couches moyennes de la société. Le débat est là, beaucoup plus qu’à propos de la validité du marxisme et du problème de l’organisation.
Ce texte est un jalon dans la réflexion entreprise par quelques-uns d’entre nous depuis peu de temps.
Anarchistes non violents, nous avions essayé de sortir la non-violence de sa gangue religieuse, de lui donner une dimension radicale en l’associant à ce qui nous paraissait être sa suite logique au niveau économique et social, à savoir l’anarchisme. Nous pensons avoir avancé dans ce sens. On peut dire qu’il existe aujourd’hui un courant anarchiste non violent d’ailleurs indépendant de nous. Ce qui n’existait pas il y a encore quatre ans. Maintenant, se pose à nous le problème de l’anarchisme, non pas en tant qu’idéologie, ce qu’il est si peu, mais en tant que moyen de compréhension de la réalité sociale, ce que d’aucuns appellent le mouvement réel du prolétariat et des organes autonomes qu’il se donne dans sa lutte contre le capital. Organes dont les plus connus sont appelés conseils ouvriers.
Comité de rédaction de ce numéro.
[1] Participe à la revue américaine « Anarchos », auteur d’un récent recueil d’essais intitulé « Post-scarcity Anarchism » (« l’Anarchisme post-pénuriel », non traduit en français), Ramparts Press Ed.
« Murray Bookchin est anarchiste-communiste, humaniste et révolutionnaire. Il a ajouté à la tradition un nouveau trait : il est aussi écologiste. » (« Win Magazine », 15 novembre 1971)
« Ayant rompu avec Bookchin déjà depuis décembre 1967 au sujet de son ardente défense de militants sacrificiels et de mystiques, nous ajouterons seulement que nous nous intéressons aux individus consciemment engagés dans la négation de la société de classes (qui, pour Bookchin, n’existe pas, ou, si elle existe, n’a pas d’importance). » (« Situationist International », n° 1, juin 1969).
A lire aussi, deux courriers de lecteurs parus dans le N°31 de Anarchisme et non-violence.
Le capitalisme viral: la piste communaliste pour son confinement définitif
Floréal Romero propose une analyse de la pandémie et du système de santé actuel à l’aune des réflexions sur le communalisme. Un texte qui cherche à mettre en évidence les dessous de la crise, accompagné d’un appel à ne pas chercher à « revenir à la normalité », mais bien à profiter de cette crise pour en sortir.
« Un problème sans solution est un problème mal posé » Albert. Einstein
Oui,
il se pourrait bien que le problème qui se pose ne se situe pas là
où il se manifeste. Bien entendu, je veux parler de ce virus qui
taraude tous les esprits de jour et de nuit et que je me refuse à
nommer. Avant de me traiter d´inconscient, ou hors de la réalité
parce que je ne suis pas aide-soignant à trimer dans un hôpital,
permettez-moi de prendre un petit recul et d´essayer de recentrer le
problème.
Si
l´on considère que le monde est malade, et très peu de personnes
s´opposeront à ce diagnostic, comment ne pas penser que la société
qui l´habite le soit aussi? Comment ne pas penser que c´est bien
cette société auto-phage qui détruit son propre milieu naturel ?
Seul un aveuglement pourrait nous empêcher d´admettre que les
membres de cette société en subissent directement les
conséquences1.Mais
la société est malade de son gigantisme qui d´un côté détruit
le milieu naturel et de l´autre la société elle-même. C´est
ainsi que le confinement, dont on parle tant, dans les faits est
devenu, à notre insu, l´une des caractéristiques majeures des
métropoles malgré la mobiilité ambiante incessante, par la
surdensité et la promiscuité. Oui, l´être humain est capable de
monstruosités, il a la capacité de détruire le milieu qui
l´héberge ou ses propres congénères, mais c´est aussi ce qui lui
donne aussi la capacité de créer. Tout dépend des rapports de
domination et de
production
qui se sont établis au cours de l´histoire. Ces
derniers structurent
et déterminent le caractère créateur ou destructeur, décentralisé
ou concentrationnaire de cette société et de son rapport au
milieu
naturel. L´esclavage, le servage et le capitalisme dans tous ses
états (États), nous montrent l´évolution des rapports de
domination et ceux de production et la progression de la destruction
qu’ils
engendrent.
Cependant,
différentes sources
de savoir, nous montrent qu´il n´en a pas toujours été ainsi.
I
– Et si on parlait un tout petit peu santé ?
Ce
recul va nous permettre, avec la distance, de restituer le virus dans
une dimension sans doute moins obsessive. Certes il a réussi un
coup de maître là où d´autres pandémies d´après les années 45
(VIH, vache folle,
SARS-CoV-2,
Grippe
A (H1N1),
Ebola, etc.) avaient toutes échoué. Ce diable on nous le jette
comme un os à ronger et sa
digestion
nous endort l´esprit. Ne nous affecte-t-il pas davantage par les
mesures sociales, psychologiques
et physiques qui l´accompagnent. Certains chercheurs remettent
en question que ce virus ait une nocivité particulière par rapport
aux autres. D´autres vont jusqu´à remettre en question la
nocivité-même des virus en tant que tels, en affirmant
qu´ils ne sont que les déclencheurs de pathologie existantes.
Ce qui nous obligerait à focaliser tous nos efforts pour comprendre
et chercher à les guérir. Cette démarche ferait écho au
biologiste Claude Bernard2 lorsqu´il
affirmait: « Le microbe n´est rien, le terrain est tout», et
nous renvoie à la notion clé de milieu autant dans le corps, situé
dans la société et celle-ci dans le monde à l´image des poupées
russes. Pour ce qui est de notre corps, de notre milieu interne,
force nous est de constater que cette imposition n´arrange rien,
bien au contraire. Elle provoque un grand stress par la paranoïa du
virus, et l´obligation de lutter comme en temps de guerre contre
l´ennemi invisible mais sans agir. Non pas question d´agir mais
obéir en se soumettant au contrôle policier, voire en approuvant la
délation des personnes divergentes pour le bien de tous. Au lieu de
promouvoir les facteurs de santé, dans les mouvement à l´air
libre, une alimentation saine, le contact à la terre, la relation
amicale, etc…, sont développés leurs contraires. Cependant,
séquestrer la vie sociale par le militarisme nous plonge assurément
dans un état d´inhibition de l´action, désastreux pour la santé,
comme le démontra Henri Laborit3.
Les personnes les plus fragiles, la plupart au du bas de l´échelle
sociale étant les plus affectées. Il en va ainsi des précaires,
des vagabonds, des migrants, des prisonniers et de personnel
sanitaire fragilisés par un travail épuisant dans les hôpitaux
trop pleins et sans moyens suffisants.
Vous
avez dit « Système de santé » ?
Cette
intervention « musclée » s´appuie assurément sur une
conception de la santé et de la maladie. Ainsi le « système
de santé » mis en place par cette société, conceptuellement
et dans la pratique qui en découle, ne vise pas la santé mais la
maladie. Il s´attaque à la maladie, considérée comme ennemie, ce
qui n´est pas toujours le cas du moins dans ses phases premières et
bénignes4.
Par contre cela se complique si l´on élimine les symptômes à
coups de poisons au lieu de mettre le corps dans les meilleurs
conditions possibles et le laisser agir par ses propres moyens. C´est
un processus développé pendant de milliers d´années sans attendre
Pasteur et toujours en interaction étroite avec les virus et les
bactéries. Les répressions répétées et multiples des
manifestations du corps à coups de poisons, finissent par détruire
les capacités curatives et régénératives du corps. Du coup cette
débilitation va favoriser l´apparition des maladies dégénératives
voire auto-immunes, tout comme les provoquent les poisons de
l´agrochimie et les particules toxiques dans notre alimentation et
celles dispersées, dans l´air et l´eau, de plus en plus pollués.
Bien entendu tout jeter par la borde
serait
stupide. Qui nierait les énormes progrès réalisés contre les
parasites tropicaux par exemple ou la chirurgie ? Mais, sachant
que
80% de l’ensemble des maladies sont générées par nos conditions de
vie, pourquoi l’étude des processus et conditions favorisant la
santé, n’est-il pas enseignée aux médecins ?
La
maladie mortelle du système de santé
Tout
le système est piloté, en fait, par une industrie dont l’influence,
les marges et les bénéfices sont hors de toute mesure, comme le
signale un rapport datant de 2005 réalisé pour la Chambre des
Communes du Royaume-Uni5:
« L’industrie
pharmaceutique trahit ses responsabilités à l’égard du public et
des institutions. Les grandes firmes se sont de plus en plus
focalisées sur le marketing, plus que sur la recherche, et elles
exercent une influence omniprésente et persistante, non seulement
sur la médecine et la recherche, mais sur les patients, les médias,
les administrations, les agences de régulation et les politiques.
(…) Elle s’est imbriquée dans tout le système, à tous les
niveaux. C’est elle qui définit les programmes et la pratique
médicale. Elle définit aussi les objectifs de recherche de
médicaments sur d’autres priorités que celles de la santé
publique, uniquement en fonction des marchés qu’elle peut
s’ouvrir. Elle détermine non seulement ce qui est à rechercher,
mais comment le rechercher et surtout comment les résultats en
seront interprétés et publiés. Elle est maintenant hors de tout
contrôle. Ses tentacules s’infiltrent à tous les niveaux. Il faut
lui imposer de profonds changements. »
C´est
ainsi que, tels des vautours, les consortiums qui par ailleurs
contrôlent la quasi-totalité de nos besoins primaires, comme
l´alimentation, dont nous sommes dépossédés, continuent à
contrôler les maladies dégénératives qu´ils ont eux-mêmes
provoquées. Alors ces décès seront attribués, non au cancer ou
autres causes préexistantes, mais aux virus de passage. Une
manière de faire baisser artificiellement la mortalité par cancer,
toujours aussi préoccupante ?
Ils
pourront ainsi continuer à nous vendre impunément des médicaments
pour nos cancers, nos infarctus, nos AVC, nos diabètes, nos
Alzheimer, Parkinson, dépressions et autres scléroses en plaques.
Le serpent se meurt la queue et le système de santé se meurt et se
transmute en gardien, voire en promoteur du désastre.
Envisager
la santé comme globalité
Dans
un système de domination il n´est pas bon se poser la question du
pourquoi. Par exemple du pourquoi on perd la santé physique et
mentale. La santé, nous l´avons sans doute oublié, mais c´est
tout de même la condition première et normale de tout organisme
vivant. Mieux vaut pour le pouvoir en place, normaliser la maladie
comme ennemie dès le départ, ne pas la considérer comme processus
vital visant au rétablissement de la santé. Car de suivre cette
logique dernière, nous en viendrions logiquement à nous poser des
questionsradicales,
c´est à dire chercher à la
racine,
les
causes,
à questionner la santé du milieu social et naturel dans lequel nous
vivons. Si nous étendons ce concept de santé au niveau social, pour
l´Etat et ses suppôts, réprimer les gilets jaunes, par exemple,
est un devoir salutaire. Mieux vaut pour les gardiens de l´ordre
établi, accuser les manifestants d´ennemis du corps social plutôt
que révélateurs de la misère et du mal-être, comme chance et
opportunité de régénération sociale. Ne négligeons pas cette
approche dissidente et très minoritaire de la santé qui se base
elle aussi sur de sérieuses études scientifiques. Car ce qui pose
problème c´est que, depuis longtemps déjà, la science a été
mise au service de la rationalisation de l´effi-science
productiviste du capitalisme.
L´immense
emprise de cette logique bourgeoise vis-à-vis de la santé et de la
maladie s´applique dans tous les domaines de la vie mais
malheureusement, nombre de ses opposants l´ont assumée à leur
insu. C´est ce que Marx nomme la superstructure, soit l’ensemble des
idées d’une société, ses productions non matérielles comme les
institutions
politiques,
les lois,
la religion,
la philosophie,
la morale,
l’art
mais aussi la pensée
et la conscience
de soi.
C´est elle qui précisément permet
de maintenir l´infrastructure, soit les
conditions de production (climat,
ressources
naturelles),
les forces
productives
(outils,
machines) et
les rapports
de production
(classes
sociales,
domination,
aliénation,
salariat…). Les
opposants à « sensibilité
de gauche ou écologiste», ceux qui se situent encore sur le
vecteur de la démocratie représentative sont bien loin d´avoir
remis en cause cette superstructure infiltrée en nous.
De
là leur atermoiement vis-à vis des Institutions de l´Etat. En leur
attribuant des qualités quasi humaines pour leur gestion sociale
« supportable » et obligée seulement par nos luttes ou
en prévision de celles-ci, ils ont entretenu le mythe d´un
capitalisme à visage humain. Ce faisant on oublie ses massacres
continus du passé et du présent, à travers le monde, sa structure
et sa dynamique dramatiquement prédatrice, froide et biocide qui ne
recule devant rien. L´Etat, gouverné par les uns ou par les autres,
n´est et ne peut être autre chose que l´outil du capital pour
l´aider dans ses forfaits, du-t-il passer sur le corps de la moitié
de l´humanité. Cependant les masques de l´aliénation idéologique
posés, comme il se doit, à hauteur des yeux, ont encore du mal à
tomber. C´est cette mesure prophylaxique de l´esprit qui empêche
de voir ce que cache ce colossal effort de la part des Etats pour
«sauver des vies». Efforts, ressassés à souhait par tous les
médias du monde et soutenus surtout par les soignants et subis par
les populations confinées pour leur «propre bien». Il suffirait
cependant de rabattre le masque pour s´apercevoir que le ressort de
cet agir de l´Etat est tout autre.
II
– Un seul problème contenant tous les autres: le capitalisme dans
tous ces états
« Seul
le positivisme sédimenté comme forme de pensée commune peut
établir un virus comme cause d’une crise économique : le
confinement cognitif dans un monde factuellement articulé par des
causes et des effets immédiats fait partie de la structure mécanique
abstraite de la science moderne ».6
La
toile de fond
«Les
conditions bourgeoises de production et de commerce, les rapports
de
propriété bourgeois, la société bourgeoise moderne, qui a fait
éclore
de si puissants moyens de production et de
communication, ressemble à ce magicien, désormais, incapable
d’exorciser les puissances infernales
qu’il a évoquées.
[…] Il suffit de rappeler les crises commerciales qui,
par
leur retour périodique, menacent de plus en plus l’existence de
la
société bourgeoise. Dans ces crises, une grande partie, non
seulement
des produits déjà créés, mais encore des forces
productives est livrée à
la destruction. Une épidémie
sociale éclate, qui, à toute autre époque,
eût semblé
absurde : l’épidémie de la surproduction. Brusquement, la
société
se voit rejetée dans un état de barbarie momentané : on
dirait
qu’une famine, une guerre de destruction universelle
lui ont coupé les
vivres ; l’industrie, le commerce semblent
anéantis. Et pourquoi ? Parce que la société a trop de
civilisation, trop de vivres, trop d’industrie, trop de commerce.»
Karl
Marx et Friedrich Engels. Manifeste du parti communiste, 1848.
Depuis,
crises après crises, la situation ne s´est pas arrangée, bien au
contraire. Nous en sommes arrivés à un
capitalisme pleinement développé, avec pléthore de marchandises
qui inondent les marchés et sans débouchés. Par ailleurs
l´informatique, l´automation et la robotisation permettent au
capitalisme de dévaloriser
sans vergogne ce qui fait sa propre dynamique, le travail humain, et
saccager sans retenue le monde naturel qui constitue la base
matérielle de sa croissance. Le capitalisme ne pouvant s´arrêter
sous peine de mort, va
donc augmenter la circulation de l’argent à travers le système
pour stimuler le pouvoir d’achat manquant. L´argent alors devenu
marchandise s´achète pour ses promesses et entraîne la
spéculation. C´est le domaine de la finance, une activité
croissante dans le sillon creusé par le capitalisme. C´est ainsi
que le capital fictif est devenu aujourd’hui un élément essentiel
de la dynamique économique qui, avec un endettement exponentiel,
inexorablement, tel un cancer, mène ce même capitalisme à sa
propre perte. « L’attitude yankee (de rompre l´étalon or et
imposer le dollar) était une nécessité structurelle qui a révélé
que dans le capitalisme, comme dans une figuration hégélienne, le
point culminant du développement correspondait au début de sa
décadence. »7
Le
dressage à la 4ème
révolution
Mais
le capitalisme a plus d´un tour dans son sac et l´agonie qui vient,
le force à des sursauts structuraux comme jamais auparavant. La
carapace sociale est devenue trop petite, trop lourde, coûteuse et
contraignante et il lui faut la briser. Il s´agit, une fois de plus
de baisser les coûts de production, même si cela le mène à la
banqueroute à force d´éliminer le travail humain qui devient de
plus en plus obsolète. Les convergences entre sciences et
technologies de pointe (génome humain, nanotechnologies, connexion
5G8,
intelligence artificielle, smart-cities, big data, robotique,
neurones numériques, biologie numérique) lui a ouvert la voie de
la quatrième révolution industrielle. Mais cette révolution exige
une nouvelle structure sociale, qui s´adapte au nouveau modèle de
production en devenir et des dynamiques de travail et de consommation
qui en découlent. Aujourd’hui, c’est un virage à angle droit, ce
qui implique une modification profonde de toutes les structures
sociales existantes. Nous sommes en plein capitalisme cognitif,
apparu
dans les années 1990 et qui est se base sur la l´industrie de la
connaissance. Une industrie qui réclame à corps et à cris toute la
puissance informatique, fonctionnant en réseaux. Pour être
compétitives, toutes les activités seront désormais alignées sur
le numérique, avec connexion 5G.
L’un
des scénarios envisagé, ayant des probabilités théoriques les
plus élevées, place le foyer comme l’épicentre du travail, de la
consommation, de l’éducation. Le travail et autres activités, comme
l´éducation ou les culturelles en réseau. Oui, un réseau mais
virtuel, dans la solitude physique et à la merci des détenteurs de
moyens de production. Mais cela implique un processus de rééducation
colossal et sans précédent et d´une énorme difficulté. Cela
nécessite la mise en œuvre d´une gigantesque ingénierie sociale,
du jamais vu auparavant dans l´histoire humaine et l´urgence que
pose l´effondrement qui vient l´oblige à résoudre l´équation
dans un temps record. Il faut frapper vite et fort pour briser toute
résistance anticapitaliste, un exercice de déjà-vu mais seulement
dans les pires dystopies de science-fiction. La réalité nous
montrerait que pour le capitalisme, toute barrière peut être
brisée.
L´efficience
de la peur
Ce
serait s´aventurer sur le terrain marécageux des théories de la
conspiration qui ne font qu´empêcher toute analyse radicale, que
d´avancer que le scénario était écrit à l´avance. Mais souvent,
l´occasion fait le larron. Certes, Marx l´a montré clairement, le
capitalisme est un sujet automate qui suit sa logique propre et
obligée, celle de la valorisation de la valeur, mais il a aussi ses
« sous-officiers » qui s´y plient mais vont aussi tout
faire pour éviter ses déboires.
Depuis
quelques décennies,
notons l´empressement de certains économistes comme Jérémy
Rifkin9
ou le prix Nobel, Stiglitz (Capitaliste progressiste) à se mobiliser
en faveur du capitalisme vert, « comme si l´on était en état
de guerre ». Certes cette mobilisation a déjà commencé mais
sans garantie que les jeunes suiveurs de Greta Thumberg suivent le
projet du New Green Deal jusqu´au bout. Ces jeunes peuvent même en
arriver à s´éveiller à une conscience anticapitaliste. Dans cette
ambiance d´un renouvellement des mouvements contestataires de par le
monde, il se trouve que la Chine, un pays au bord d´un effondrement
économique, écologique et autres, fait face à un problème
sanitaire grave, entraînant
la mort et ce, à cause de la pollution. S´en suivent des révoltes,
et le diagnostic tombe : c´est une pandémie ! Une aubaine
venue du ciel pollué à l´extrême dans la région de Wuhan, un
outil formidable pour canaliser toute contestation via le digital, un
processus déjà bien avancé dans ce pays et tout à fait
exportable. Les dirigeants politiques à l´Ouest sont certainement
surpris. Pris de court, ils improvisent et ne peuvent refuser de
crier haro sur le virus. Ce serait complètement inconscient et ils
perdraient rapidement leur poste en faveur de leurs opposants. Alors,
ils improvisent.
Le
voyages en avion a, dit-on, aidé à la propagation du virus. La
déduction était toute trouvée, le mythe du virus étant bien
entretenu, tout contact humain représente un danger pour notre
santé. Arrêtons tout, surtout dans les métropoles. Évitons à
tout prix le voisin, l’ami, une quelconque personne dans le métro,
le bus ou la rue. Ainsi l’ancienne sociabilité, encore indispensable
lors de la première, la seconde, voire encore lors de la troisième
révolution industrielle sont remis en question. Le désengagement
devient un « acte responsable » et la désaffection humaine
est naturalisée. Il s´agit de bien faire comprendre que nous
pouvons vivre sans être en contact avec les autres, d´installer ce
message dans la civilisation humaine.
Mais
pour le traduire dans les faits, il est indispensable de se voir
appuyé par de vastes secteurs populaires et la classe moyenne afin
qu´elles invoquent des mesures de contrôle autoritaires. Une fois
de plus rien de plus efficace que la peur. 2,3 millions de morts par
accident de travail de par le monde, plus de 35 millions par
dénutrition, 1,5 par tuberculose ne sont d´aucun effet. La mort
doit être là, tout près, comme les autres années mais cette fois
elle doit sauter aux yeux10.
Le matraquage constant de tous les médias se chargera de déchaîner
cette peur avec l’horreur des milliers de morts dans le monde, mais
aussi là tout près de nous, dans les hôpitaux, avec les
brancardiers habillés comme des cosmonautes. Assurément tous des
morts causés par le fameux virus. La Science a parlé, il n´y a
rien à redire.
Pour
les suites,
Klaus Schwab,
le créateur du Forum mondial de Davos, « environ 47 % des
emplois américains sont menacés, peut-être dans les dix ou vingt
prochaines années ; une destruction d’emplois d’une ampleur beaucoup
plus grande et à un rythme beaucoup plus rapide que les changements
du marché du travail connus lors des précédentes révolutions
industrielles ». 11
Le
filet
Le
capitalisme dans tous ses états va donc en appeler, comme toujours
aux Etats qui, à la fin de leur processus d´affirmation et en
appliquant les lois de la médecine vont chercher à s´immuniser
contre la décadence de leur protecteur, en s´injectant la peste
brune12.
La soi-disant notion démocratique de prise de décision est éclipsée
par un appel collectif à la guerre, donc à la discipline militaire.
Les états d’alerte, d’urgence et de suspensions des garanties
deviennent « inévitables » et le premier état de siège
planétaire survient malgré l´apparente contradiction du retour de
la frontière, comme le Brexit ou le cas Trump. En effet il est
désormais pratiquement impossible de sortir de la mondialisation.
Du
moins pour ce qui est de l´économie car il en va bien autrement
pour tous ces migrants qui s´entassent aux frontières et dont on ne
parle plus. Ce qui est certain c´est que Les Etats, avec des
prétextes différents, se préparent depuis la crise de 2008 et ce,
dans tous les pays depuis la zone piétonne du capitalisme jusqu´à
sa périphérie avec des conséquences similaires. Lorsque,
« officiellement », l’état d’urgence a été levé en
France, après l´avoir imposé suite à l’attentat du 13 novembre
2015 à Paris, il a engendré une législation de sécurité
renforcée.
En
Espagne, la « loi bâillon » adoptée en 2015 peut abolir
la liberté d’expression et de manifestation et prévoit des amendes
allant jusqu’à 600 000 euros. Aujourd’hui avec la guerre
internationale contre l´ennemi commun invisible, « l´état
d´alarme » imposé par le gouvernement de gauche,
n’importe qui peut devenir un « terroriste », même
quelqu’un qui ne fait que troubler « l’ordre public »
pour être sorti trois fois de suite dans la même journée.
Tous
ces phénomènes, ajoutés à la dénonciation des « dissidents »
par les mouchards, sous prétexte de solidarité mais toujours à
distance, les défilés de troupes militaires dans les rues de Bilbao
au chant de « ¡Viva España ! », évoquent bien un
retour à la case départ, celle du franquisme. Adorno signifiait
autrefois qu’il se préoccupait moins du fascisme contre
la démocratie que du fascisme dans
la démocratie. Au-delà d’Adorno, cependant, le fascisme
doit être considéré comme
la continuation de la démocratie par d’autres moyens.
Il est vrai que la Chine n´est jamais sortie de la dictature et que
l´alibi du virus est tout trouvé pour la renforcer avec des
méthodes orwelliennes. L´état de choc aidant, il ne serait pas
exclu que cette dernière puisse vendre avec succès son modèle
d´Etat policier digital sous prétexte de pandémie13.
Les démocraties comme l´Allemagne ou les pays de l´Est, la Russie,
le Brésil, le Chili et autres, suintant le fascisme ne serait-ce que
par leurs appareils militaires et de police, seraient prêtes à
l´acheter car la fameuse démocratie doit actuellement être réduite
à son noyau répressif14.
Dans cette guerre sans merci, les défavorisées, les perdants
doivent crever aussi silencieusement que possible et ce ne sont pas
des choses négociables démocratiquement.
Rien
ne sera plus comme avant
Même
si la durée de la guerre contre ce virus ne cesse de se rallonger,
cette situation est encore trop contraignante pour pouvoir durer trop
longtemps. Nous ne sommes pas encore bien formatés pour la vivre
sans ruer dans les brancards. Aussi, une fois le pic de décès
passé, celui de personnes les plus fragiles et les plus exposées
aux misères, l´étau de l´état de guerre va se déserrer. Nous
vivrons certainement bientôt l’apparence d’un retour à la « normale »
mais nous ne serons plus les mêmes. Il se pourrait même que, grâce
à la gauche du capital15,
l´Etat alloue un Revenu Universel,
en
Espagne tout
comme en Allemagne, pour commencer. Notons qu´à
l’origine, il s´agit d´une idée de Milton Friedman, reprise par
l´économiste-star du libéralisme conservateur, Friedrich Hayek.
Quoi
qu´il en soit, les répercussions de cette crise sanitaire du
capital seront importantes puisque l’hégémonie de la société
capitaliste de la quatrième révolution industrielle ne sera plus
une utopie, mais assurément une dystopie possible pour des milliards
d’hommes et de femmes sur toute la planète.
Sinon
comment expliquer que le CAC40, malgré la débâcle, se maintienne
encore à un niveau 25% supérieur à celui de sa valeur
historiquement bas de 2008 ?
La
nouvelle normalité portera le germe de la nécessité de repenser le
foyer familial autiste, isolé des autres, comme lieu de vie, de
travail, d’éducation, de santé, de sécurité et même comme
illusion de gouvernance. Le monde deviendra virtuel, incontrôlable
pour nous mais nous laisserons le big data veiller sur notre
tranquillité au foyer, tout en ayant la possibilité de voter nos
représentants dans cette nouvelle démocratie virtuelle.
De
nouvelles crises et d’autres moyens de consolider l’hégémonie de la
nouvelle société vont certainement se produire, mais la graine du
« nouveau » modèle capitaliste a été semée.
Ce
que nous vivons laisse entrevoir ce qui, avec le changement
climatique, attend l’humanité dans quelques décennies si la
structure économique et politique du monde ne change pas très
rapidement et très radicalement.
D´autant
qu´avec la réduction des activités économiques, un certain
« arrêt sur image » de la dévastation se propage sur
les réseaux sociaux. Par exemple, la disparition du chapeau de
pollution sur Pékin, le retour des dauphins dans le port de Cagliari
et des poissons dans les canaux de Venise. De là à dire comme
auparavant l’écologie profonde, que Gaia se venge de nous, la
Terre se purge de la peste humaine il n´y a qu´un pas vite franchi
par les écofascismes de tout bord.
Le
R.N, de Marine Le Pen ou le Fidesz de Viktor Orban ont déjà parlé
à plusieurs reprises de la nécessité de renforcer la fermeture des
frontières comme mesure de lutte contre le changement climatique.
Dans une interview accordée il y a quelques mois, Le Pen a fait
valoir que les préoccupations relatives au climat sont
« intrinsèquement nationalistes » et que les « nomades »,
comme elle appelle les migrants, « ne se soucient pas de
l’environnement parce qu’ils n’ont pas de patrie ». Pour
l’instant, les mesures qu’ils proposent n’incluent pas
l’extermination ou la stérilisation forcée mais qui sait ? Ils
peuvent toujours évoluer, d´autres l´ont réalisé avant eux.
Celles du choix stratégique de la crise actuelle se charge déjà de
la faire, en accentuant la pauvreté et la misère des milliers,
voire des millions de personnes dans les périphéries d´ici mais
surtout celles de l´Inde, l´Afrique et l´Amérique Latine.
Nous
ne voulons pas que « la pandémie nous donne l’opportunité
de réguler une machine économique spéculative devenue folle »,
comme nous le suggère l´économiste Pierre Yves Gomez. Nous
ne voulons pas de cette machine économique qui tue. Il est temps que
les résistances anticapitalistes osent réfléchir à cette nouvelle
réalité pour s´apercevoir que le capitalisme est par essence
totalitaire. Sa démocratie n´étant que la toile de fond de sa
société du spectacle, nous avons l´obligation d´en sortir.
IV
– Ne les laissons pas jouer avec notre santé, avec nos vies, prenons
les en main
« Là
où croît le péril, croît aussi ce qui sauve » Hölderlin
Réagir,
penser et préparer la réponse
Ne
revenons pas à la normalité, car la normalité, c’était le
problème.
Alors,
partons du péril, écrasons-le dans sa conception-même en unissant
théorie et pratique, sachant que les deux sont complémentaires et
inter-agissantes. Prenons-le donc à la racine, contrairement à ce
que font certains, à caresser dans le sens du poil en embrassant
d´entrée la thèse officielle du virus, dans cette formule
désormais classique des signatures à rallonge. En santé comme en
politique, la fin ne justifie pas les moyens et les moyens doivent
s´apparenter aux fins. On ne peut pas plus utiliser le poison pour
nous désintoxiquer que l´Etat pour émanciper la société. Au
risque de contredire ses propres choix politiques, Sartre avançait :
« La
fin est l’unité synthétique des moyens employés. Il y a donc des
moyens qui risquent de détruire la fin qu’ils se proposent de
réaliser, en brisant par leur simple présence l’unité
synthétique où ils veulent entrer. »
Oui,
préparons-nous mais sans attendre que le papa Etat, nous donne la
permission de le faire. Faisons ce que nous avons à faire lorsque
nous nous sentirons de le faire, soit lorsque nous aurons acquis la
conviction et la force pour le faire.
Si
de cette bravade conjurée des Etats toujours au service du Capital,
nous pouvons en tirer du positif, c´est sans doute qu´elle a permis
à de nombreuses personnes de prendre du recul en même temps pour la
première fois de l´histoire. Une façon de prendre la mesure de ce
qui nous est proche, du milieu qui nous abrite, des peurs qui nous
habitent, d´évaluer nos forces et nos faiblesses, personnelles et
collectives, de faire le point et de commencer à penser un mouvement
émancipateur.
Ne
nous laissons pas berner par les discours paternalistes trompeurs au
nom de la solidarité et qui dans les faits désagrègent les liens.
Profitons-en pour dénoncer ce qui vraiment met en péril notre
santé, individuelle mais aussi sociétale, contre les OGM, les
pesticides, l´industrie agro-alimentaire et pharmaceutique, le
nucléaire, les métaux lourds, la pollution en général, la
destruction des écosystèmes, etc…Refusons tout isolement et
confinement dans tous les domaines de la vie, ces mesures
s´inscrivent
contre notre nature sociale fondamentale et contre notre psychisme
basique. Aussi, ne considérons pas la « question sociale »
comme étant de retour. Elle a toujours été, mais elle prendra
plus de relief, plus souffrance encore. Une nouvelle pauvreté
s´installe chaque fois plus aiguë
avec de plus en plus de laissés pour compte. La cause de toutes ces
distorsions et toutes ces destructions, se trouvant uniquement dans
la recherche obsessive et obligée de la valorisation monétaire,
dans le cadre du marché compétitif.
Articulons
toutes ces luttes, mais aussi les alternatives dans l´espoir de
créer un mouvement horizontalement structuré à partir du local. Un
local non pas confiné mais au contraire ouvert et qui, partant des
moyens et des nécessités individuelles et familiales s´ouvre aux
autres dans la communication, l´entraide et l´empathie de façon à
retrouver le désir de vivre ensemble. Ce désir fondateur, cette
joie de lutter, de décider, de produire au coude à coude, en
réduisant les inégalités et en extirpant le poison de la
domination, c´est ce dont nous avons essentiellement besoin. Besoin
d´imaginer collectivement notre milieu social en rapport avec nos
nécessités essentielles et en fonction de notre milieu naturel. Car
l´important c´est bien cette création collective partant des
initiatives de chacune et de chacun, celle de notre propre culture,
toujours à enrichir par celles des autres, à travers les arts de
toute sorte et de la fête. Enfin toutes ces activités qui font de
nous des êtres humains et qui nous a été volées et réduites à
des formes caricaturales et misérables à un seul binôme :
travail/consommation, et chacun dans son coin. Certes pour générer
un mouvement conséquent, il nous faudra lui injecter une forte
volonté de nous défaire des valeurs social-darwiniennes de
compétition, sexistes, racistes et antisémites dans toutes ses
variations. L´autre élément indispensable à cette convergence,
le liant en quelque sorte sera l´horizon commun capable de lui
donner un sens : celui de sortir du capitalisme mortifère, mais
avec les acquis du passé pour s´en inspirer et, à la fois en
éviter les pièges. C´est ce que se propose l´écologie sociale, à
la fois analyse et horizon d´émancipation et intégration sociale
dans le milieu naturel. Sa proposition communaliste représentant
son outil politique pour y parvenir.
Et
puis reprenons à notre compte la notion de « services
publics » usurpée par l´Etat, pièce essentielle du
capitalisme et de surcroît une entreprise à lui seul. Une
entreprise en immersion dans le marché et toujours en concurrence
avec les autres entreprises désormais transnationales, ne peut être
considérée « service public », comme l´ont cru pendant
longtemps de nombreuses personnes à sensibilité de gauche. Le
publicum
renvoie à la collectivité toute entière, à l´ensemble des
citoyens et c´est une distorsion idéologique que celle d´abandonner
sa gestion à l´Etat qui en dispose à sa guise.
L’attachement
des citoyens aux services publics, en particulier aux services de
santé, est tout à fait louable parce qu´il ont cru pendant
longtemps que l´Etat était un outil neutre hors influence
économique. Une fois extirpé ce malentendu il nous faut reprendre
cette notion pour définitivement le soustraire aux lois tyranniques
et mortifères du marché.
Dans
ce domaine de la santé si sensible actuellement, nous pouvons déjà
avancer des pistes, hors des prisons actuelles que représente le
confinement, tout en étant conscient des difficultés. Car le pari
est celui d´y intégrer un corps médical compétent, sur-sollicité,
au sein de structures hiérarchiques qui ne sont pour l’essentiel,
pas même contestées par les syndicats, sauf une minorité. Il nous
faudra nous appuyer sur cette minorité car le système de santé et
hospitalier est majoritairement un bastion remarquable des couches
populaires et des classes moyennes, qui croient encore profondément
que « l’État est neutre » et qu’il peut faire
quelque chose s’il y a de l’argent qui est injecté.
A
nous de créer des cercles préalables de débats avec le personnel
sur ce sujet crucial et de démontrer qu´envisager le système de
santé sous un autre angle peut signifier une remise en question de
l´ensemble du système social actuel basé sur l´exploitation et la
discrimination des plus pauvres. Il est sans doute possible de
soutenir des reprises en main des centres sociaux actuels, de lutter
pour un maintien des effectifs et contre la précarisation et
l´articuler avec une initiative complémentaire, celle de la
création de coopératives autonomes de santé, au niveau du quartier
et soumis aux décisions de ses assemblées. Le propos étant évaluer
nos besoins au niveau des infrastructures, des médicaments, et des
techniques vraiment utiles.
Sans
idées préconçues et toujours dans un souci de décentralisation et
afin d´enrichir le propos, le système sanitaire doit être une
œuvre collective. Comme dans d´autres domaines, inspirons-nous des
zapatistes, lesquels, avec peu de moyens, ont réussi à mettre un
système de santé cohérent, assumé à la base avec « un
processus de dé-spécialisation partielle des tâches liées à la
santé et une diffusion des responsabilités qu´elle implique17.
Il s´agit là de viser, par une éducation populaire, à assumer le
plus possible, une autogestion de notre santé personnelle par des
connaissances de base. Partant de l´assemblée décisionnelle, entre
patients, usagers, professionnels, agriculteurs, diététiciens,
chercheurs, psys, etc., dans tous les quartiers et les villages, nous
veillerons à la coordination territoriale d´abord. Et à terme,
nous viserons la décentralisation, et à démanteler ces cancers
sociaux et écologiques que sont les métropoles asphyxiantes et
polluantes.
Si,
dans la priorité des tâches, la souveraineté alimentaire est
politiquement prioritaire pour accéder à l´autonomie, elle est
basique socialement, pour une alimentation indispensable mais aussi
pour une bonne santé. Il nous faut donc tout faire pour accélérer
la création d´AMAPs, qui nous fourniront en aliments sains, sans
les poisons et les sur-exploitations humaines et naturelles de
l´agro-industrie (bio ou pas) tout en privilégiant les circuits
courts, la proximité et la communauté. En plus de la souveraineté
alimentaire, agir dans une AMAP (Association pour le maintien d´une
agriculture paysanne) c´est s´engager à épauler paysans locaux
qui participent
activement à préserver, voire enrichir nos écosystèmes et
n´exploiter ni la terre ni les travailleurs. Il s´agit là, par
leur pratique autogestionnaire, d´un maillon fondamental pour la
sortie du capitalisme et pour atteindre l´autonomie. Ce lien fort et
pragmatique entre le producteur paysan et le consommateur responsable
et citoyen, ouvre la voie à une « économie morale18 »
comme marche-pied dans une dynamique de transition en vue de sortir
du capitalisme.
En
plus du lien de confiance, voire de collaboration directe par
l´entraide un rôle fondamental est redonné à l´agriculture
locale qui s´insère et fait le lien à la fois entre le milieu
social et le milieu naturel. Cette pratique constitue à elle seule
une école de la vie, d´entraide et d´immersion dans le milieu
naturel par une appréhension sensorielle de notre lien à la nature
et le plaisir à en faire partie. Un autre avantage c´est que tout
le monde peut participer d´une façon ou d´une autre à cette noble
tâche en l´adaptant à ses propres possibilités pécuniaires
et au temps disponible.
Rien
que grâce à ce processus primaire, par la participation de tout un
chacun, les résultats seront positifs et immédiats sur la santé
sociale, donc sur le psychisme et la santé physique de chacun. Nous
découvrons ainsi par la pratique les vertus, le plaisir de faire
ensemble dans la difficulté mais aussi dans la joie. Et c´est cette
réalité vécue qui va nous faire jeter aux poubelles de l´histoire
cette perpétuelle frustration du faux plaisir jamais assouvi de la
consommation. Ainsi nous ouvrons les portes à cette dimension du
« Buen vivir », comme un tout, cette dimension tellement
humaine que vivent et nous transmettent les zapatistes.
Il
en ira de même pour tous les autres domaines de la vie, comme
l´enseignement, l´alimentation, le logement, la culture,
l´artisanat, l´industrie, etc… Toutes ces formes d´organisation
et de décisions collectives s´interpénétrant, ayant pour finalité
essentielle de pourvoir les besoins de tout un chacun de façon
autogérée dans le plaisir de vivre. A nous de créer une dynamique
d´auto-institution politique de ces communs capable de mettre en
œuvre, en premier lieu, la solidarité vitale entre nous les
humains, en l´étendant à l´ensemble des êtres vivants et le
milieu naturel.
Au-delà
des Etats, le communalisme pour le monde entier
Cette
peste noire et numérique nous dit qu´il est grand temps de réagir
tant qu´il nous reste encore des espaces pour agir. Il nous faut
renverser la tendance et nous diriger vers le global en partant du
local comme le propose le l´écologie sociale et le communalisme,.
Le Confédéralisme démocratique des kurdes du Rojava et le « mandar
obedeciendo » des zapatistes nous ont démontré et continuent
à nous montrer que la collectivité gérée par les citoyens
eux-mêmes et articulée à tous les niveaux est la meilleure façon
de régénérer le tissus social et le lien et ceci dans tous les
domaines de la vie, du social au politique et inversement. Ce
commun se définit à mesure qu’il s’invente. Ses contours ne
sont pas préalablement définis car il est avant tout risque.
Les
risques majeurs étant globaux, il nous faut retourner le réflexe
sécuritaire et le tropisme xénophobe de l´Etat, son obsession du
contrôle et ses rejetons fascistes souverainistes rouges-bruns.
Nous savons que cela ne se fera pas sans heurts et que le mouvement
se forgera non seulement dans la convergence des luttes et des
alternatives, ici et maintenant mais aussi par des insurrections et
des soulèvements. Il faudra nous y préparer.
Pour
ce faire et pour mettre toutes les chances de notre côté, nous nous
efforcerons de tendre nos mains vers les brèches existantes,
structurer l´entraide par le lien et la coordination. Sachant que le
salut ne viendra pas d´en haut, il nous faut nous efforcer de bâtir
cette structure horizontale de partage des connaissances pour un
intérêt collectif mondial dans tous les aspects de la vie.
Il
nous faut tout mettre en œuvre pour qu´entre tous les peuples, dans
la richesse de nos diversités comme peuples et milieux naturels
spécifiques, nous articulions nos autonomies en partant du local,
grâce au fédéralisme au niveau territorial et au-delà par le
confédéralisme. Il
s´agit d´amorcer ici et maintenant et partout autour de notre mère
terre, une praxis auto-instituante des communs.
Seule
cette détermination sans concession nous permettra de commencer à
prendre soin du monde et ses hôtes et le sauver de la prédation
aveugle et sans limites du capital.
C´est
cela le projet
communaliste.
Floréal
M. Romero, le 30-03-2020
Pour
en savoir plus sur l´écologie sociale et le communalisme
3« L’inhibition
de l’Action« ,
biologie
comportementale et de physio-pathologie Henri
Laborit, aux Editions Masson et aux
Presses Universitaires de Montréal (1980)
http://www.retrouversonnord.be/InhibitionActionLaborit.htm
4« La
maladie n’est pas seulement déséquilibre ou dysharmonie, elle
est aussi, et peut-être surtout, effort de la nature en l’homme
pour obtenir un nouvel équilibre. La maladie est réaction
généralisée à intention de guérison. L’organisme fait une
maladie pour se guérir. » Georges Canguhilemn – Le normal et
le pathologique, 1943 – qui explique que l’état d’avant la
maladie ne se retrouve pas de la même manière.
5Covid
19: fin de partie ?! Jean Dominique Michel Blog Tribune de Genève
du 18 Mars 2020
6Maurilio
Lima Botelho Notes à propos de l´épidémie économique
8En
plus des millions de nouvelles stations de base 5G, tous les 100m,
en zone urbaine et des 20 000 nouveaux satellites dans l’espace, on
estime que 200 milliards d’objets de diffusion feront partie de
“l´Internet des objets » d’ici 2020, et un trillion d’objets
quelques années plus tard. Si ces plans se concrétisent, personne,
animal, oiseau, insecte ou plante ne pourra éviter d’être exposé,
24 heures sur 24, 365 jours par an, aux nouveaux niveaux de
rayonnement des radiofréquences, qui seront des dizaines ou des
centaines de fois supérieurs à ceux existant aujourd’hui, sans
possibilité de s’échapper n’importe où sur la planète.
Déclaration de Fribourg, signée par plus de 3 000 médecins.
www.5gSpaceAppeal.org
10Comment
avons-nous pu survivre, en Espagne, l’année dernière avec 525 300
patients atteints de la grippe contre 25 000 décès dus aux
coronavirus et à 6 300 décès dus à la grippe contre 1 350 décès
dus aux coronavirus sans paralyser le pays ?
http://diariodetierra.com/la-histeria-interminable/
13Le
gouvernement espagnol, à l´image de la Chine utilise le Big
Data, un programme pilote pour étudier les données de
géolocalisation des téléphones portables afin de connaître les
mouvements des citoyens et ainsi prendre des mesures pour éviter
leur regroupements.
https://www.infolibre.es/noticias/economia/2020/03/20/l
14 Le service d’information 007, a préparé un rapport confidentiel envoyé au Premier ministre Conte et au ministre de l’Intérieur Lamorgese avec cet avertissement : « Il existe un danger potentiel de révoltes et de rébellions, spontanées et organisées, surtout dans le sud de l’Italie, où l’économie souterraine et la présence capillaire du crime organisé sont deux des principaux facteurs de risque”. Quotidien espagnol ABC du 28-03-2020
15 Cette mesure est proposée en Espagne par le Syndicat CC.OO et par « Podemos » parti de coalition de gauche aux rennes de l´Etat espagnol. Elle peut sembler progressiste mais en fait simplifierait les tâches de l’État en matière sociale en réduisant les frais de traitement des dossiers sociaux et contribuerait à désamorcer les luttes. Malgré le chômage de masse, la forme de l’argent reste ainsi la condition de l’existence humaine ; le revenu de base inconditionnel simulerait ainsi une société du travail sans travail. Pour l´Allemagne, selon la Frankfurter Rundschau : “L’État devrait se saisir de l’opportunité pour introduire le revenu universel à l’échelle de tout le pays.” Voir Courrier International du 23-03-2020
16Voir
à ce sujet mes propositions dans la seconde partie du livre paru
aux Editions du Commun en Octobre 2019: “Agir ici et maintenant –
Penser l´écologie sociale de Murray Bookchin”
(Proverbe espagnol signifiant que les pêcheurs profitent toujours de l´eau trouble)
Bien définir les termes va au-delà du simple exercice sémantique. La confusion comme passage obligé, s´avère salutaire dans des situations données, inattendues, à condition, l´éclairage venant à manquer, de prendre le temps d´ôter nos œillères et de comprendre. Pour peu qu´elle soit entretenue voire alimentée, la confusion devient confusionnisme et condamne toute lucidité. Les trois termes faisant l´objet de cet article sont caractéristiques de la confusion qui règne à l´heure où en France tous les regards politiques confondus se focalisent sur les prochaines élections municipales des 15 et 22 mars 2020. Plus que jamais un nombre important de « listes citoyennes » vont se présenter et nombre d´entre-elles se revendiquent du municipalisme. Mais quel lien entre ces listes citoyennes, ce municipalisme déjà mis en place dans certaines villes comme Barcelone, et Murray Bookchin, le penseur de l´écologie sociale et du municipalisme libertaire ou communalisme ? Difficile d´y voir clair lorsqu´un éventail aussi large de trajectoires politiques s´en réfère, allant du mensuel libertaire Silence! aux « GAMES » (Groupes d’Action Municipalistes Ecologistes et Sociaux), proches d’Europe Ecologie – Les Verts en passant par Pablo Servigne, théoricien de la collapsologie, « Extinction Rebellion » et l’« Institut de la Concertation et de la Participation Citoyenne ». Pour bien comprendre il convient de prendre un certain recul historique.
I. Le rôle du citoyennisme
La dernière contradiction du capitalisme, mettant en péril le monde
sur lequel il règne en maître a déclenché des luttes contre la prédation
généralisée du monde. Cette lutte écologique, tout comme la lutte de
classe qui la précède, contient tout un potentiel de prise de
conscience. Mais celle-ci ne débouche pas forcément sur un projet
collectif émancipateur : certains pensent qu’elle rend obsolète la
lutte des classes et la volonté d’abolir le capitalisme, d’autres non.
Ainsi les environnementalistes qui s´opposent à la dévastation sans en
chercher l´origine, ou des écologies carrément réactionnaires comme l´
« écologie profonde », mystique, malthusienne,
misanthrope, et même au-delà, ou bien « localiste », qui exclut les
« nomades » et se base sur la devise « la terre ne ment pas » du
maréchal Pétain. D’autre part se coule à merveille dans l´idéologie
dominante, toute la mouvance du « New Green Deal », soit du
capitalisme vert qui est à l’origine des COP et qui prétend arracher le
monopole aux multinationales de l´énergie carbonée. La devise resterait
la même : « croître ou mourir »[1] mais avec des technologies soi-disant moins polluantes et avec davantage de « consentement populaire ».
Mais voilà, à qui revient-il d´appliquer politiquement ces mesures ?
La droite néolibérale a trop de compromis avec les multinationales
« carbonées » et au nom d´une quelconque urgence, elle pourrait fort
bien passer la main à son extrême. La gauche sociale-démocrate n´en
finissant pas de ramer dans le sens du courant imprimé par la dynamique
du capital, sa crédibilité s´en trouve fort menacée. Arrivée un jour
dans la mer de la consommation, à bord du bateau Croissance, empêtrée
dans le marasme économicopolitique de ce siècle, sans aucun résultat
tangible quant à ses prétentions de redistribution des richesses et sans
horizon à courte, moyenne ou longue échéance, son cycle s´achève.
La classe moyenne née de ses relations intimes avec le capital, se voyant menacée dans sa position sociale, semble avoir pris le relais du prolétariat avec le citoyennisme, comme force de pression dans la rue. Ce fut le cas lors des printemps arabes, du 15M des Indignés en Espagne, de Nuit Debout en France, d´Occupy Wall Street aux USA. Sans parvenir encore à se « mobiliser comme si nous étions en état de guerre » comme le suggère Stiglitz, ce mouvement fait toutefois écho à l´appel de ces économistes « progressistes »[2].
Frédéric Lordon va jusqu´à dire très justement que le citoyennisme «
débat pour débattre, mais ne tranche rien, ne décide rien et surtout ne
clive rien. Une sorte de rêve démocratique cotonneux précisément conçu
pour que rien n’en sorte. ». Il « condamne pour des décennies toute
expérience de gauche ». Mais pour ce même Lordon, refait alors surface
l´appel à l´insurrection et le mythe du « Grand Soir ». Renaît de ses
cendres le fantôme bolchévique affublé d’oripeaux citoyennistes ou
« souverainistes » , prônant unEtat fort, protectionniste et
nationaliste[3].
Dans tous les cas, l´appel à la mobilisation citoyenne vise à la constitution d´une masse critique, une pression pour forcer des politiques réformistes ou révolutionnaires dans les institutions d´un Etat plus ou moins fort selon le scénario.
II – Le Municipalisme, dernier avatar de la social-démocratie
De la théorie municipaliste
Le Municipalisme pousse un peu plus loin la logique citoyenniste, argumentant qu´être citoyen et citoyenne ne peut se limiter au simple utilitarisme, celui de faire pression sur les élus. Le propos étant de s´investir directement, de participer collectivement dans les Institutions de l´Etat mais en les prenant à leur base, la Municipalité. Pour bien comprendre ce municipalisme, à ne pas confondre avec le « municipalisme libertaire » ou « communalisme », il convient d´aller au-delà de ce qu´il affiche.
Sans douter de la bonne foi des auteures, la préface du « Guide du Municipalisme[4] » annonce bien sa couleur… délavée. Il est rédigé par Elisabeth Dau – Mouvement Utopia & Commons Polis et Charlotte Marchandise – Maire adjointe à Rennes et candidate citoyenne à l’élection présidentielle en 2017 (LaPrimaire.org). (Démarche pour le moins étonnante pour une partisane du municipalisme). Il se réfère tour à tour à la Commune de Paris, à l´anarchisme, au féminisme, au mouvement zapatiste, au confédéralisme démocratique du Rojava, à la Zad de NDDL et même à Murray Bookchin, tout en prenant bien soin de ne pas égratigner le cœur-même du problème : l´économie capitaliste. Comment peut-on dans ces conditions parler de « passer du je au nous » de la « réappropriation du commun », de la « féminisation du politique » ? Comme s´il suffisait de féminiser la politique et pourquoi pas l´économie ou l´armée… Au lieu d´une remise en cause de l´économie, il s´agit bien de mieux s´en servir. Pour ce faire il sera fait appel aux citoyens pour un « budget participatif » chargé de dynamiser tour à tour « l´économie circulaire » du tout recyclable, « l´économie sociale et solidaire »[5]. Nous sommes bien là dans une parfaite continuité citoyenniste et toujours en pleine utopie libérale.
2. Tout commence à Barcelone
Avant 2015, Ada Colau est salariée d´une ONG (Observatori de Drets Econòmics Socials i Culturals) financée par l´ancien maire de Barcelone Xavier Trias et porte-parole de la Plateforme des victimes du crédit hypothécaire (PAH). Dans un contexte d’abstention électorale généralisée et de défiance à l’égard de la politique, en tant que féministe, en pleine crise immobilière espagnole, elle incarne bien la figure populiste. Le manque de programme politique propre des Indignés (15M), leur inconsistance et leur impatience favorisèrent tout autant l´irruption de Podemos que celle du Municipalisme. Avec l´appui des mouvements sociaux, Ada Colau remporte les élections municipales à Barcelone et en devient Maire, en mai 2015.
L´argument central de sa campagne électorale et de son parti, « Barcelona en Comú », proche de Podemos, comme par la suite à Madrid, Cádiz, Zaragoza, La Coruña, en Espagne et Grenoble en France, étant que les dispositifs citoyens au niveau municipal, présentent un double atout, celui de rompre avec la reproduction des élites tout en associant des « profanes », préalablement formés, non pas simplement au processus de décision, mais à l’élaboration des solutions. Sauf que ces solutions sont circonscrites dans les institutions de l´Etat pour faire fructifier le Capital, même tout au bas de sa pyramide car nous sommes-là au cœur même du capitalisme. « Le capitalisme contemporain et ses multinationales n´ont que faire de nos préoccupations communales, départementales, régionales, voire nationales […] Voilà pourquoi dans ce nouveau puzzle administratif, si approximatif et laborieux à première vue, la pièce décisive, appelée à donner sa réelle cohésion à l´ensemble, c´est la métropole. »[6] Autrement dit, comment gérer une ville voire une mégapole dans l´efficience et la concurrence avec d´autres mégapoles, sans booster les affaires, avec tout ce que cela entraîne comme conséquences sociales d´exclusion, de précarité, de gigantisme et centralisation et de gestion des désastres écologiques ? Par ailleurs « Le pouvoir actuel ne se définit pas par ses institutions politiques mais par ses infrastructures » […] Contre ce pouvoir très matériel, il est devenu sans conséquence de se tourner vers les symboles représentatifs. C´est du côté de l´ingénierie, de l´aménagement du territoire, du design des réseaux qu´il faut regarder pour comprendre ce à quoi nous avons à faire. »[7] Dans ces conditions, parler d´élargir le cercle de sa gestion en « rompant la reproduction des élites », ou de stimuler « la participation citoyenne à l´élaboration des solutions », nous semble pour le moins totalement déplacé.
Que peut-on espérer de ce fourre-tout, de ce manque de cohérence analytique ? A quoi bon s´engouffrer dans ce labyrinthe d´inconséquences pratiques au point de nous ôter toute capacité constructive autonome dans tous les domaines de la vie, voire toute espérance? A ces questions, l´histoire récente et présente ne laisse aucun doute quant à la réponse, malgré les mirages que l´on place tels des écrans de l´illusion entre les aspirations personnelles et collectives et la réalité que l´on s´obstine à ne pas voir.
3. La pratique sociale et écologique du Municipalisme
Aux élections municipales suivantes, le 19 Juin 2019 Ada Colau, est réélue Maire grâce aux votes de Manuel Valls. A l´image de ce dernier lorsqu´il exerça de Ministre de l´Intérieur en France, Ada Colau dans cette « ville sans peur », cette « ville refuge », continue à réprimer les revendeurs ambulants immigrés[8]. De même, les grèves sont réprimées, comme celle du métro en février 2016 ou contre la privatisation des services publics municipaux[9]. Nous pourrions ainsi continuer à épingler les contradictions du Municipalisme dans le domaine du social mais nous relevons ces mêmes contradictions en matière d´écologie. Repsol, la multinationale du pétrole en Espagne, a reçu un prix d’une ONG britannique pour sa lutte contre le changement climatique et c’est cette même ONG qui a placé le gouvernement d’Ada Colau en tête d’un classement des villes dans la lutte contre le changement climatique. La « Zone à Faibles Émissions » de Barcelone ne vise pas à changer le modèle prédominant de mobilité privée, mais plutôt à constituer une première étape vers la transformation du parc automobile à essence en un parc de voitures électriques et renouvelables[10]. Cette mesure entrée en vigueur le 1er janvier interdit, selon les calculs, l’entrée de quelque 50 000 véhicules considérés comme très polluants. Si cette mesure ne suffit pas à réduire la pollution, Ada Colau a l’intention d’appliquer un péage pour empêcher l´entrée de 125 000 véhicules dans Barcelone. Soit les voitures des moins fortunés. Et dans le même temps l’état des trains locaux est assez lamentable, avec des retards quotidiens et des fréquences très espacées aux heures de pointe. L’entrée de Barcelone en Cómú dans le gouvernement de la mairie n’a pas été un tournant dans l’augmentation du nombre des touristes usagers des bateaux de croisière. Au contraire, au cours des cinq dernières années, les chiffres ont continué à augmenter. Et ce, en partie grâce à l’accord que Sixte Cámbra, l’ancien directeur du port de Barcelone, et Ada Colau ont signé pour la construction de 3 nouveaux terminaux de macro-croisières qui permettront d’atteindre 5 millions de croisiéristes par an. Or, un bateau de croisière de luxe émet 10 fois plus d’oxyde de soufre que les 260 millions de voitures qui existent dans toute l’Europe. Et les 15 plus grands navires émettent à eux seuls autant de pollution que 760 millions de voitures. L’année dernière, la ville de Barcelone a reçu pas moins de 867 bateaux de croisière. Si l’on ajoute à cela la précarité du travail des travailleuses dont le salaire de misère est inférieur à 600 euros et les avantages fiscaux et les aides des administrations publiques, on peut comprendre un peu mieux les milliards de bénéfice dont les compagnies maritimes font état chaque année et donc la ville d Barcelone. Mais « Barcelona en Comú » ne détient pas à elle seule le monopole des contradictions du municipalisme issu du citoyennisme en Espagne et dans le monde.
Nous pourrions continuer à égrener tous les échecs de ces municipalismes affichés comme modèles dans ce guide. Ce fut le cas à Cadix avec la décision prise par le Maire de vendre des corvettes militaires à l´Arabie Saoudite, les scandales immobiliers et anti-migrants à Madrid. En France, le guide du municipalisme nous fait miroiter Paris et Grenoble. Pour la première, est-il besoin de s´y attarder ? Pour la seconde, on ne peut nier l´efficience des politiques exemplaires pour le New Green Deal qui vient, celles de son maire Eric Piollé pour rendre sa ville plus propre et « écologique ». Ainsi Grenoble joue un rôle pionnier et répond tout à fait aux critères de la « green economy », avec une pépinière d´industries de pointe dans de vastes domaines comme les nanotechnologies par exemple ou les biotechnologies, au point de s´être gagné la qualification de « Silicon Valley à la française ». Quant au municipalisme, l´échec y est flagrant puisque les mouvements sociaux, qui appuyèrent la candidature municipaliste, se sont vus totalement trahis. « Cette mairie a refusé le rapport de force avec l’État et la préfecture en s’appuyant sur les mouvements sociaux pour protester contre l’austérité. Ils ont préféré faire de l’austérité. C’est une trahison comme en 1981 ou en Grèce avec Tsipras »[11], tranche sans nuances Raphaël du DAL (Droit Au Logement).
4. Alerte à l´échec
D´après Isabelle Dau et Charlotte Marchandise : « Gouverner en obéissant », est
intitulé du code éthique de la plateforme citoyenne de Barcelona En
Comú, repris de la devise zapatiste [« Mandar obedeciendo »].
Un propos plutôt indignant que cette référence zapatiste, car á qui
obéit-on dans une Smart City ? Dans la liste de ces « villes
connectées », Barcelone y figure comme seconde « Ville intelligente »[12].
Finalement le municipalisme à la « Barcelona en Comú » avec l´extension de l´usage du numérique pour « les prises de décision en commun »[13], tout comme celui de Grenoble, est tout à fait soluble avec le capitalisme moderne à la sauce Rifkin : « La gouvernance de la ville multipolaire est complexe. Il s’agit maintenant de gouverner à distance, d’influencer plutôt que diriger (Epstein, 2005). Le pouvoir y est distribué entre au moins quatre types d’acteurs : les décideurs centraux (de niveau étatique ou territorial), les décideurs locaux (élus), les acteurs associatifs, et les acteurs privés détenteurs de capitaux ».[14]
Plus que jamais un nombre important de « listes citoyennes » vont se présenter pour les prochaines municipales et nombre d´entre-elles se revendiqueront du municipalisme. Corinne Morel Darleux (voir site Reporterre du 15 février 2020) ne devrait pas douter « des chances des candidats sincères de percuter le système à travers les urnes et ses règles du jeu édictées par les pouvoirs dominants. » ; pourtant il est plus que temps de s´apercevoir que cette logique est une voie sans issue. Pas plus qu´elle, nous ne voulons « hiberner » ; mais prétendre vouloir « vider l´Etat » ; ou mobiliser les institutions municipales de l´Etat contre lui-même est tout aussi vain que de vouloir qu’une multinationale agisse contre la finance. Renouveler ces pratiques avec de nouvelles fioritures rhétoriques du style « avoir un pied dedans et un pied dehors » du système, c´est ne pas vouloir tirer le bilan des expériences passées. Bien avant le municipalisme, et avec un potentiel bien supérieur, « Die Grünen » en Allemagne et avant eux encore, le « Rassemblement des Citoyens et Citoyennes de Montréal »[15], nous ont montré l´échec de ces pratiques collaborationnistes. Ce n´est assurément pas ainsi que l´on sortira du capitalisme. La seule fonction à laquelle on peut aspirer dans le cadre parlementaire élargi des municipalités de l´Etat, c’est bien celui de substitut à la social-démocratie désormais révolue et de cogestion la catastrophe qui vient.
Je ferai volontairement abstraction de ces « mouches du coche », ces noms qui reviennent partout au bas des multiples appels à s´emparer du local et refondre la démocratie. Méfions-nous seulement de celles et ceux qui vendent des solutions « clé en main » au nom de la « belle », « heureuse » ou autre « curieuse démocratie ».
Commune des communes 18 janvier Commercy
Tout au bout de ces échecs, comme nous le rappelle Pinar Selek,
« L´impuissance convertit l´expérience personnelle ou collective en
résignation ».
III- Le municipalisme libertaire ou communalisme
Avoir une capacité analytique suffisance et une grande cohérence telles que les présente Bookchin ne relève pas « du cynisme de la pureté ou du radicalisme rigide», comme le prétend Corinne Morel Darleux. Le cynisme consiste plutôt à fragmenter et détourner la grande cohérence de la pensée de Bokkchin tout en s´en réclamant.
Pourtant, comme le souligne fort bien Elias Boisjean dans « Le moment
communaliste ? » (Ballast le 11/2/2019) : « L’entreprise communaliste
ne souffre d’aucune équivoque sitôt qu’on lit l’auteur avec le soin
nécessaire : abolition du capitalisme, des classes sociales, du
critérium de la croissance, de l’État, de la police, de l’armée, de la
propriété privée des moyens de production, des hiérarchies au sein de
l’espèce humaine (de genre et de race) et de la domination de cette
dernière sur l’ensemble du monde animal et végétal. Il y a fort à parier
que des espaces de dialogue « participatifs », « concertés » et, pour
les plus ambitieux d’entre eux, « éthiques » n’y suffiront pas. Pas plus
que l’économie sociale et solidaire, commerce équitable et les seuls
circuits courts coopératifs chers à nos municipalistes ».
C´est pour cela que nous devons penser son œuvre, la poursuivre et
l´actualiser comme tout partisan de l´écologie sociale et du
communalisme. Le communalisme (ou municipalisme libertaire) propose par
un processus révolutionnaire social et écologique, de « remplacer l’État, l’urbanisation, la hiérarchie et le capitalisme par des institutions de démocratie directe et de coopération».
Oublier une seule de ces dimensions, ou se réclamer de Bookchin en
piochant de ci, de là dans son œuvre alors que l´on pratique le
parlementarisme, revient à usurper son nom et sa pensée, et à la mettre
au service de l´erreur persistante de la social-démocratie.
Le pari auquel nous devons nous affronter exige de nous, bien plus de
courage et de réflexion que suivre des pistes toutes tracées par le
parlementarisme qu´il se situe dans des limites nationales et
internationales comme dans celles des villes-entreprises.
Nous nous sommes face à un défi auquel jamais l´humanité ne s´est
trouvée confrontée auparavant. Il est essentiellement de nature sociale
et écologique à l´heure ou huit personnes sur la planète possèdent
autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale et que
nous sommes au bord d´un triple effondrement généralisé, écologique,
énergétique et alimentaire.
Si nous considérons le capitalisme comme ce qu´il est : un gigantesque incendie rampant qui ravage implacablement et systématiquement le monde, aurait-on l´idée de l´éteindre avec un vaporisateur en plastique ridiculement vert ? Et pourtant c´est bien ce que se proposent ces municipalismes, ces auto-proclamées « villes rebelles » qui n´ont de rebelles que le nom. Il suffit de s´y rendre, de parler avec ses habitants pour se rendre compte que très peu de choses ont changé et surtout, rien qui dénote le moindre enthousiasme populaire.
Un incendie de la taille de celui qui a ravagé l´Australie, ne se
combat pas dans et par le feu lui-même. C´est une tentative vouée à
l´échec que celle de demander aux citoyennes et citoyens de s´impliquer
pour diminuer l´ampleur des foyers (les métropoles) en essayant de les
contrôler. D´agir ainsi nous participerions bien plus à sa propagation.
De là l´incohérence de ces initiatives qui confondent les citoyens en
les invitant à se rendre maîtres de leur destin par une participation,
voire une autogestion, du désastre nommé capitalisme.
On ne construit pas dans un moule pas plus qu´on ne s´y construit.
Une fois dans le moule, on est obligé de s´y plier, de s´y conformer ;
au mieux on l´aménage avec plus ou moins de succès mais toujours pour
reproduire la même chose : de l´aliénation et de la destruction, ici ou
là-bas.
Alors il nous revient de briser le moule. En excluant toute alliance avec un quelconque parti, utilisons donc les élections, si l´on en voit la nécessité, pour développer nos assemblées décisionnelles en parallèle de l´Etat. Soyons conscient-e-s qu´il n´existe pas de miracle électoral. Son utilisation doit répondre non pas à une pratique systématique en tout lieu mais à une stratégie locale réfléchie dans une construction plus vaste d´un monde pluriel.
Nous nous devons de construire autre chose de tout à fait différent, dans le politique comme fédérateur du social dans ses luttes et ses alternatives et avec le monde naturel dont nous sommes partie prenante. Il nous revient, à nous d´ouvrir des brèches en créant d´autres modes de vie, d´autres modes de relations entre nous et avec les autres êtres vivants, qui soient déterminés non par la recherche du profit mais pour nos besoins réels et par nos propres décisions collectives.
Si notre lieu d´action est la ville, il nous faudra établir tout de suite des liens étroits avec la campagne et entamer stratégiquement une décentralisation. Gardons toujours en vue l´objectif, celui de la mise en œuvre d´un mouvement général d´écologie sociale, de collectivités humaines fédérées et confédérées, intégrées dans nos milieux naturels. Il s´agit bien de stimuler la confluence entre les luttes et les alternatives, afin qu´elles se complémentent, se renforcent et se saisissent du politique comme agent fédérateur en commençant par le local, et en s´articulant territorialement et internationalement. Cette tâche répond à une nécessité vitale et à la fois correspond à un immense besoin enfoui en nous, celui de créer du politique et du social au-delà du mur de la représentativité politique,qui bouche l´horizon de notre imaginaire.
Ce mur tombé, nous serons en mesure de développer ce qui importe le
plus comme créer de la valeur d´usage contre la valorisation de la
valeur, contre la marchandise. Nous allons construire du commun, ce
mouvement riche d´une culture nouvelle, capable de créer du faire, du
labeur contre le travail, de la diversité en empathie entre les humains
et de ces derniers avec le monde du vivant. Nous creuserons un pays
dans le pays et nous nous émanciperons collectivement car la lutte pour
arrêter de créer du capital est aussi une lutte contre notre dépendance
au capital et contre notre subordination àp ses politiques. C´est alors
que nous entrerons dans ce monde nouveau qui contient d´innombrable
mondes vibrants de diversités, de vie et de joie dans le partage.
C´est cela l´essence du communalisme.
Floréal M. Romero, le 17-02-2020
Auteur de « Agir ici et maintenant. Penser l´écologie sociale de Murray Bookchin », Les éditions du Commun, Octobre 2019, et avec Vincent Gerber : « Murray Bookchin et l´écologie sociale libertaire », éd. Le passager clandestin, collection les précurseurs de la décroissance. Octobre 2019
[1]
Voir dans Reporterre du 7 décembre 2019, l´intéressante entrevue
d’Hervé Kempf de 46 minutes autour des inégalités et des mesures
proposées par Piketty dans son livre « Capitalisme et idéologie » pour
les réduire, en tenant compte des enjeux écologiques.
[2]
Si Thomas Piketty attend des réformes qu´il propose, un élargissement
des facultés de participation des couches populaires à la démocratie
représentative, Stiglitz en appelle directement à la mobilisation
citoyenne au point d´encourager les indignés du 15M .Voir article de El
País du 26 Juillet 201 : « …il a adressé un message de soutien
affectueux aux Indignés : » Je vois ici une énergie très réconfortante
et j’espère que vous l’utiliserez de manière constructive. Les mauvaises
idées ne peuvent pas être échangées pour rien, mais les bonnes idées
doivent être recherchées. Et pour les faire participer au débat public,
il faut beaucoup d’organisation et de leadership. Ce sera un combat
difficile car ces mauvaises idées sont profondément enracinées dans le
discours politique et économique dominant. En ce moment, nous avons une
grande occasion d’unir la science économique à l’engagement et à la
justice sociale et de créer une nouvelle économie. Je vous souhaite la
meilleure des chances.
[3]
Voir Frédéric Lordon dans « Vivre sans » Ed. La fabrique 2019, P.
128 : il y fait référence au point L, (Lénine ou Lordon ?)
[4] Voir également Ada Colau, Barcelona En Comú (coord.), Debbie Bookchin « Guide du Municipalisme Pour une ville citoyenne, apaisée, ouverte » Ed. Charles Lépold Mayer, 2019. A noter que les éditions Charles Léopold Mayer sont issues de la fondation du même nom http://www.fph.ch/index_fr.html, fondation critiquée dans cet article : http://www.bellaciao.org/fr/spip.php?article158548
La fondation appartient à la famille Calame (le père est président honoraire et le fils en est le directeur). Le fils est un contributeur de « La vie des idées », revue du think tank « La République des idées » dirigé par Pierre Rosanvallon. On y retrouve la fine fleur de la social-démocratie : Thomas Piketty, Jean Peyrelevade, Pascal Lamy, Jean-Marc Fitoussi, Loic Blondiaux, Daniel Cohen, Dominique Méda.
[5]
Il est certain que bien des souffrances dues à l´exploitation et
l´exclusion sociale se sont vues allégées par l´Economie Sociale et
Solidaire ou le Budget Participatif. Mais par ailleurs ces alternatives
atténuantes du “social-libéralisme”, masquent l´essence prédatrice du
capitalisme: “La « refondation sociale » vise, à travers la
substitution du contrat à la loi, à transformer des citoyens en sujets.
C’est la reféodalisation que dénonce Alain Supiot et non pas l’émergence
d’une entreprise citoyenne. Dans ces conditions, l’économie solidaire
serait un faux-fuyant ou le masque attendri d’une économie capitaliste
ayant achevé sa contrerévolution libérale, ramenant les conditions
sociales un siècle ou deux en arrière.” L’économie sociale et solidaire, un appendice ou un faux-fuyant ? Jean-Marie Harribey1 Mouvements, Sociétés, Politique, Culture, n° 19, janvier-février 2002, p. 42-49
[6]
Dossier spécial: “Métropoles et Collectivités territoriales: le grand
chambardement”, Contretemps nº 26 printemps 2015, cité dans “Les
Métropoles barbares” de Guillaume Faburel, Ed. Du Passager clandestin
2019, page 24.
[7] Page 26 du même ouvrage du livre de Jean Baptiste Vidalou : “Etres forêt”, p.7, Zones 2017
[8]
90 ans plus tard, la même répression aux « manteros » (Vendeurs à la
sauvette) de Barcelone. De la même manière que la Seconde République n’a
pas mis fin à la répression de la pauvreté ou aux luttes des
travailleurs, le « maire du changement » (sic) poursuit les mêmes
politiques répressives que les gouvernements précédents de CiU et du
PSC-ICV. www.izquierdadiario.es le 14 de novembre 2019.
[9] Dans un tweet cinglant, la CNT de Barcelone a affirmé qu’Ada Colau et Pablo Iglesias, lors de la dernière campagne électorale, « chantaient Bella Ciao tout en accordant la vente des services sociaux, des garderies et des services de soins à domicile aux entreprises de Florentino Pérez ». De plus, ils ont conclu, ironiquement: «Tout est en ordre». www.larepublica.cat
[12]Comme le soulignait très bien Clément Pairot sur Ouishare Mag,
la tension que provoque une forme de technologisation de la ville
semble incompatible avec sa diversité sociale. En envisageant le citoyen
comme un produit et un consommateur, elle génère à la fois de la
dépendance et de l’exclusion.
Si la technologie a toujours modelé la
ville, à l’image de la voiture, cette intégration est toujours une
sur-intégration, comme si la technologie envahissait toujours tout le
réceptacle urbain. La Smart City pousse cette tendance encore plus loin
et génère en retour des critiques toujours plus nourries. Tant et si
bien que l’enjeu désormais est de savoir si celle-ci ne serait pas un
programme contre la démocratie et la diversité, visant à repousser les
pauvres toujours plus loin.
https://www.lemonde.fr/blog/internetactu/2017/02/25/
[13] Selon un témoignage publié dans: Asaltados y asaltantes: historia inmediata de cuatro años de municipalismo electoral mai 2019 https://www.todoporhacer.org/asaltados-y-asaltantes/ référant à la soi-disant participation citoyenne : « Et maintenant que davantage de citoyens sont mobilisés, il me suffit d’ouvrir le portail de participation citoyenne de mon conseil municipal, qui compte quelque 200 000 personnes, et de constater que les propositions n’atteignent même pas 400 voix »
[14]
La ville, le SI et l’entreprise : du fonctionnel au multipolaire
Emmanuel Bertin et Sébastien Tran. Management Prospective Ed. | «
Management & Avenir » 2014/2 N° 68 | pages 54 à 72 Voir également
« Les métropoles barbares » de Guillaume Faburel aux éditions du
Passager Clandestin 2019.
[15]
Voir “Agir ici et maintenant. Penser l´écologie sociale de Murray
Bookchin » Floréal M. Romero Ed. du Commun Octobre 2019, P. 99 à 104.
Signe que les temps évoluent, l’écologie sociale a connu en octobre plus de sorties en français qu’au cours de ces cinq dernières années. Le premier pas qui consistait à rendre les textes plus accessibles et les voir circuler semble définitivement atteint et ça nous réjouit ! Présentation, avant des chroniques plus détaillées à venir :
– Les
éditions Agone s’intéressent à Bookchin et ont sorti Changer
sa vie sans changer le monde,
traduction notamment de « Social Anarchism vs Lifestyle
Anarchism : an unbridgeable chasm » article
polémique dans lequel
l’auteur critiquait les dérives d’un anarchisme trop centré sur
le le développement d’un mode de vie alternatif, au détriment de
l’organisation structurée notamment. Un pamphlet paru en 1995 qui
s’insère dans un vaste débat sur la réception et
réactions des anarchistes
notamment aux Etats-Unis au projet du municipalisme libertaire.
Le
livre sera suivi en mars prochain par
La
révolution à venir,
traduction de The Next Revolution,
recueil posthume d’articles rassemblés par Debbie Bookchin (sa
fille) et Blair Taylor.
–
Enfin, une nouvelle édition de Murray
Bookchin
& l’écologie
sociale et libertaireréactualise
le texte paru en 2014 au Passager Clandestin, dans le cadre de la
collection sur les précurseurs de la Décroissance. Nouvelle
maquette, plus de pages et de nouveaux développements, le livre
s’offre un lifting complet mais garde l’optique de présenter
les liens (et quelques
divergences) existants entre
l’écologie sociale et le mouvement des décroissants.
La Commune internationaliste du Rojava sort un ouvrage important sur la pensée écologiste sociale qui se développe dans les communes kurdes de Syrie. On y développe le projet de création d’un Académie écologique et les besoins (et possibilités) d’amélioration des conditions de vie au travers d’actions à portée écologiques. Surtout, le livre met l’accent sur le problème actuel de manque d’eau, dû aux politiques des pays voisins de création de barrages sur les fleuves qui traversent la région. Les nappes phréatiques s’épuisent et l’eau pour l’irrigation des cultures tend à manquer.
Les solutions parsèment néanmoins le livre pour améliorer la récupération des eaux, sa purification, de pair avec le développement du recyclage et de la reforestation.
Le lien avec l’écologie sociale est clairement explicité dans les premiers chapitres, qui retracent le projet philosophique et politique qui a lieu au Rojava. On retrouve également Debbie Bookchin, qui signe une courte préface en introduction et renforçant le soutien international auprès des Kurdes.
La totalité des fonds récoltés iront pour le développement de ces projets.
Alors que beaucoup de journalistes parlent du déclin (d’affluence) des gilets jaunes, d’autres montrent que le mouvement pourrait rebondir en renforçant son appel à une autre politique. Transformer la rage et la colère de la rue en des propositions concrètes, vaincre l’immobilisme et la confrontation avec l’Etat par le développement d’une démocratie directe assembléiste : oui, les idées politiques de Bookchin sur le municipalisme libertaire pourraient donner un second souffle pour faire évoluer le mouvement et donner corps à ses revendications.
Nous relayons ici l’article d’Annick Stevens publié sur le site du Monde libertaire :
Ce nouveau recueil de Murray Bookchin, paru aux éditions l’Echappée, n’est pas une traduction « fidèle » d’une parution originale de l’écologiste américain. Pouvoir de détruire, pouvoir de créer est plus à comprendre comme une suite à Au-delà de la rareté, publié en 2016 aux éditions Ecosociété. L’ambition était de faire revivre ces textes et de les compléter avec des plus récents. Si Au-delà de la rareté présente ainsi les écrits phares de Bookchin des années 60, Pouvoir de détruire, pouvoir de créer, rassemble ceux qui ont le plus marqué des années 70 à 90. La moitié des articles présentés, dont celui qui donne son nom au recueil, sont néanmoins issus de son ouvrage Toward an Ecological society. Des textes déjà traduits et publiés en 1976 par Daniel Blanchard et Helen Arnold dans Pour une société écologique – un ouvrage épuisé depuis longtemps. C’est en grande partie le fait que ces écrits de qualité n’aient jamais été réédités en français qui a motivé ce projet.
Les
textes présentes dans le recueil
ont été sélectionnés
selon deux critères. Il
s’agissait en premier lieu de présenter l’écologie sociale dans
sa globalité, c’est-à-dire présenter les principaux domaines sur
lesquels Murray Bookchin s’est penché. Les articles ont
ainsi une approche
thématique : les
origines de la crise écologique (« Pouvoir de détruire,
pouvoir de créer », « Pour
une société écologique »),
une description globale
de l’écologie sociale
(« Qu’est-ce que
l’écologie sociale ? »),
débat sur la question
énergétique
(« Crise de l’énergie, mythe et réalité»),
une
vision critique de l’économie
(« Economie de marché
ou économie morale ? »),
la distinction
entre l’écologie radicale et « l’environnementalisme »
réformiste
(« Lettre ouverte au mouvement écologiste »),
la description du projet
politique du municipalisme
libertaire (« Le
municipalisme libertaire, une nouvelle politique communale ? »),
une vision critique
sur la science et la
technologie (« Les
ambiguïtés de la science »).
Ainsi, le livre permet de
faire découvrir aux lecteurs des facettes aujourd’hui encore peu
connue de l’auteur. Enfin,
il a été
privilégié les textes les plus forts et encore
pertinents. Il
s’agissait de mettre
l’accent
sur des
écrits stimulants, porteurs
d’une verve (et d’un rêve) révolutionnaire comme
la main de Bookchin en
a écrit beaucoup.
Les textes sont accompagnés d’une préface de Daniel Blanchard, qui a rencontré Bookchin à Paris lors des événements de Mai 68 et qui a vécu, avec sa femme Helen Arnold, un an avec lui dans le Vermont. Chaque article est accompagné d’une petite présentation aidant à le contextualiser. Par ce livre, on découvre mieux la vision émancipatrice et les nombreuses propositions pour une société alternative promues par Bookchin. Son écologie sociale ne s’est pas limitée à une proposition politique mais connaissait un spectre très large, évolutif et parfois autocritique également. Le Bookchin des décennies 70-80, qui représentent peut-être les années de la maturité de sa pensée. Un moment opportun pour le rappeler, alors que sa pensée semble ressortir de l’oubli en Europe et en France particulièrement.
Pouvoir de détruire, pouvoir de créer… et peut-être aussi pouvoir d’inspirer. Du moins faut-il le souhaiter.
Vincent
Gerber
Extraits
« La conception selon laquelle l’humanité doit dominer et exploiter la nature découle de la domination et de l’exploitation de l’homme par l’homme, et même, plus loin encore dans le temps, de l’assujettissement de la femme à l’homme au sein de la famille patriarcale. A partir de ce moment-là, on considéra de plus en plus les êtres humains comme de simples « ressources », comme des objets et non comme des sujets. Les hiérarchies, les classes, les modes d’appropriation et les institutions étatiques servirent à définir dans l’esprit de l’homme sa relation avec la nature. » (Murray Bookchin, « Pouvoir de détruire, pouvoir de créer »)
« La pierre de touche la plus sûre pour distinguer entre technologie environnementale et technologie écologique ne réside pas dans la dimension, la forme ou l’élégance des outils et des machines, mais bien dans les finalités sociales qu’ils servent, dans l’éthique et la sensibilité qui ont présidé à leur conception et à leur intégration, et dans les défis et les transformations institutionnels qu’ils impliquent. Selon que ces finalités, cette éthique, cette sensibilité, ces institutions seront libertaires ou relevant de la pure logistique, émancipatrices ou simplement pragmatiques, communautaires ou simplement efficaces, bref, écologiques ou simplement environnementalistes, une rationalité toute différente présidera aux intentions et aux techniques mises en œuvre. » (Murray Bookchin, « Les ambiguïtés de la science »)
« A partir des années 1950, cette économie a non seulement colonisé tous les aspects de la vie ordinaire, mais elle a aussi détruit le souvenir des modes de vie différents qui l’ont précédée. Nous sommes tous à présent des acheteurs et des vendeurs anonymes, y compris des maux dont nous souffrons. Non seulement nous achetons et vendons notre force de travail sous ses formes les plus subtiles, mais nous achetons et vendons nos névroses, notre anomie, notre solitude, notre vide spirituel, notre intégrité, notre manque d’estime de soi et nos émotions, tels quels, à des gourous, à des spécialistes en « bien-être » mental et physique, à des psychanalystes, à des ecclésiastiques de tous bords et, au bout du compte, à une armée de bureaucrates du monde de l’entreprise et de l’administration, qui ont fini par devenir la chair et les nerfs véritable de ce que nous appelons par euphémisme « société ». » (Murray Bookchin, « Economie de marché ou économie morale »)
Murray Bookchin, Pouvoir de détruire, pouvoir de créer, éd. L’Echappée.
Choix
des textes, traduction et révision par Helen Arnold, Daniel
Blanchard, Renaud Garcia, Vincent Gerber.
Droit à la ville, Villes sans peur, Gilets jaunes, expériences communales locales à Grenoble ou à Saillens – voire de grande ampleur au Rojava et au Chiapas… Pour son numéro de mars 2019, la revue CQFD nous propose un dossier sur les sources et les tendances actuelles au communalisme. Un terme qui, le dossier le rappelle, avait disparu des vocabulaires au 20ème siècle, mais réapparaît aujourd’hui sous différentes formes. Un tour d’horizon critique et éclairant sur les origines du mouvement et ses multiples déclinaisons s’imposait donc, sans cacher les difficultés rencontrées.
Après un bref rappel des origines historiques et libertaires du mouvement, Mathieu Léonard pose d’emblée la question centrale du dossier : « Ainsi, à peine envisagé, l’intérêt actuel pour le municipalisme ne recèle-t-il pas à son tour quelques pièges de la vieille politique ? Notamment, derrière les faux-semblants d’un mieux-disant citoyenniste ou d’une vitrine alternative, une tentative d’encadrement et d’intégration des luttes urbaines par des forces politiques en quête d’une nouvelle légitimité ?»
Les exemples de
Barcelone et Grenoble en particulier montrent que le municipalisme vu
au travers de la participation au modèle politique institutionnel
atteint ses limites dans ses possibilités concrètes de changement.
« Le municipalisme des Fearless Cities me semble pris dans les
travers de la vieille politique » dira ainsi Pierre Sauvêtre.
On découvre même des contradictions entre les valeurs exprimées en
campagne et les réalités concrètes après la portée au pouvoir
d’une alliance large de gauche alternative à Grenoble. On aurait
souhaité néanmoins, dans l’article sur Grenoble, pouvoir creuser
plus en détail les mesures prises par ces municipalités pour avoir
un retour plus précis sur cette réalité. A Saillens, en revanche,
expérience à plus petite échelle partie du bas, le vécu semble
tout autre. C’est là visiblement plus la charge de travail que
représente l’implication politique qui ressort. Une contrainte du
temps bien plus que de résultat, relatés comme positifs.
Au niveau théorique,
le débat entre Marianne Enckell, Pierre Sauvêtre et Mathieu Léonard
va parler de Murray Bookchin et de sa théorisation du municipalisme
libertaire. Marianne Enckell en montre une des limites, celle du
« sentiment d’appartenance » aujourd’hui face au lieu
de vie et dans un contexte de mondialisation. « Le fédéralisme
ne se construit pas nécessairement sur des cellules de base
homogènes : imaginer une fédération de communes,
d’associations de producteurs, de collectifs divers et variés me
semble un défi plus intéressant que la seule confédération des
communes. » Cette position, on le notera, semble avoir été
entendue par les Kurdes au Rojava, qui se sont distancés de Bookchin
sur ce point.
Enfin, le dossier
rappelle à juste titre que plus que la participation aux affaires
municipales, Murray Bookchin avait insisté sur le caractère (et le
besoin) auto-formateur du processus politique. Nous avons aujourd’hui
avant tout besoin d’une nouvelle « paideia »,
qui représente la fonction pédagogique de la politique : « Si
l’autorité idéologique du pouvoir d’Etat et de l’art de
gouverner repose sur la conviction que le ‘citoyen’ est un être
incompétent, quelquefois infantile et généralement peu digne de
confiance, la conception municipaliste de la citoyenneté repose sur
la conviction exactement contraire. » [Murray Bookchin, « Le
municipalisme libertaire : une nouvelle politique communale ?,
in Pouvoir de détruire, pouvoir de créer,
éd. L’Echappée, 2019.]
Un
dossier bienvenu et éclairant dans le contexte actuel, où le débat
ne manque pas de survenir face à ces différentes tentatives de
concrétiser une nouvelle politique communale.
Les prochaines rencontres de l’institut transnational d’écologie sociale (TRISE) auront lieu à Athènes du 25 au 27 octobre 2019. Un appel à contributions a été lancé avec les conditions suivantes : 4’000 mots maximum et un délai pour envoyé un résumé au 31 mai.
L’écologiste social Floréal Romero sera l’invité de plusieurs rencontres en France pour des conférences sur le thème de « Ni déplorer ni subir l’effondrement ». Vous trouverez le programme ci-joint.
– 31 Janvier à 21h Toulouse: Aux amis de la terre, Salle Castelbou. 22 Rue Léonce Castelbou Métro Compans Cafarelli – 1 Février à 18h30 à la Bibliothèque de Rabastens – 2 Février à Cordes à 18h à La Table de la rue sans nom, 12 grand rue de l’horloge. – 3 Février à Najac en Aveyron à 16h30 à L´Hors Loge – 4 Février à l´Amasssada en Aveyron à 19h – 5 Février à Toulouse au café associatif Itinéraire bis. 22 rue Périole à 19h Métro Marengo. – 6 Février à la MJC d´Albi à 18h30 à la MJC – 7 Février. 19h30 au bar associatif de Marcillac en Aveyron « Sortir de l’effondrement par le communalisme »
« Murray Bookchin, décédé en 2006, est le fondateur de l’écologie sociale, il propose une nouvelle vision politique et philosophique du rapport entre l’être humain et son environnement, ainsi qu’une nouvelle organisation sociale par la mise en œuvre du municipalisme ou communalisme libertaire.
Après la présentation de ce qu’est l’écologie sociale, en faisant un parallèle avec le zapatisme au Mexique et le confédéralisme démocratique au Rojava (Kurdistan syrien), Floréal Romero présentera des alternatives à travers les mouvements sociaux et leurs luttes ainsi que des propositions politiques allant dans le sens de la pensée communaliste de Bookchin. »
Comment créer un mouvement communaliste en Europe? La question sera débattue lors des troisièmes rencontres Internationales de l´écologie sociale à Liège cet automne. Dans le cadre de cette démarche, les nombreuses rencontres proposées nourriront cette réflexion et peut être encourageront la création de groupes de réflexion ! «
> Floréal Romero cultive des avocats en Andalousie et travaille avec des Amaps en France. Chercheur et promoteur de l´écologie sociale il est l’auteur avec Vincent Gerber de: « Murray Bookchin : Pour une Ecologie Sociale et Radicale » aux éditions du Passager Clandestin, Collection : Précurseurs de la décroissance. Son prochain livre « Ni déplorer ni subir l’effondrement » sortira cet été.